ALONZO, SÉBASTIEN, ANTONIO, GONZALO, ADRIEN, FRANCISCO
GONZALO
Seigneur, je tous en conjure, reprenez un front serein. Vous avez, et nous avons tous un grand sujet de joie ; car notre désastre n'est rien au prix du bonheur de nous voir échappés ; le naufrage est un malheur ordinaire. Il n'est pas de jour où l'épouse de quelque marin, et le capitaine du vaisseau , et le marchand qui l'a frété , n'aient à gémir du même revers. Mais le miracle qui nous a sauvés, à peine sur mille en est-il un qui, comme nous, puisse en parler après. Ainsi, bon seigneur, pesez bien et nos chagrins et nos motifs de consolation.
ALONZO
Laissez-moi en paix, de grâce (1).
GONZALO
Je me tais, seigneur; mais n'admirez-vous pas queco manteau soit aussi frais que le premier jour ou je le portai , le jour que je l'ai mis aux noces de voire fille?
ALONZO
Vous importunerez donc sans cesse mon oreille d'idées cruelles que repousse mon cœur? Plût au ciel que je n'eusse jamais marié ma fille en Afrique; car c'est au retour de ces noces que j'ai perdu mon fils ; et, je le crois, ma fille aussi est perdue pour moi. Elle est reléguée si loin de l'Italie que je ne la reverrai jamais. O toi, mon fils, toi l'héritier de Naples et de Milan , à quel monstre des mers as-tu servi de pâture !
(1) A Jn suite de cette réplique , Letourncur • eo\iroa une colonne de dialogue.