‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 92 sur 689 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Therbe amère; et tous, folâtres farfadets, dont la joie s'éveille le soir, au soa solennel du couvre-feu, et dont le passe-temps est de faire à minuit éclore les groupes de mousserons, vous n'êtes tous que de frêles ministres ; et cependant, secondé par tous, j'ai éclipsé le soleil dans la splendeur de son midi , j'ai appelé les vents mutins, et fait rugir la guerre entre les vertes mers et la voûte azurée des deux. Par vous, j'ai mis le feu à l'éclatant tonnerre, fendu le robuste ch<"ne de Jupiter avec le trait de sa foudre, ébranlé le promontoire assis sur sa base immense, et arraché par leurs racines et le pin et le cèdre. Oui, les tombeaux ouverts à ma voix ont lâché leurs hôtes réveillés de la mort : tant mon art avait de puissance t Mais j'abjure ici cette noire magie , je ne demanderai plus de vous que quelques airs d'une musique céleste; à rinstant même je vous les commande pour accomplir mes desseins sur ces hommes, et réparer leurs sens, que mes charmes ont désorganisés. Aussitôt, je brise ma baguette, je feusevelis dans le sein de la terre , et plus avant que n'est jamais descendue la sonde, je noierai sous les eaux mon livre magique.

(Ariel reotre; après lui rient Alooto avec du gwtr* J^msjmWs, Il est suivi de GoomIo ; Sébastien et Antonio viennent. p« aliènent aaivis d'Adrien et de Francisco, lit entrent tou dans le cercle fait par Prospcro, et y retient enchantée. Prospero observait ce ta, dit : )

Qu'une musique solennelle, que les sons les plus propres à calmer une imagination en désordre, guérissent tes esprits, qui, maintenant, inutiles agens, bouillonnent dans ton cerveau 1 Demeure là : un charme vous enchaîne 1 — Vertueux Gonzalo, homme vénérable, mes yeux, touchés de sympathie à la vue de tes larmes, les accompagnent de mes larmes. — Le charme se dissout par degrés, et comme on voit l'aurore s'insinuer dans la nuit et fondre doucement ses ténèbres, les clartés renaissantes de leur raison dissipent déjà les vapeurs léthargiques dont elle était enveloppée. O bon Gonzalo, mon véritable sauveur, loyal ami du prince que tu accompagnes, je veux dans ma patrie payer tes services en paroles et en actions. — Toi, Alonzo, tu nous as traités bien cruellement, ma fille et moi. Ton frère fut un des instigateurs du complot. Tu en es châtié maintenant , Sébastien , par des tortures. — Vous, mon sang, vous formé de la même chair que moi,

1* Bourgogne. Partout où se trouvent ces ronds, on est «ur de trouver des mousserons.

mon frère , qui ouvrant votre cœur a l'ambition en avez chassé le remords et la nature; vous qui, avec Sébastien (dont les tortures secrètes redoublent pour ce crime), avez voulu poignarder ici votre roi, tout dénaturé que vous êtes, je vous pardonne t — Déjà refluent les esprits de la pensée , dont les flots vont bientôt remplir les organes de leur raison et la purger de l'impur limon qui la trouble encore. Jusqu'ici , aucun d'eux ne m'envisage, et pas un ne pourrait me reconnaître. Ariel , va me chercher dans ma grotte mon chaperon et mon épée; je vais me dépouiller de ces voiles, et me montrer tel qu'autrefois, en prince de Milan. (Arieieoru) Hâte-toi, génie; tn touches à rheure de ta liberté.

(Ariel rentra an chantant, et aide Prospero a •'babiller.)

Je me It fleur que suce l'abeille , Je niche danj le calice d'une primerère , Et U Je me bloUis quand les hibou crient. Monti! sur le dot dp la chauve-souris, Gatment , gatmeot je virrai désormais Dans la neige des fleurs qui pendent i la lige Ou Tabcille i demi blottie , Va recueillir son ambroisie t Là, suçant leurs douces odeurs.

Je tïs , comme elle , sur les fleura Lorsque, troublant les airs paisibles , Dans les silencieuses nuits.

Hurlent les cbala-euans horribles ; 1

Effrayé de leurs tristes cris,

Je me lapis et je repose

Dans le calice d'une rose.

Des htTers rayant l'apreté ,

Je m'envole avec l'hirondelle,

Elgalmcm assis sur son aile

Je poursuis le char de Pété.

Ce jour finit mon esclavage :

Au retour du premier maun ,

Je cours baiser, amant volage.

Les fleurs sur un autre rivage) , '

Kt me parfumer dans leur sein.

PROSPERO

Oui , mon débeat Ariel , voilà quelle sera ta vie. Je sentirai que tu me manques ; mais tu n'en auras pas moins u liberté. Allons, allons, allons! vite au vaisseau du voi , invisible comme tu es : tu trouveras les matelots endormis sous les écoutflles. Réveille le maître et le bosseman ; force-les à te suivre en ce lieu. Dans l'instant, je t'en prie.

