‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 93 sur 689 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

échange me mettre au pair avec vous ; du moins , je veux vous faire voir une merveille dont vous serez aussi satisfait que je peux l'être de mon duché.

(LacrotUioMM.atBos ^ UiRANDA.

Mon doux ami, vous me trichez.

FERDINAND

Moi, ma bien-aimée? Je ne le voudrais pas pour l'univers.

ma and a.

Oh! pour l'univers! Quand vous n'y devriez gagner que quelques royaumes , vous te pourriez , et je dirais encore que vous jouez beau jeu.

ALONZO

Si c'est 14 une nouvelle vision de cette Oe , il me faudra perdie deux fois un fils chéri.

Le plus étrange des prodiges !

FERDINAND

Si les mers menacent , elles font grâce aussi ; je les ai maudites sans sujet. ^ t ^

ALONZO

Que toutes les bénédictions d'un père enivré de joie te couvrent et t'environnent! Lève-toi : dis, comment es-tu venu ici?

vie , et cette cond père.

ALONZO

Et moi je suis le sien. Mais, oh qu'il choquant dans la bouche d'un père, le qu'il lui faut demander à sou enfant!

PROSPERO

Arrêtez, seigneur; ne chargeons point notre mémoire du poids d'un mal qui est oublié.

GONZALO

Je pleurais au fond de mon ame, sans quoi j'aurais déjà parlé. Abaisse tes regards, grand Dieu , et fais descendre sur ce jeune couple uue couronne chargée de bénédictions ; car toi seul as frayé la route qui nous a conduits ici.

ALONZO

Je dis Amen, Gonzalo.

GONZALO

Le duc de Milan fut donc chassé de Milan, pour que sa race un jour donnât des rois à Naples. Oh que les transporte de votre joie passent les bornes d'une joie ordinaire ! Gravons en lettres d'or cet événement sur des colonnes impérissables. Dans le même voyage , Claribe! a trouvé un époux à Tunis ; Ferdinand son frère une épouse sur une terre où il était perdu, et Prospère son duché au fond d'une Ile misérable ; et chacun de nous ici retrouve son être tout entier, au moment où pas un de nous qui n'eût tout perdu, jusqu'aux facultés de son ame.

ALONZO

Donnez-moi vos mains. Que les chagrins , que le désespoir assiègent à jamais le cœur qui oe bénit pas votre union !

GONZALO

Ainsi soit-il ! Amtn.

(Renlro Ariel arec le mtllre et le bosMiotn , tout «b&bu.)

Seigneur, seigneur, voyez, voyez! Voici encore de nos compagnons. Je l'avais prédit, que tant que les gibets seraient sur terre, cette physionomie ne périrait jamais dans l'eau. — Eh bien ! bouche àbtasphèmes^dont les imprécations font ; fuir de ton bord la miséricorde du ciel, quoi, pas fait choix dans un temps où je ne pouvais de- | un ^ w fc ^it-tu donc plus de

mander l'aveu de mon père : je ne croyais plus . lerre? ^ mM

que j'eusse encore un père ! Elle est la Iule de ce

fameux duc de Milan , que j'avais entendu nom- " bossbman.

mer tant de fois , mais sans l'avoir vu jamais avant La meilleure de toutes , c'est que nous retrou -

ce jour. C'est de lui que j'ai reçu une seconde vous ici notre roi et sa compagnie; la seconde,

O merveille! combien d'excellentes créatures sont ici, et là encore' Que le genre humain est beau ! O beau nouveau monde , qui possède de pareils habitans 1

pour toi.

ALONZO

Quelle est cette jeune fille avec qui tu étais au jeuî Votre plus ancienne connaissance ne peut que de trois heures. Est-elle la déesse qui >us a séparés, pour nous réunir ainsi?

FERDINAND

Seigneur, c'est une mortelle; mais, grâces à î, elle est à moi; j'en ai

LA TEMPÊTE

notre navire que nous avons» il y a trois sables (1), cédé aux vagues ouvert et sombré, se trouve étanché, radoubé, gréé, et leste comme au premier moment où nous cinglâmes en mer.

