‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 686 sur 689 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

Je k vois , il n'y a rien de bon que par relation. Il me semble qu'elle est plus~douce, plus harmonieuse que pendant le jour.

NÊRISSA.

Madame, c'est le silence qui lui prête ce charme.

Le corbeau chante aussi bien que l'alouette , pour qui ne fait pas attention à leur voix ; et je crois que, si le rossignol chantait pendant le jour au milieu des cris aigus des canards, il passerait pour un plus mauvais musicien que le roitelet. Combien de choses reçoivent leur prix et leur perfection des circonstances! Silence! la lune dort avec Endymion , et ne voudrait pas être réveillée.

LORENZO

C'est la voix de Poriia, ou je suis bien trompé.

Il m'a reconnue , comme l'aveugle reconnaît le coucou au son de sa voix désagréable.

LORENZO

Ma chère dame, soyez la bien-venue chez vous.

PORTIÀ.

Nous avons prié Dieu pour la santé de nos époux , nous espérons que nos vœux seront exaucés. Sont-Us de retour?

LORENZO

Pas encore, madame; mais il vient d'arriver un messager pour les annoncer.

Entrez , Nérissa ; recommandez à mes domestiques de ne point parler de notre absence. N'en parlez pas non plus, Lorenzo, ni vous, Jessica.

(On entrai on cor.)

LORENZO

Votre mari n'est pas loin , j'entends sa trompette. Nous ne sommes pas des rediseurs, madame ; ne vous méfiez pas de nous.

Cette nuit me semble un jour malade et languissant ; elle est un peu plus pâle. Tel est le jour, lorsque le soleil est caché.

( Entrent Bastanio, Antonio, Crallano et leur fuite.) BASSANIO.

Nous devrions avoir le jour en même temps

que les antipodes, quand vous vous promenez en l'absence du soleil.

Laissez-moi jeter quelque éclat, mais non pas devenir légère (1) ; car femme légère rend son mari dur et fâcheux, et puisse Bassanio n'être jamais tel pour moi; mais que Dieu arrange tout pour le mieux! Soyez le bien-venu chez vous, monseigneur.

BASSANIO

Je vous rends grâces, madame. Recevez mon ami : voilà Antonio, voilà l'homme à qui j'ai tant d'obligations.

Vous lui devez beaucoup, sans doute, à- tous égards ; car, à ce que j'apprends , il avait contracté de grands engagemens pour vous.

ANTONIO

Et il n'en est pas un dont il ne se soit bien acquitté avec moi.

Monsieur, soyez le bien-venu dans notre maison. Je veux vous le prouver autrement que par des paroles : c'est pourquoi j'abrège les cérémonies.

( Gcatiaso et Nériua aemblant cnuacr a part.) GRATIANO.

Par cette lunequà brille , je vous proteste que vous me faites injure. En honneur , je l'ai donnée au clerc du juge. Mon amour, puisque cela vous affecte si fort, je voudrais que celui qui la tient fût eunuque.

Une querelle î Comment? déjà T De quoi s'agit-il?

GRATIANO

D'un anneau d'or, d'une méchante bague qui avait une devise des plus communes, telle que les couteliers en mettent sur tous les couteaux (2) : Aimez-moi et ne m'abandonnez pas.

NÉRISSA

Que parlez-vous de devise ou de valeur? Vous m'avez juré, lorsque je vous la donnai, de la garder jusqu'à la mort , et de l'emporter avec vous

(1) Le mol light, qai signifie léger, lainière, etc. , est an de ceux sur lesquels Sbakspeare aime le plus à bâtir des équivoques et des Jeux de mots.

(2) Les couteaux étalent anciennement chargé* de courtes sentences en distiques , gravées à l'eau-forte..

LE MARCHAND DE VENISE

dans votre tombeau. Quand ce n'eût pas été en nia considération , au moins par respect pour vos sermons, vous auriez du la conserver précieusement. 11 l'a donnée, dit-il, au clerc du juge! Riais je réponds que ce clerc n'aura jamais un poil au menton.

GRATIAXO.

