‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 70 sur 689 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

trai tomes les qualités du pays, les sources fraî- i ches, les puits salés, les lieux arides, et les endroits fertiles. Maudit sois-je pour l'avoir fait t ' Que tous les maléfices de Sycorax fondent sur j vous, chauves-souris, crapauds, serpenst Car je ! fais moi seul tous tes sujets , de mon propre roi que j'étais, et pour demeure tu ne me laisses que l'antre de ce dur rocher, tandis que tu me prends le reste de mon île.

PRO.SPERO

Esclave impudent et menteur, toi que les fouets émeuvent et jamais le bienfait ; vile fange que tn es , je t'ai traité avec humanité , te logeant dans ma propre caverne jusqu'au jour où tu entrepris d'attenter à l'honneur de ma fille.

CAL1BAN

Oh ! oh ! je voudrais en être venu à bout. Tu m'en empêchas ; j'aurais peuplé cette île de Calibans.

PROSPERO

Esclave abhorré , sur qui la bonté ne peut laisser de traces , repaire immonde de tous les vices, j'eus pitié de toi : je me donnai des soins pour te faire parler. A toute heure je t'enseignais le nom tantôt d'un objet, tantôt d'un autre. Sauvage, tu ne pouvais énoncer tes besoins que par des cris féroces et confus , comme la brute la plus vile. Je douai tes idées de mots, qui les firent connaître. Mais quelque chose qu'on t'apprit , ta perverse et basse origine t'imprimait un vice héréditaire , qui corrompait mes leçons et dépravait en toi tous mes bienfaits. Tu fus donc avec justice confiné dans ce rocher. Tu méritais pis qu'une prison.

CALIBAN

Tu m'as appris un langage, et tout le profit que j'en retire c'est de savoir maudire. Que la peste te ronge, pour m'avoir appris ton langage ! PROSPERO.

Vil fruit d'une sorcière, pars, va nous chercher de la ramée; et, crois-moi, sois diligent à : remplir tes antres devoirs. Tu regimbes , ame in- [ lernale ! Si tu négliges ou que tu fasses à regret ce que je t'ordonne , j'appellerai pour te tourmenter la goutte du vieil âge ; je remplirai tes os 1 de douleurs; je te ferai pousser de si affreux hurlemens , que les ours mêmes frissonneront de les entendre.

CALIBAN

Non, non, je t'en prie. (Apari.) II me faut

obéir : son art est si fort qu'il pourrait soumettre le seigneur et dieu de ma mère , oui , Setebos luimême , et en faire son sujet.

PROSPERO

Allons , esclave , loin U ici. (Calîban tort.,

(Entrent Ferdinand a la partie la ploi éloignée du théitra, «t Ariel invisible, jouant da luth et chantant. J

ARIEL

Venez wr m sable* jaunes , Enlace» vos mains unies;

Tandis que vous vous rendes le salut et le baiser Les sauvages eaux s'apaisent.

Forme/ çà et la des danses gracieuses ; El vous, doux esprits, entonnes le refrain.

REFRAIN dedittcren»eotf«.

Bowgh, wowgb.

ARIEL

Les chiens de garde aboient.

REFRAIN de diftVren» e&lea Bowgb, wowgh.

ARIEL

Écoule , écoule.' J'entends les clairs accens Du fier héraut du jour qui te pavane : Le coq querelle l'air de sa perçante voix.

FERDINAND

Où cette musique peut-elle être? — Tient-elle des airs? Est-elle sur la terre? Je n'entends plus ses sons. Sans doute elle suit les pas de quelque divinité de l'île. Assis sur un rocher où je pleurais encore le naufrage du roi mon père , cette harmonie s'élevant de la surface des ondes a doucement pénétré dans mon oreille. Si doux sont ses accords qu'ils calmaient à la fois les flots et ma douleur. Je me suis levé pour la suivre , ou plutôt c'est son charme qui m'entraîne... mais elle s'est évanouie... Non , ses accens recommencent.

ARIEL chante.

• K cinq brasses sous les eaux ton père est gisant. Ses os revivent changés en corail pur.

Où furent ses yeux deux perles brillent : Rien de lui oc s'est flétri dans le tombeau ; Tout en lui a ressenti la puissance de la mer. Et s'est revêtu d'une substance précieuse et nouvelle. D'heure en heure les nymphes do la mer lin ton i son glas. Écoutez ! Je les entends:

Ding-dung , glas.

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