‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 81 sur 689 · ACTE ni, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE II

Si

Tn mens toi-même , malicieux singe. Je Tondrais bien qu'il plut à terminer. Non, je ne

STEPHANO

Trincalo, si tu le troubles encore dans son récit, je jure par ce poing qu'il t'en coûtera ta meil-

TRDïCULO.

Quoi î Je n'ai rien dit.

STEPHANO

Tu peux murmurer tout bas, pas davantage ;

et toi, [k oiiun) poursuis.

Je dis que par sortilège il a volé cette Ue ; il me Fa volée, a moi. S'il plaît à ta grandeur de me TPtiger de lui ; car je sais bien que tu l'oseras, toi; mais ce visage ne l'oserait jamais.

STEPHANO

Cela est très certain.

CALIBAN

Tu seras le seigneur de l'Ile , et moi je te rirai.

STEPHANO

tu me

CALIBAN

Ah ! oui , oui , prince. Je promets de te le livrer endormi , dans un lieu où tu pourras lui enun clou dans la tête.

, di-

Tu mens , tu ne le peux pas.

STEPHANO

Que nous veut cet importun? Toi, gne de h livrée des fous!

CALIBAN

Je conjure ta grandeur de le battre à grands coups ; et reprends-lui cette bouteille , quand il ne Taura plus, il lui faudra boire de l'eau de mare ; car je ne lui montrerai pas où coulent les sources vives.

STEPHANO

Crois-moi , Trinculo , ne t'expose pas davantage au danger..... Interromps encore le monstre d'un seul mot; je deviens sourd à la clémence : et i , vois-tu , t'aplatira comme

Et quoi, qne fais-je? Je n'ai rien dit, Allons, je vais m'éloigner un peu de vous.

STEPHANO

N'as-tu pas dit qu'il mentait ?

ABIEL

STEPHANO

Oui? (il i« t*u) Prends ceci pour toi. Si l'essai te plaît, donne-moi un démenti encore.

TRINCULO

Je ne vous ai point donné de démenti. Quoi , avez-vous perdu l'ouîe et la raison aussi? La peste soit de votre bouteille! — Voilà ce qu'opèrent l'ivresse et le vin. Le farcin sur votre monstre , et le diable vous serre les doigts î

Ah, ah, ah!

STEPHANO

Maintenant, reprends le fil de ton histoire, (a TfioeBi«.) Et toi , retire-toi plus loin.

CALIBAN

Bats-le davantage ! bats-le bien, temps je le battrai aussi moi.

plus loin!— Allons, toi, i

CALIBAN

Eh bien! comme je te l'ai dit, c'est sa < à lui de dormir dans l'après-midi. Alors tu peux lui fendre le crâne après avoir d'abord saisi ses livres, ou d'une massue fracasser sa tête, ou l'éventrer avec un pieu , ou de ton couteau lui ouvrir le gosier. Souviens-toi bien de t'emparer d'abord de ses livres ; car sans eux il n'est qu'uu sot comme moi , pas un esprit n'obéirait à ses ordres. Ils le haïssent tous aussi mortellement que je le hais. Ne brûle que ses livres. It a (TexceDens ustensiles , c'est ainsi qu'il les nomme , dont il ornera bien sa maison , quand il en aura une. Et suriuui , ce qui miTiie a erre sérieusement considéré , c'est la beauté de sa fille : lui-même il l'appelle incomparable. Jamais je n'ai vu de femme que ma mère Sycorax et elle; mais eUe remporte autant sur Sycorax que le grand arbre sur le

STEPHANO

Est-ce donc une si gente bacheletteî

Oui, mon prince : je te réponds qu'elle est digne

LA TEMPÊTE

de ton lit, et qu'elle te produira une belle lignée.

STEPHANO

Monstre, je suis résolu de tuer cet homme. Sa fille et moi , nous serons roi et reine : vivent nos altesses! et Trinculo et toi, vous serez nos vicerois. Goûtes-tu le projet, Trinculo?

TRINCULO

Oh, excellent!

STEPHANO

Donne-moi ta main. Je suis fiché de t'avoir battu ; mais tant que tu vivras , garde entre tes dents une langue avisée.

CALIBAN

Dans moins d'une demi-heure il sera endormi.

STEPHANO

Oui , sur mon honneur.

ARIEL

Je vais raconter ceci a mon maître.

Ta me rends gai : je suis plein d'allégresse. Allons, soyons tons joyeux. Je t'en prie, entonnenous l'air que tu m'as appris tantôt.

STEPHANO

Je f eox faire raison à ta requête , monstre : oui, toujours d'humeur à te faire raison. Allons, Trineulo, chantons.

(Stepftaao chult.) MoquoDs-ooDi d'eux, nargnont-lea t<xu, Moquocs-DOB» (Tcttx : la peu* est libre.

CALIBAN

Ce n'est pas l'air.

(AiM J<hw l'.ir sar no pipeau al accompagne d o a tamboarta.) STEPHANO.

cela?

TRINCULO

C'est l'air de notre chanson joué par la figure

STEPHANO

Situ es homme, montre-toi en forme humaine ; si tu es diable, prends la forme que tu voudras.

TRINCULO

Oh , pardonnez-moi mes péchés !

STEPHANO

Qui meurt, a payé toutes ses dettes. — Je te dt'fie merci de nous!

£»-tu effrayé?

STEPHANO

Moi, monstre? Nou.

CALIBAN

Ne sois point effrayé : Hle est remplie de bruits, de sons errans, et de doux airs, qui donnent du plaisir sans jamais nuire. Quelquefois des milliers d'instrumens résonna ns bourdonnent à mes oreilles ; et quelquefois ce sont des voix , telles que, si je m'éveillais alors après un long sommeil , elles me feraient dormir encore ; et en dormant il me semble que je vois les nuées s'ouvrir , et offrir un amas de biens prêts à pleuvoir sur moi ; en sorte qu'au moment où je me réveille, je m'écrie du désir de me rendormir, pour rêver encore.

STEPHANO

Ma foi , j'aurai là un beau royaumt où ma musique ne me coûtera rien.

CALIBAN

Oui, quand Prospero sera égorgé.

STEPHANO

C'est ce qui arrivera tout à l'heure. Je n'ai pas oublié ton histoire.

TRINCULO

Le son s'éloigne. Suivons-le, etapres faisons notre coup.

STEPHANO

Guide-nous, monstre; nous te suivons. — Je serais bien aise de voir ce tambourineur. Il roule bien la baguette.

TRINCULO

Viens-tu ? — Je suivrai Stephano.

(lUaorteat.)

ALONZO , SÉBASTIEN, ANTONIO, GONZALO, ADRIEN, FRANCISCO «..u^

GONZALO

Par mon bon ange , je ne puis aller plus loin , seigneur. Mes vieux os sont brisés : c'est un vrai labyrinthe que nous avons parcouru là, par tant de sentiers ou droits ou tortueux. J'implore votre patience , j'ai besoin de me reposer.

ALONZO

Je ne peux vous blâmer , bon vieillard. Moimême je me sens accablé d'une lassitude qui en-

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