ACTE III, SCÈNE VI
BELARIUS,
Arrêtez, n'entrez pas — Si je ne le voyais pas manger nos provisions , je croirais que c'est une fée.
GUIDÉRTUS.
Qu'y a-t-il donc ?
BÉLARIUS.
Par Jupiter, un ange ! ou si ce n'est pas un ange, c'est le modèle des beautés de la terre. Voyez cette divinité , sous les traits d'un jeune adolescent.
(Imogène s'avaDce k l'etHréc d.
IMOGÉNE, suppliante.
Bons humains , ne me faites point de mal. Avant d'enti'er dans cette caverne , j'ai appelé , et mon intention était d'aclieter ou d'obtenir en don ce que j'ai pris. En vérité, je n'ai rien dérobé, et je n'aurais l'ien pris , quand j'aurais trouvé le seuil couvert d'or. Voilà de l'argent pour ce que j'ai mangé : j'aurais laissé cet argent sur le seuil , aussitôt que j'aurais eu fini mon repas , et je serais parti de ce lieu en priant le ciel pour l'hôte qui m'avait nourri.
GUIDÉRIUS.
De l'argent, jeune homme?
ARVIRAGUS.
Que tout l'argent et l'or de la terre rentrent dans la fange : il n'est plus précieux qu'elle , qu'aux yeux de ceux qui adorent des dieux de fange.
Je le vois, vous êtes fâché. Apprenez que si vous
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me tuez pour ma faute , je serais morte aussi sans
cette faute.
BÉLARIDS.
Où allez-vous ?
IMOGÈNE
Au havre de Milford.
BÉLARIUS.
Quel est votre nom ?
IMOGÈNE
Fidèle. — J'ai un parent qui part pour l'Italie : il s'embarque à Milford : j'allais le rejoindre lorsque , épuisé par la faim , je suis tombé dans cette faute.
BÉLARIUS.
Je te prie , beau jeune homme , ne nous crois pas des rustres , et ne juges pas de la bonté de nos âmes sur l'aspect de l'autre oii nous vivons. Ta rencontre est heureuse. Il est presque nuit ; tu seras mieux fêté avant ton départ, et tu seras remercié pour avoir accepté notre chère et notre asile — Jeunes gens, faites-lui bon accueil.
GUIDÉRIUS.
Jeune homme , si tu étais une femme , je t'aimerais passionnément ; mais je serais en tout ton serviteur fidèle et respectueux. Franchement, je dis ce que je ferai.
Moi , je suis satisfait de ce qu'il est un homme. Je l'aimerai comme un frère : oui , laccueil que je ferais à mon frère après une longue absence , tu le recevras de moi. Sois le bienvenu. Sois joyeux; car tu rencontres ici tes amis.