‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 671 sur 689 · ACTE MI, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE MI, SCENE II

«il!

rusé expose pour attraper les plus sages. — Or brillant, dur aliment de Midas , je ne veux point tle toi; ni de toi, vil et mercenaire agent entre l'homme et l'homme. Mais toi , toi , pauvre plomb, qui menaces plus que tu ne promets , ta pâle simplicité me touche plus que l'éloquence brillante. Je fixe ici mon choix. Fuisse le bonheur en être le fruit !

Comme toutes les autres passions se dissipent dans les airs Le soupçon inquiet , le désespoir forcené , la crainte frissonnante , la jalousie à l'œil verdàtre! Grâce, amour, modère-toi; tempère ton extase, verse les douceurs avec mesure, diminue cet excès de félicité. Je ressens trop tes faveurs; affaiblis-les , de peur que leur poids ne m'accable.

( Elle onvre le coffre de plomb. ) BASSANIO.

Que vois-je? le portrait de la belle for lia! Quel demi-dieu a si fort approché de la création? Ces yeux se meuvent-ils? Ou si c'est que peints sur mes prunelles mobiles , ils me paraissent en mouvement? Ici sont des lèvres séparées par une haleine de parfums. Oli ! une aussi douce barrière devait séparer d'aussi douces amies. Là, dans ces cheveux, le peintre a égalé l'art d'Arachné, et tissu ces filets d'or, ou les cœurs des hommes seront plus tôt pris que les mouches dans les toiles de l'araignée. Mais ces yeux... Comment a-t-il pu voir, pour les faire? Un seul achevé suffisait, je crois, pour le priver des deux siens , et lui faire laisser l'ouvrage imparfait. Mais combien j'outrage ce tableau par des louanges trop au-dessous de lui , et ce tableau est encore autant au-dessous de l'original! Voici le rouleau qui contient le sommaire de ma destinée.

Vous qui ne choisissez polm sur l'apparence, Vous jvci le bonheur de bien choisir.

Puisque ce bonheur vous arrive , Sojex content, n'en cherchez pas d'autre. .ki celui-ci vous satisfait , Kl que vous regardiez votre sort comme voire Tournez-vous du cote de voire amante.

Et prenez-en possession par un baiser

O le charmant écrit! Belle dame, avec votre permission. (îirembra»*».) Je me présente d'après mes instructions, pour donner et pour recevoir : semblable à un gladiateur, qui pense avoir attiré sur lui les regards du peuple, lorsqu'il entend des exclamations, des applaudissemens universels;

son esprit se trouble, il regarde de tous côtés, et cherche à s'assurer si c'est à lui que ces louanges s'adressent. Telle est, belle, et trois fois belle Portia, ma situation. Je doute encore de ce que je vois , jusqu'à ce que vous l'a j ez confirmé , signé et ratifié, f

Seigneur Bassanio , vous me voyez où je suis , et telle que je suis. Pour ma propre satisfaction , je n'ai pas le désir ambitieux d'être plus belle; mais pour l'amour de vous, je voudrais pouvoir tripler vingt fois ma beauté, dix mille fois mes richesses. Pour vous donner de moi une haute opinion , je voudrais avoir des vertus , des biens , des qualités, des amis sans nombre ; mais le total de moi n'est qu'une fille simple, peu instruite, sans expérience , heureuse en ce qu'elle n'est pas hors de l'âge d'apprendre , plus heureuse en ce qu'elle n'est pas si mal élevée qu'elle ne puisse apprendre encore ; mais plus heureuse encore de soumettre son esprit docile à votre direction , comme à son seigneur, son gouverneur et son roi. Moi-même et ce qui m'appartient, tout est maintenant à vous. Tout à l'heure j'étais la maitresse de cette belle maison , de mes domestiques, et reine de moi-même. Maintenant cette maison , ces domestiques et moi-même sont à vous, monseigneur. Je vous les donne avec cette bague. Lorsque vous la donnerez ou que vous la perdrez, ce sera le présage de notre ruine. Il ne me restera plus que le droit de vous reprocher mon malheur.

UASSAMO.

Madame , vous m'avez ôté le pouvoir de vous répondre. Mon sang seul vous parle dans mes veines . il règne dans toutes les puissances de mon être le même désordre qu'on remarque dans la multitude charmée, après une belle harangue prononcée par un prince chéri d'elle. Le murmure de différens discours mêlés ensemble forme un chaos où l'on ne distingue rien que l'expression confuse d'une joie qui n'est pas articulée; mais puisse la vie se séparer d'ici quand cette bague sera séparée de ce doigt ! vous pourrez dire alors : Bassanio est mort.

