‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 13 sur 294 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Un autre appartement dans la maison de Léonato.

Entrent DON JUAN et CONRADE.

CONRADE.

De quoi s'agit-il , seigneur ? D'oii vous vient cette tristesse extrême ? , ,

DON JDAN.

Comme la cause de mon chagrin n'a point de bornes , ma tristesse est aussi sans mesure.

CONRADE.

Vous devriez écouter la raison. ■

3o BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,

DON JUAN

Et quand je l'aurais écoutée , quel fruit m'en reviendrait-il ?

CONKADE.

Sinon un remède actuel, du moins la patience.

DOiN JUAN.

Je m étonne qu'étant né, comme tu le dis, sous le signe de Saturne , tu veuilles appliquer un topique moral à un mal désespéré. Je ne puis dissimuler ce que je suis ; il faut que je sois triste lorsque j'en ai sujet. Je ne sais point sourire aux bons mots d'aucun homme. Je veux manger quand j'ai appétit , sans attendre le loisir de personne; dormir lorsque je me sens assoupi, et ne jamais veiller pour les intérêts d'un autre ; rire quand je suis gai , et ne flatter jamais le caprice de mon semblable.

CONRADE.

Oui , mais vous ne devez pas montrer votre caractère à découvert que vous ne le puissiez sans blâme. Naguère vous avez pris les armes contre don Pèdre , et il vient de vous rendre ses bonnes grâces ; il est impossible que vous preniez racine dans son amitié, si vous ne prenez vous-même les soins qui peuvent la faire croître. C'est à vous de préparer la saison qui doit favoriser votre récolte.

DON JUAN

J'aimerais mieux être la chenille de la haie qu'une rose par ses bienfaits. Mon humeur se trouve mieux du dédain général que du soin de me composer un extérieur propre à ravir l'amour de qui que ce fût.

Page 1