‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 63 sur 689 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

OTHELLO

Quoi! qui aurait pu T

peut le

OTHELLO

Cest moi qui l'ai tuée.

ÉMILIA

Oh! elle n'en est que plus on ange d'innocence, et tous un plus noir démon.

OTHELLO

Elle s'égarait dans la voie du ri ce ; c'était une

ÉMILIA

Vous mentez contre elle ; tous êtes un démon. OTHELLO.

OTHELLO

ÉMILIA

Homme effréné comme la flamme de l'incendie ! Oser dire qu'elle fut traîtresse ! Ob ! elle était d'une candeur céleste.

OTHELLO

Cassio rayait déshonorée : demande à ton mari. Oh 1 je serais maudit et jeté dans le plus profond abîme de l'enfer, si je m'étais porté, sans de justes motifs, a cette dernière extrémité. Ton mari a tout su.

Mon mari!

Ton mari.

Qu'elle était infidèle à la voix dn mariage?

OTHELLO

Oui , avec Cassio. Ah ! si elle avait été fidèle , le ciel eût-il crée pour moi un second univers formé d'un seul et pur diamant , je ne l'aurais pas changée pour cet univers.

ÉMILIA

Mon mari!

OTHELLO

Oui, c'est lui qui me Fa dit le premier. Cesl un homme d'honneur ; il abhorre l'opprobre qui

Mon mari , dire

O ma maîtresse! la ment moquée de l'av qu'eue était infidèle!

OTHELLO

Lui , femme; je te dis, ton mari ; entends-tu? Mon ami , ton mari , l'honnête , l'honnête Jago.

Mon mari !

OTHELLO

A quoi bon ces répétitions, femme? Ton mari,

S'il dit pareille chose, puisse cœur pervers tomber lentement en corruption ! Il ment à sa conscience. Elle fut trop enivrée de son indigne choix.

OTHELLO

Ah!

ÉMILIA

Déchaînez toutes vos fureurs. Cette action de votre main est aussi exécrable devant le ciel, que vous étiez indigne d'elle.

OTHELLO

Tais-toi , je te le conseille.

ÉMILIA

Va , tu n'as pas pour me faire du mal la moitié de la force que je me sens pour l'endurer. O dupe! ô insensé ! stupide comme la fange ! Tu as commis là une action.... — Je me ris de ton épéc. Je te ferai connaître , dussé-je perdre mille vies..... — Du secours, du secours! holà! du secours. — Le More a tué ma maîtresse ! Au meurtre! an meurtre!

( Entrent Boni.no, Gratiano, Jago at antre.)

MOXTANO.

Quoi donc? Que s'est-il passé, général?

Oh ! vous voilà , Jago ! Il faut que votre conduite ait été bien franche, pour que les meurtriers vous chargent de leurs assassinats.

Dequois'agit-a?

ÉMILIA a Jago.

Démens ceci, misérable, si tn es un homme. 11 prétend que tu lui as dit que sa femme était infidèle : je sais que tu ne l'as pas dit; non, tu n'es pas assez traître. Parle , car mon coeur est plein.

JAGO

Je lui ai dit ce que je pensais, et ne lui ai rien dit qu'il n'ait lui-même trouvé convenable et vrai.

lui

dit qu'elle était infi-

dèle?

Je rai dit.

JAGO

ÉMUJA.

OTHELLO

le

nal mensonge; sur mon ame, un mensonge, un mensonge atroce. Elle infidèle avec Cassào! avezvous dit avec Cassioî

Avec Cassio, femme. — Allez, réprimez votre

ÉMILIA

Réprimer ma langue! Non, elle parlera, je le veux, je le dois, je la ferai parler; ma maîtresse est ici gisante, massacrée dans son lit.

Oh ! le ciel nous en préserve 1 ÉMUJA.

Et ce sont vos rapports qui ont armé l'assassin contre elle.

OTHH1X).

Non , ne tressaillez pas ainsi tous. C'est la vérité!

GBATÎANO.

C'est we étrange vérité!

ÉMULA.

Trahison! trahison ! trahison ! — J'y songe; fy songe. — Je démêle une trame. — 0 trahison ! J'en ai eu la pensée alors... Je me tuerai de douleur. — O trahison I trahison !

JAGO

Quoi! perdez- vous la raison! Je vous ordonne de vous rendre au logis.

émujA*

Bons gentilshommes , ne me laissez pas ravir la liberté déparier. Il convient que je lui obéisse, mais non pas en ce moment. — Peut-être, Jago, n'y rentrerai-je jamais au logis.

OTHELLO, r«g«rdant m («rame.

Oh! oh! oh!

ÉMILLA.

Oui, renverse-toi sur ce lit, et rugis de désespoir; car tu as tué la plus douce, la plus innocente épouse qui jamais ait levé les yeux vers le ciel.

OTHELLO M wlewit.

Oh ! elle était coupable. ( a gt.ii.bo.) Je vous reconnais à peine, oncle. Yoilà votre nièce : elle est morte. Oui, ces mains en effet viennent d'éteindre

de sa vie. Je sais que cette féroce, et fait frissonner d'horreur.

GRATIANO

Pauvre Dcsdemona! je suis bien aise que ton père soit mort. Ton mariage a été mortel pour lui, et le chagrin seul a tranché le fil usé de ses vieux jours. S'il vivait encore, oh! cette vue le plongerait dans l'égarement du désespoir : oui, il maudirait son ange tutélairc ; et, abandonné de lui , il

OTHELLO

Cela remplit l'ame de pitié; mais Jago le sait, qu'elle s'est abandonnée cent fois à Cassio. Cassio Fa avoué , et elle a récompensé ses transports d'aavec le premier gage que lui donna ma ten- Je l'ai vu dans les mains de Cassio : c'était un mouchoir, un antique présent que ma mère avait reçu de mon père.

ÉMUJA.

0 ciel! 0 puissance céleste f

JAGO

ÉMULA.

La, vérité veut sortir; il faut qu'elle sorte.— Que je me taise ! Non , Jago, non, je parlerai, libre comme l'air. Quand le ciel, les hommes, les démons, quand tous, tous devraient élever ensemble le cri du reproche contre moi, je parierai,

JAGO

Soyez sage, et allez au logis.

ÉMULA.

Je ne veux pas.

( J.go tonte d« p*rr« »on époow.) G&ATLANO.

Fi , tirer votre épée contre une femme î

ÉMUJA.

O toi, More stupide, ce mouchoir dont tu parles, c'est moi qui le trouvai par hasard, et qui l'ai donné à mon mari; car souvent, avec un empressement plus sérieux que ne méritait en effet cette bagatelle, il m'avait sollicitée de m'en emparer.

JAGO

Elle l'a donné à Cassio ! Hélas! c'est moi quU'ai trouvé, moi qui l'ai donné à mon mari.

JAGO

malheureuse, tu mens.

Page 1