NltlUSSA.

Mes chers maîtres, c'est à présent notre tour a nous, qui avons été témoins de votre sort fortune, de crier: Soyez heureux, soyez heureux, mes chers maîtres !

LE MARCHAND DE VENISE

GRATIANO

Seigneur Bassanio , et vous , belle dame , je vous souhaite tout le bonheur que vous pouvez désirer ; car je suis sûr que vous n'en souhaitez aucun aux dépens du mien. Mais lorsque vous projetez de célébrer vos noces, permettez-moi , je vous prie, de me marier aussi.

BASSANIO

De tout mon cœur. Tu peux chercher une femme.

GRATIANO

Je vous ai obligation. Vous m'en avez trouvé une. Mes yeux , monseigneur, sont aussi perçaus que les vôtres. Vous avez vu la maîtresse, et moi la suivante. Mon amour n'a pas souffert plus de délai que le vôtre. Vous aimiez, et j'aimais. Votre sort ëiait renfermé dans ces coffres , le mien s'y trouve attaché par l'événement. J'ai déclaré mes feux à cette fille, et lui ai tant fait de sermens d'amour que j'en ai le gosier sec. Enfin (si les promesses durent) j'en ai obtenu une de cette belle. Elle s'est engagée à m'aimer, si votre choix faisait la conquête de sa maltresse.

Est-il vrai, Nérissa?

HÉRISSA

Oui , madame , si c'est votre bon plaisir.

BASSANIO

Et vous, Graliano, entendez-vous tenir votre parole?

GRATIANO

Oui, monseigneur, je le jure.

BASSANIO

Nos noces seront embellies par les vôtres.

GRATIANO

Dix mille ducats à qui fera le premier garçon.

NÉRISSA

Quoi! et vous couchez bas l'enjeu?

GRATIANO

Non : on ne peut jamais gagner à ce jeu en couchant bas l'enjeu. — Mais qui vient ici? Lorenzo et son infidèle? Quoi ! et le Vénitien Salério, mon vieil amil

( Entrant Loraoïo , Je»$r« et S»Jério.) BASSANIO.

Lorenzo et Salério, soyez les bien-venus, si toutefois un hôte si nouveau de ces lieux est en iroitdevousy recevoir.— Avec votre permission,

ma chère Portia, je dis à mes amis, à mes or* patriotes, qu'ils sont les bien-venus.

Et je le dis aussi, monseigneur. Ils sont b ira bien-venus.

LORENZO

J'en remercie madame. —Pour moi, musagueur, mon dessein n'était pas de venir vous w ici ; mai j'ai rencontré Salério en chemin; il ri tant prié de l'accompagner, que je n'ai po dire dm.

SALÉRIO.

Cela est vrai, monseigneur, et j'avais mes oisons. (H doMcM» leur* • iu«aio.) Le seigneur Jjtonio vous le recommande.

BASSANIO

Avant que j'ouvre cette lettre, dites-moi comment se porte mon ami.

SALÉRIO*

Ni mal, monseigneur, à moins que si m*l»& ne soit dans l'ame ; ni bien , à moins que sa sa* ne soit dans l'âme. Sa lettre vous apprt- adra a situation.

GRATIANO

Nérissa, faites un bon accueil à cette et* gère ; traitez-la bien. Voire main, Salério. Q«Ua nouvelles de Venise ! Comment se porte ce bw négociant, le bon Antonio? Je suis sûr qu'il * réjouira de nos succès. Nous sommes des Jk*. nous avons conquis la toison.

SALÉRIO.

Ah! que n'avez-vous trouvé la toison n/l» perdue?

Il y a dans cette lettre quelques nouvelle snistres qui font disparaître la couleur des joues* Bassanio. Nul autre malheur dans le ma* r peut changer à ce point la constitution d'uutx»"* de courage. Quelque ami chéri de mort!.. Q*déplus en plus?... Permettez, Bassanio. Je s* une moitié de vous-même, et je dois «rug* sans réserve avec vous le secret de cette 1^

0 douce Portia, 0 y a ici les roots kl*" désagréables qui aient jamais noirci le pjj Chère épouse , la première fois que je vous ** lai ma flamme, je vous dis avec fondus? <l* tout le bien que je possédais coulait du» veines , que j'étais gentilhomme, et je 1 1

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