ACTE m, SCÈNE V
Ton premier service , c'est de m'apporter cet habit : débute par-là ; va .
PISANIO.
Je vais le chercher, seigneur.
(Il sono CLOTEN.
Te joindre au havre de Milfordl — J'ai oublié de lui demander iine chose; mais je m'en souviendrai tout à l'heure. — Là même, oui là, vil Posthumus , je veux te tuer. — Je voudrais que cet habit fût déjà venu. Elle disait un jour ( l'amertume de ce propos me revient en ce moment sur le cœur et le soulève ) qu'elle faisait plus de cas de l'habit de Posthumus c[ue de ma noble personne, ornée de toutes mes qualités. Je veux , revêtu de cet habit même, abuser d'elle ; et d'abord le tuer lui, sous les yeux de sa belle : elle verra alors ma valeur, et après ses mépris ce sera pour elle un tourment. Lui ainsi gissant sur la terre, après ma harangue d'insulte finie sur son cadavre , et lorsque ma passion sera rassasiée d'elle , ce que je veux , comme je le dis , exécuter dans les mêmes habits dont elle faisait tant de cas , alors je vous la fais revenir à la cour et la fais marcher à pied devant moi. Elle s'égayait à me mépriser, je m'égaierai aussi moi à me venger. ( Pisanio revient avec l'habit. ) Sont-ce là ses habits?
PISANIO.
Oui, mon noble seigneur.
26B CYMBELINE
CLOTEN.
Combien y a-t-il qu'elle est partie pour le havre deMilford?
PISANIO.
A peine y est-elle arrivée à présent.
CLOTEN.
Porte ces vêtemens dans ma chambre; c'est la seconde chose que je t'ai commandée. La troisième, est que tu deviennes le sei'viteur muet de mes desseins. Songe à m'obéir , et la fortune viendra d'elle-même s'offrir à toi. — C'est à Milford qu'est maintenant ma vengeance! Que n'ai-je des ailes pour l'y atteindre. — Va, sois-moi fidèle.
( Il sort revêtu de Ibabit de Fosthumus. ) PISANIO.
Tu me commandes ma honte ; car t'être fidèle , c'est devenir ce que je ne serai jamais, traître à l'homme le plus sincère. — Va, cours à Milford, pour n'y pas trouver celle que tu poui'suis. — Ciel! verse , verse sur elle tes bénédictions ! Que les obstacles traversent l'empressement de cet insensé, et qu'un vain labeur soit son salaire !
( Pisanio sort. J