‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 611 sur 689 · FIA VILS · texte numérisé non relu

FIA VILS

Si vous avez le moindre soupçon sur mon administration , sur ma fidélité, citez-moi devant les juges les plus sévères , et faites-moi rendre un compte rigoureux. Que les dieui ine soient propices! ils savent que, lorsque toute notre maison était fatiguée du service d'une foule de parasites dévorans, quand le pavé était inondé des flots de vin dont ils regorgeaient , quand chaque appartement brillait de mille flambeaux , et retentissait du bruit confus des concerts, moi , je me relirais dans le plus misérable réduit pour y verser des torrens de larmes.

TIMON

Cesse, je t'en conjure.

FLAVIUS

Dieux ! disais-je, quelle bonté dans le seigneur Timon ! Que de biens prodigués de vils flatteurs ont engloutis celte nuit ! Qui d'entre eux ne se dit pas maintenant le serviteur dévoué de Timon? Qui dans ce moment n'offre pas son cœur , sa vie, son épée, son courage, sa bourse à Timon, au généreux Timon , au noble , au digne, au royal Timon? Hélas! dès que la fortune dont il achetait ces louanges a été dissipée , toutes les voix qui les donnaient sont restées muettes. Adieu la féle, adieu la déesse (1). Un nuage d'hiver verse ses pluies, et tous les insectes ont disparu.

Oh, plus de remontrances, je te prie.— Nul bienfait honteux n'a déshonoré mon cœur. Je n'ai point à rougir de mes dons ; j'ai pu les prodiguer avec imprudence, mais je ne les ai jamais prostitués avec bassesse. Pourquoi pleures-tu? Manques-tu de confiance au point de croire que je puisse manquer d'amis? Que ton cœur se rassure; va , si je voulais ouvrir les réservoirs où mon amitié a versé ses bienfaits, et éprouver les cœurs, hommes et fortunes s'offriraient à moi ; j'en disposerais aussi facilement qu'il m'est libre de t'ordonoer de parler.

(1) Proverbe anglais. Feast won , fait lott .- gagné à la féte, perdu au Jeune.

FLAVIUS

Puisse l'événement ne pas tromper vos sentimens!

TIMON

Et ce besoin où je me trouve aujourd'hui pour moi un bonheur qui couronne mes vœux. J* puis maintenant éprouver mes amis; tu connaître bientôt combien tn t'es mépris sur l'état oV nu fortune ; je suis riche par mes amis. Holà, quelqu'un! Flaminius! Servilius!

( Entrant Servilio*. FUmiaio». m d'antre* mcUml) UN ESCLAVE.

Monseigneur, monseigneur...

TIMON

J'ai différons ordres à vous distribuer. Toi, n chez le seigneur Lucius , et toi , chez LucnDas. J'ai chassé aujourd'hui avec lui. — Toi , va chei Sempronius. Recommandez-moi à leur amitié, « dites à chacun d'eux que je suis fier de trouver l'occasion d'employer leurs services pour quelque somme dont j'ài besoin ; demandez-leur cinquante talons.

FLAMINIUS. -

Vos ordres seront remplis, monseigneur.

FLAVIUS

Aux seigneurs Lucius et Lucullus ? — Hom!

TIMON , à FI.™*.

Et vous, monsieur, allez trouver ces sénateurs. J'avais droit à leur reconnaissance , même dam> W jours de mon opulence. Dites-leur de m'envoyer tout à l'heure mille talens.

FLAVIUS

J'ai pris la liberté de leur présenter votre sein: et votre nom , dans l'opinion où j'étais que c'était la ressource la plus facile ; mais tous ont secow la téte , et je ne suis pas revenu plus riche.

TIMON

Dites-vous la vérité? Cela est-il possible?

FLAVIUS

Ils répondent tous, de concert et d'une voii unanime, qu'ils sont ruinés; qu'ils n'ont point de fonds ; qu'ils ne peuvent faire ce qu'ils désireraient; qu'ils sont bien fâchés. — Vous été* un homme si respectable! Cependant Us auraient bien souhaité... — Us ne savent pas...

— Mais il faut qu'il y ait eu de ta faute. — L'homme le plus honnête peut faire un faux pas. — Us voudraient être en état...

— C'est bien dommage! —Tous distraits et

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