ACTE III, SCÈNE II
la lettre que je t'envoie pour elle te fournira l'occasion de le Jaire par ses ordres. Papier infernal , aussi noir que Tencre qui te cou\re, matière insensible , es-tu complice de cet acte , toi qui l'offres en dehors sous une blancheur virginale? — La voici. ( Entre Imogène.) Je ne sais plus ce qui m'est commandé.
IMOGÉWE.
Eh bien , Pisanio , quelles nouvelles ?
PISANIO.
Madame , voici une lettre de mon maître.
IMOGÈNE
Qui? ton maître? C'est le mien, Léonatus. Oh! il serait bien savant l'astronome qui connaîtrait les étoiles comme je connais ses caractères ! le livre de l'avenir lui serait ouvert. — Dieux propices, faites que tout ce qui est contenu ici ne respire que l'amour, ne parle que de la santé de mon époux , de son contentement , — non pas piourtant de ce que nous sommes séparés l'un de l'autre : que plutôt cette idée l'afflige. Il est des chagrins salutaires ; celui de l'absence est du nombre ; c'est un remède qui foi^tifie l'amour... Mais, à part cela, qu'il soit content. Bonne
cire, permets soyez fortunées, vous abeilles,
qui formez ces sceaux des secrets. (Ah! que les amans et les hommes liés par des pactes dangereux font des vœux bien diiférens ! ) Tu jettes les faussaires dans les prisons ; mais tu scelles aussi les tablettes de l'amour!... De bonnes nouvelles , grands dieux! (Elle lit.)
(( La justice et le courroux de votre père, s'il
244 CYMBELINE
« venait à me surprendre dans ses états, ne seront >) jamais si mortels pour moi que vous ne puissiez , » ô la plus chérie des épouses, me ranimer d'un » regard de vos yeux. Apprenez que je suis en Cam- » brie , au havre de Milford ; suivez sur cet avis le » parti que vous inspirera votre amour. Votre bon- » heur en tout est le voeu de celui qui reste fidèle à )) ses sermens , et dont l'amour va croissant tous les » jours.
» Léowatus Posthumus. »
Oh ! un cheval avec des ailes 1 L'entends-tu , Pisanio? II est au havre de Milford. Lis, et dis-moi à combien nous sommes de ce lieu. Si un homme qui n'est appelé que par un léger intérêt peut à l'aise parcourir cette distance en une semaine, ne pourrai-je, moi, y voler en un jour? Allons, fidèle Pisanio, toi qui languis ainsi que moi du désir de voir ton maître : oh! laisse-m'en rabattre! tu languis, mais non pas autant que moi ; tu languis aussi de le voir, mais plus faiblement... Oh! non, pas autant que moij car mon désir est au-dessus, au-dessus... réponds et presse tes paroles : un confident d'amour doit les précipiter, les entasser dans foreille d'une amante. — Combien y a-t-il d'ici à cet heureux Milford ? et dans la route tu me raconteras par quel bonheur le pays de Galles possède ce port. — Mais avant tout, comment nous dérober de ces lieux? Et puis l'espace de temps qui va s'écouler entre le départ et notre retour, comment l'excuser?... Mais d'abord voyons comment sortir d'ici : pourquoi nous occuper de l'excuse? pourquoi penser qu'il en existe?