ARIEL

Je bois l'air devant moi, et revoie ici avant que ton artère ait battu deux fois.

(0 sort.}

GONZALO

Tout ce qui trouble, étonne, tourmente, confond l'homme, habite en cette île. Ohl daigne

quelque guide envoyé du ciel nous ikkr à sortir de cette He redoutable!

PROSPERO

Roi de Naples , reconnais le duc outragé de Milan, Prospero. Pour te convaincre que c'est un prince vivant qui te parle, je te presse dans mes bras et fadresse à toi et à ton cortège le salut d'un ami.

ALONZO

Es-tu Prospero? Ne l'es-tu pas? N'es-tu qu'une illusion pareille à celles qui m'ont abusé, préparée pour m'a buser encore? Je n'en sais rien. Ton pouls bat sous ma main comme le pouls d'un mortel formé de sang et de chair; et depuis que je te vois, je sens que l'angoisse de mon ame.... et le délire... qui, je le crains, l'a aliénée aussi... diminuent Tout ceci, si ce n'est pas un songe, suppose d'étranges événemens. Je vous remets votre duché , et vous conjure de me pardonner mes injustices. Mais comment Prospero pourraitil être vivant , et se trouver ici?

PROSPERO

D'abord , généreux ami , permets que j'embrasse ta vieillesse, dont l'inestimable vertu ne peut jamais être assez honorée.

GONZAf.O.

Est-ce réalité? est-ce mensonge? Je n'ose rien affirmer.

PROSPERO

Imbus encore des prestiges de l'île, vos sens n'osent se fier à la vérité des objets réels. Soyez tous les bien-venus, tous mes amis. Mais vous (à p«rt . Ait*»» et s*t»Mhfl), couple de seigneurs, si c'était un plaisir pour mon ame , je pourrais ici faire tomber sur vous les regards irrités du roi , et démasquer en vous deux traîtres. En ce moment je ne veux point révéler de faits. . .

SÉBASTIEN k P«rt.

... Non. — Pour vous, homme pervers, que je ne pourrais , sans souiller ma bouche , nommer mon frère, je vous pardonne vos plus noirs attentats . je vous les pardonne tous ; mais je vous redemande mon duché. Je sais bien qu'aujourd'hui vous êtes contraint de le rendre.

ALONZO

Si vous êtes en effet Prospero , racontez-nous quels événemens ont sauvé vos jours. Dites-nous

comment vous nous rencontrez ici , nous qui, depuis trois heures à peine , avons fait naufrage sur cette terre , où j'ai perdu , oh 1 que ce ressouvenir est poignant pour mon coeur I mon fils, mon cher Ferdinand.

PROSPERO

J'en suis affligé , seigneur.

ALONZO

Irréparable est ma perte ! Et la patience ellemême avouerait qu'elle n'a point de remède pour ma douleur.

PROSPERO

Je croirais plutôt que vous n'avez pas réclamé son secours. Moi, pour une perte semblable, j'ai imploré son assistance : j'en ressens les doux effets, et je repose tranquille et résigné.

ALONZO

Vous ? une perte semblable (

PROSPERO

Aussi grande pour moi, aussi récente; et pour supporter la perte d'un bien si cher, je n'ai autour de moi que des consolations bien plus faibles que celles qui vous restent. J'ai perdu ma fille.

ALOISZO.

Une fille! Tous? O ciel! qu'ils fussent tous deux vivans dans Naples , la reine et le roi de cet état ; oui , et moi , que je fusse enseveli dans ce lit de fange où mon fils est gisant! Eh! quand avez-vous perdu votre fille?

PROSPERO

Dans cette dernière tempête. — Ma rencontre ici, je le vois, a frappé ces seigneurs d'un tel étonnement , que leur raison se tourmente et se dévore en vain. A peine croient-ils que le rapport de leurs yeux soit fidèle, que leurs paroles soient les sons naturels de leur voix. Mais, de quelques secousses qu'aient été battus vos sens , tenez pour certain que je suis ce Prospero , ce même duc que la violence arracha de Milan , et qu'une destinée étrange a conduit ici pour être le souverain de I cette île où vous avez trouvé le naufrage. — Mais différons, il n'est pas temps. C'est une histoire 1 ' raconter jour par jour, non un récit qui conj vienne à cette première entrevue, ou qu'on puisse j resserrer dans les bornes d'un dessert. Vous êtes le bien-venu , seigneur. Cette grotte est ma cour. LA j'ai peu de suivans, et de sujets an dehors, aucun. Je vous prie , jetez ici les yeux ; puisque vous m'avez rendu mon duché , je venx par un

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