Il en aura, s'il vit, pour devenir homme.

NÉK1SSA.

Dites, si une femme vit assez long-temps pour devenir homme.

GRATIANO

Par cette main , je l'ai donnée à un jeune adolescent, de courte et mince stature , qui n'est pas plus haut que toi , le clerc du juge ; un petit jaseur qui me l'a demandée pour ses peines. En couscience, je ne pouvais pas la refuser.

Je vous dirai franchement que tous êtes blâmable de vous être défait aussi légèrement du premier cadeau que vous teniez de votre femme. Vn don attaché sur votre doigt par des sermens, et scellé sur votre chair par la foi conjugale! J'ai donné une bague à mon époux , qu'il a juré de garder toujours. Le voilà , je réjwndrais pour lui qu'il ne l'abandonnera jamais , qu'il ne l'ôterait pas de son doigt pour tous les trésors du monde. En vérité , Gratiano , vous donnez à votre femme un cruel sujet de chagrin. Si pareille chose m'arrivait, j'en perdrais la raison.

BASSANIO , h part.

J'aurais mieux fait de me couper le doigt : je dirais que ce n'est qu'en le perdant que j'ai perdu la bague.

Le seigneur Bassanio a donné sa bague au juge qui la lui demandait, et qui, en vérité, la méritait bien. Son jeune clerc, qui avait eu la peine de faire quelques écritures, m'a demandé la mienne. Le maître et le clerc n'ont rien voulu accepter que nos deux bagues.

POIVTIA.

Quelle bague avez-vous donnée, monseigneur? J'espère que ce n'est pas celle que vous tenez de

BASSANIO

Si j'étais capable d'ajouter un mensonge à un crime , je nierais le fait ; mais vous le voyez , mon doigt ne porte plus la bague, je ne l'ai plus.

Et votre eccur perfide n'a plus d«- foi. ta k ciel ! je n'entrerai pas dans votre lit qiw je * revoie ma bague.

NÉRLSSA.

Ni moi dans le vôtre que je ne revoie la nucav

BASSANIO

Chère Portia, si vous saviez à qui j'ai donK b bague ; si vous saviez pour qui j'ai donné la bçx. si vous pouviez concevoir pour quel senitqji donné la bagne , et avec quelle répugnance a^: quel regret je l'ai abandonnée .lorsqu'on ne wlait recevoir qu'elle, vous calmeriez votre indignation.

Si vous eussiez connu le prix de la ha^.fc la moitié du prix de celle qui vous l'a dooiw.". combien votre honneur était intéressé a cou*™ la bague , vous n'auriez jamais abandonné k to gue. Quel homme assez déraisonnable . s'il vs avait plu de la défendre avec quelque zèk«f ques représentations, n'eût pas eu aussitôt lia*teté de retirer sa demande, et cessé d'erçff w chose qu'on conservait avec un respect reliai' Nérissa m'apprend ce que je dois penser , Js mourrai ; c'est quelque femme qui a ma tev-

BASSANIO

Non , madame, sur mon honneur, sot nu «. ce n'est point une femme; c'est un honnête d-ïteur, qui n'a pas voulu recevoir mes trois d> ducats et qui m'a demandé la bague. Jeu ta* refusée... J'ai eu la constance de le voir * rf^ mécontent , lui qui avait défendu la vie de w intime ami. Que vous dirai-jc, madame^*1 suis cru obligé d'envoyer sur ses pas : l ' câblé de honte et de bienfaits; je ne voulut laisser sur mon honneur la tache d'une si w ingratitude. Pardonnez-moi , chère époo» : J * prends à témoin ces sacrés flambeau* de la si vous vous y fussiez trouvée, vous n'** sûrement demandé la bague pour la An** 11 digne docteur.

Que le docteur se garde bien d'approd* ;* ma maison , puisqu'il possède le bijou que $ & rissais , et que vous aviez juré de garder pouf 1 mour de moi ; car je deviendrais aussi Ifr^ que vous. Je ne lui refuserais rien de vf* en ma puissance ; non , ui mes faveurs, oi\t^J

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