REFRAIN
Ding-dong.
FERDINAND
Ces chants me rappellent le naufrage de mon père. Ce n'est point là l'ouvrage des mortels. Nou, ces accens n'appartiennent point à la terre. Je les entends maintenant r u dessus de ma tète.
PROSPERO
Élève te» yeux ombragés de leurs longues paupières i et dis-moi, qu'aperçois-tu là-bas?
HIRANDA.
Ah ! que vois-je? Est-ce un esprit? Bon Dieu , comme il regarde tout autour de luit Croyez-moi, seigneur, il offre une forme bien noble. Mais c'est un esprit.
PKOSPERO.
Non, jeune fille, il mange, il dort, il a des sens comme nous , les mêmes que nous. Ce jeune homme que tu vois s'est trouvé dans le naufrage, et sans des traces de douleur qui défigurent un peu ses traits (car la douleur est le poison de la beauté) , tu pourrais le nommer une belle créature. 11 a perdu ses compagnons , et il erre dans l'Ile pour les retrouver.
HTRANDA.
Je puis bien le nommer un objet divin ; car jamais je n'ai vu rien de si noble dans la nature.
PROSPERO à part.
Ceci prospère , je le vois, au gré de l'impulsion que ma volonté donne. Ariel, bel Ariel, je te promets ta liberté dans deux jours pour cet exploit.
FERDINAND
Oh ! sûrement voici la déesse que suivent ces concerts! — Ohl exaucez ma prière; m'est -il permis de savoir si vous résidez dans cette Ile? Daignerez-vous me donner quelque instruction sur la manière dont je dois me conduire? Mais commencez par satisfaire le premier de mes vœux, quoique énoncé le dernier : apprenez-moi , ô vous merveille inconnue, si vous êtes ou non une immortelle.
HTRANDA.
Je ne sois point une merveille, seigneur. Je suis , je vous l'assure, une simple fille.
FERDINAND
Mon langage , ô ciel I Je serais le souverain des hommes qui parlent cette langue, si j'étais dans la contrée où elle est en usage.
PROSPERO
Comment? le souverain ! Eh que serais-tu, si le roi de Naples t'entendait.
FERDINAND
Ce que je suis maintenant , un homme isolé , qui s'étonne de vous entendre parler de Naples.
Hélas, il m'entend parler, le roi de Naples! et c'est là ce qui fait couler mes pleurs. En moi vous voyez Naples tout entier , en moi qui de mes yeux, depuis cet instant jamais épuisés de larmes, ai vu le roi mon père submergé dans les flots.
HIRANDA.
Hélas, pitié do ciel!
FERDINAND
Hélas oui! le roi de Naples noyé avec tous les grands de sa cour*, et le duc de Milan et son illustre fils , tous deux ensemble.
Le duc de Milan et son illustre fils pourraient te démentir, s'il était à propos de le faire en ce moment — (a part • ah«i.) Dès la première vue leurs regards se sont entendus. Aimable Ariel, ce service te vaudra ta liberté. — Un mot, jeune étranger. Je crains bien que vous ne vous soyez fait tort par vos paroles imprudentes. Un mot.
HTRANDA.
Pourquoi mon père parie-t-il si rudement? C'est là le froisième bomme que j'ai vu en ma vie ; c'est le premier pour qui j'ai soupiré. Puisse la pitié toucher mon père, et tourner son coeur do coté où le mien incline!
FERDINAND
Oh ! si vous êtes une vierge, et que vous n'ayez pas encore aliéné votre foi , je veux vous faire reine de Naples.
PROSPERO
Doucement, jeune homme. Un mot auparavant. (Ba»o Déjà les voilà tous deux enchaînes l'un à l'autre. Mais il faut que je ralentisse la fougue de ce penchant subit, de peur que trop de facilité dans la conquête n'en ravale trop le prix, (a Ferdinand.) Étranger , un mot, te dis-je. Je t'ordonne de m'é* coûter. Viens. —Tu veux usurper ici un nom qui ne t'appartient pas. Tu t'es introduit dans cette fie pour m'en dépouiller, moi qui en sois le maître.
FERDINAND
Non, comme il est vrai que je sois un homme. HIRANDA.
Oh non ! rien de méchant ne peut loger dans un si beau temple. Si une demeure si belle pouvait receler un esprit malfaisant, lésâmes douces et bonnes seraient jalouses de la partager.
PROSPERO à Ferdinand.
Suis-moi. — Ne me parlez pas pour 'ui. C'est