‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 648 sur 689 · scène première · texte numérisé non relu

scène première

■ un t» r«ixus.

Kmrcot ANTOMO, 5ALAHINO « SA LAN 10.

an tomo. tesse stupido , que j'ai bien de la peine à me con-

De 'Donne foi , je ne sais pourquoi je suis triste, naître moi-même. J'en suis fatigué. Vous dites que vous en êtes ! SALANIO. fatigués aussi ; mais comment j'ai pris ce chagrin, { Votre aine est agitée sur l'Océan : elle y suit vos où je l'ai trouvé , rencontré, je suis encore à l'ap- ; larges vaisseaux , qui, dans leur superbe mature, prendre. — Je suis tellement accablé d'une tris- voguaut sur les flots, semblent les seigneurs ou les

588 L£ MARCI1AND

premiers citoyens des mers, et dominent sur le peuple des menus navires, qui leur rendent un humble hommage , et passent près d'eux emportés par leurs ailes de lin.

ANTONIO

Croyez-moi , monsieur : si j'avais une pareille mise exposée à l'aventure , la plus grande partie de mes pensées et de mes affections serait errante au loin à la suite de mes espérances. On me verrait toujours arrachant des brins d'herbe légers, et les jetant en l'air pour connaître de quel côté soufflent les vents , et attaché sur les caries à chercher les ports, les môles et les routes ; et chaque objet qui pourrait me faire craindre un malheur pour ma cargaison ne manquerait certainement pas de me rendre triste.

SALANIO.

Mon haleine, qui ne ferait que rider et refroidir mon bouillon , me soufflerait une fièvre , en pensant quel désastre un vent violent pourrait causer sur mer. Je ne pourrais voir un sablier s'écouler, que je ne songeasse aux bancs de sable, aux bas-ibnds, et que je ne visse mou riche André engravé, et son grand mât s'abaisser plus bas que ses flancs, comme pour baiser son tombeau. ]>ourrais-je aller à l'église, et voir les pierres de l'édifice sacré , sans me rappeler aussitôt l'idée de rochers dangereux, qui , en effleurant seulement les côtes de mon cher vaisseau , disperseraient toutes mes épices sur les flots , et habilleraient de mes soies les vagues en fureur? en un mot . sans penser qu'en un clin d'œil je passe de la richesse à la pauvreté? Puis-je songer à tous ces hasards, j et ne pas songer en même temps qu'un pareil malheur, s'il m'arrivait , me rendrait triste? — Tenez , ne m'en dites pas davautage : je suis sûr qu'Antonio est triste parce qu'il songe à ses marchandises.

ANTONIO

Non , croyez-moi ; j'en rends grâces au sort , toutes mes espérances ne sont pas aventurées sur un seul vaisseau, ni destinées pour une seule place, et mes richesses ne dépendent pas toutes des accidens de cette année. Non , ce ne sont pas mes marchandises qui me rendent triste.

SAURINO.

Eh bien! vous êtes donc amoureux?

ANTONIO

r'i donc j

Page 1