DE VENISE
SALANIO.
Vous n'êtes pas amoureux aon plus? En ce cas. disons donc que vous êtes triste parce que vous n'êtes pas gai ; et il vous serait tout aussi aisé de rire, de danser, et de dire que vous êtes gai parce que vous n'êtes pas triste. Par Janus an double visage ! la nature forme quelquefois dan» ses caprices d'étranges personnages. Les uns, qui, les yeux à demi fermés, vont se mettre à rire comme des perroquets à la vue d'on joueur de cornemuse ; et d'autres , d'une mine si refrognée, qu'ils ne montreraient pas seulement le bout de leurs dents, pour faire soupçonner le sourire , quand Nestor en personne jurerait que la plaisanterie doit faire rire aux éclats. (Haïrent iumw, urcaio et GnUiBo.) — Voici Bassanio, votre très noble allié, avec Gratiano et Lorenzo. Adieu» portezvous bien ; nous vous laissons en meilleure compagnie.
SAURINO.
Je serais volontiers resté jusqu'à ce que je vote eusse rendu joyeux , si de plus dignes amis ne m'avaient prévenu.
ANTONIO
C'est de votre part une tendre et sensible affection pour moi. Je suppose que vos affaires vous appellent , et que vaus saisissez l'occasion de nous quitter.
SALANIO.
Bonjour, messieurs.
BASSANIO
Eh bien, messieurs, quand rirons-nous? Répondez : quand? Vous devenez d'une singularité outrée. Cela durera-t-il !
SALANIO.
Nous allons expédier nos affaires , et nous sommes à vous.
(Salaaio et Salariai» sortent. ) LORENZO.
Monseigneur Bassanio , puisque vous voilà avec Antonio, nous allons vous laisser ensemble ; mais a l'heure du dîner souvenez-vous, je vous prie, do heu de notre rendez-vous.
BASSANIO
Je ne manquerai pas de m'y rendre.
GRATIANO
Vous n'avez pas bon visage, seigneur Antonio. Tenez : vous mettez un trop grand prix aux affaires de ce monde; c'est en perdre les plaisirs.