ARŒL à part.

Maître, tout cet ouvrage, je l'ai lait depuis que tu ne m'as vu.

PROSPERO «part.

Mon agile esprit !

ALONZO

Ce ne sont point là des événemens naturels : à tout moment, nouveau prodige plus étrange! Parlez, qui vous a conduits ici?

LE BOSSEMAN

Si j'étais sûr que je ne l'ai pas rêvé , seigneur, j'entreprendrais de vous le dire. Nous étions endormis-morts, et, sans savoir par quel hasard, tous jetés sous les écou tilles. Là , il n'y a qu'un moment, un étrange tintamarre, des bruits mêlés de rugissemens, de gémisseniens . de burlemens, de cliquetis de chaînes qui sVntre-choquaieu,, et le fracas d'autres divers et horribles sons, nous ont réveillés. Aussitôt tous sont debout et libres; et nous revoyons dans son assiette notre royal , notre brave et joli navire. A sa vue, notre maître bondit de joie. Eu un clin d'œil , pas davantage, s'il vous plaît, nous avons été séparés des autres, et encore tout assoupis amenés ici comme dans un songe.

ARIEL a part.

Ai-je bien fait mon devoir?

PROSPERO a part.

A ravir, mon oiseau. Tu vas être libre. ALONZO.

Voila le plus surprenant dédale où jamais aient erré les hommes. Tout ceci est conduit par un pouvoir qui ne suit point la marche de la nature. Pour rectifier nos idées , il faut qu'un oracle nous éclaire.

Mon noble suzerain , ne tourmentez point votre gination sur le nœud rebelle de ces énigmes. Dans une heure de loisir qui ne tardera pas à naître , je vous développerai à vous seul , et vous approuverez ma prudence , le fil de tous ces événemens ; jusque là soyez tranquille , et croyez que tout est bien.— Approche, esprit; délivre Caliban

(1) Les gable» «ont ici des horloges d'une heure.

et ses compagnons; dénoue mon charme. — Eh bien! comment se trouve votre altesse? 11 vous manque encore ici de votre équipage, quelques aventuriers que vous oubliez.

(Ariel notre, cJtaiaenl devant lai Caliban , Stopbuo et Triacnlo, Téta* de* habita qa'ils ont votea.)

STEPHANO

Que chacun s'évertue pour le salut des autres, sans s'inquiéter de soi ; car tout n'est que hasard dans la vie. — Courage, bruyant monstre, courage!

TRJNCULO.

Si ces deux espions que je porte en tête ne me trompent pas, voilà une merveilleuse apparition !

CALIBAN

O Sciebos , voici vraiment de rares esprits ! Oh que mon maître est beau ! Je tremble de peur qu'il ne me châtie.

SÉBASTIEN

Ah , ah ! quels sont ces objets , seigneur Antonio? Nous les vendrait-on pour de l'or?

ANTONIO

Je le crois. L'un d'eux est un vrai monstre marin , bon à vendre sur la place.

PROSPERO

Seigneurs, considérez seulement ces hommes et leur butin , et décidez s'ils sont honnêtes. Cet esclave difforme , sa mère est une sorcière, et si puissante, qu'elle pouvait interroger la lune dans son cours, enfler ou abaisser les marées, et exercer le même empire qu'elle , sans emprunter son pouvoir. Ces trois hommes m'ont volé ; ce demidémon, car c'est un rejeton bâtard de l'enfer, avait fait avec les deux autres le complot de m'ôter la vie. Des trois, en voilà deux que vous devez reconnaître pour vos sujets. Quant à ce fruit de ténèbres, j'avoue que je suis son maître.

CALIBAN

Je serai dardé d'aiguillons tant que j'en meure.

ALONZO

N'est-ce pas là Stephano , mon sommelier toujours altéré?

SÉBASTIEN

Oui , qui revient ivre encore : comment a-t-il trouvé du vin?

ALONZO

Et Trinculo aussi chancelle. Où ont-ils découvert ce puissant spécifique , qui les a ainsi coloréri Qui t'a donc mis en cet état?

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