‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 151 sur 294 · ACTE III, SCÈNE V. , aGS · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. , aGS

CYMBELINE

Ses portes ferme'es , sans qu'on l'ait vue depuis quelques jours ! Ciel ! accorde-moi que mes craintes soient démenties.

(Il sort.) LA REINE, à Clotco.

Mon fils, je vous l'ordonne , suivez-le roi.

CLOTEN.

Cet homme qui lui est attache', Pisanio, ce vieux serviteur, je ne l'ai pas vu non plus depuis deux jours.

LA REINE

Allez, suivez ses traces. ( Cloten sort. ) Ce Pisanio, si dévoue à Posthumus, tient de moi un breuvage... Je pi'ie le ciel que son absence vienne de ce qu'il en a essayé ; car il est persuadé que c'est un élixir précieux. — Mais elle, où peut-elle être allée? Peutêtre le désespoir laura saisie; ou bien, entraînée par l'ardeur de son amour elle aura fui vers son cher Posthumus. Sûrement, elle marche à la mort, ou au déshonneur; et l'un ou l'autre parti sert également mes vues. Elle écartée, c'est moi qui dispose à mon choix de la coui'onne de Bretagne. ( Cloten rentre. ) Eh bien , mon fils ?

CLOTEN.

Son évasion est certaine. Allez apaiser le roi : il est en fureur : personne n'ose l'approcher.

LA REINE

Tout est au mieux. Puisse cette nuit le priver du lendemain !

264 CYMBELINE

CLOTEN.

Je l'aime et je la hais. — Elle est belle, faite pour le trône : elle possède toutes les brillantes qualités de la cour : elle en a plus elle seule que toutes nos dames, que toutes les femmes. Elle a de chacune d'elles le plus beau trait, et, formée de cet ensemble, elle les surpasse toutes; voilà ce qui me la fait aimer : mais d'un autre côté ses dédains pour moi, tandis qu'elle prodigue ses faveurs à ce vil Posthumus... c'est une tache à son jugement, et qui ternit à mes yeux toutes ses autres perfections : aussi cela me détermine à la haïr, bien plus, à me venger d'elle

car les dupes... ( Entre Pisanio. ) Qui passe là? Quoi! tu fuis? Appi^oche ici : ah! c'est toi, vil entremetteur : misérable, où est ta maîtresse? Réponds en un mot, ou, sur l'heure, tu vas tout droit voir les démons.

PISANIO.

0 mon bon prince !

CLOTEN.

Où est ta maîtresse? Par Jupiter, je ne te le demanderai pas trois fois. Discret scéléi'at , je tirerai ce secret de ton coeur, où je t'arrache le coeur pour l'y trouver. Parle, est-elle avec ce Posthumus pétri -de bassesse, sans un grain de mérite?

PISANIO.

Hélas! seigneur! comment serait-elle avec lui? Quand a-t-elle disparu? Posthumus est à Rome.

CLOTEN.

Où est-elle ? Allons , approche encore : point de

Page 1