‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 107 sur 294 · ACTE I, SCÈNE V, ^gg · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V, ^gg

Docteur , votre office auprès de moi est rempli poui^ le moment j allez à vos affaires.

CORNÉLIUS s'cloignant, et à part.

Vous m'êtes suspecte , madame ; mais vous ne ferez aucun mal.

LA REIKE, àPisanio,

Ecoute, un mot.

CORNÉLIUS, à part.

Je n'aime point cette femme Elle croit tenir

des poisons lents bien merveilleux; je connais bien son âme, je ne confierai pas à des mains aussi pervei'ses des ingrediens d'une nature aussi funeste; ceux qu'elle possède assoupiront un moment les sens; et peut-être ses essais commenceront-ils par de vils animaux, pour monter ensuite vers des espèces plus nobles; mais il n'y a aucun danger dans la mort apparente que donnent ces préparations ; elles ne font que suspendre pour un temps les esprits, qui renaissent plus frais et plus actifs. Elle est trompée par ces faux poisons ; et moi , en la trompant ainsi , je n'en suis que plus fidèle.

LA REINE

Docteur , je vous l'ai dit , je n'ai plus besoin de votre présence : vous attendrez que je vous fasse rappeler.

CORNÉLIUS

Je prends humblement congé de vous.

(Use retire.) LA REINE.

Elle pleure donc toujours, dis- tu? Penses-tu qu'avec le temps cette passion ne s'éteindra pas, pour

2<5o CÎMBELINE,

laisser entrer les conseils de la raison dans ce cœur où règne maintenant la folie? Travaille à cette cure : et quand tu viendras me dire qu'Imogène aime mon fils, ma réponse à ces mots sera : « Pisanio, tu es aussi grand que ton maître ; plus grand que lui ; » car sa fortune est gisante , elle n'a plus le souffle , et sa renommée est à l'agonie : il ne peut retourner ici, ni demeurer où il est... En changeant d'existence , il ne fera que changer de misère ; et chaque jour qui va suivre va précipiter sa ruine. Quel est ton espoir , en t'appuyant sur une colonne qui chancelle et qu'il sera impossible de relever? — sur un homme qui n'a pas même assez d'amis pour l'étayer dans sa décadence ? ( La reine laisse tomber une boite : Pisanio la ramasse. ) Tu ne connais pas ce que tu tiens là ; reçois-le de moi pour tes services , c'est un élixir de ma composition : il a déjà ramené cinq fois le roi des portes du trépas : je ne connais pas de cordial plus efficace. Non , je le veux, prends-le , comme un gage de faveurs plus grandes que je te destine : — fais sentir à ta maîtresse quelle est sa position actuelle ; mais que tes conseils paraissent venir de toi seul : songe quelle carrière la fortune ouvre devant toi. Tu conserves toujours ta maîtresse , et de plus tu gagnes mon fils , qui se souviendra de toi... .l'intéresserai le roi à ton avancement , quelque choix que tu fasses ; et moi-même alors , moi surtout ([ui t'aurais mis sur la voie de mériter les grâces , je m'engage par-là à récompenser richement ton mérite. Appelle mes femmes : songe à mes promesses. {Pisanio sort.) Un rusé valet, dont on ne peu.t ébranler la constance : l'agent de

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