ACTE IV, SCÈNE II
dangers qui ne nous promettent aucun avantn£;e. {J Jiviragus.) — Je te prie, retourne à notre rocher; Fidèle et toi , vous apprêterez notre chasse : moi je vais rester ici et attendre que Polydore soit revenu; je te rejoins avec lui dans un moment.
ARVIRAGUS.
Pauvre Fidèle , que nous avons laissé malade , je vais le revoir avec plaisir ! Pour i^endre à son teint ses couleui^s , je verserais le sang d'une ville entière de Clotens , et croirais mériter des éloges comme ayant fait un acte de charité.
(Il sort.) BÉLARIUS.
0 divine et toute -puissante nature , comme ton empreinte éclate sur ces deux fds de roi ! Leur caractère a la douceur des ze'pliirs , lorsqu'ils murmurent sous la violette sans même agiter sa tête flexible ; mais quand leur sang royal s'allume , ils deviennent aussi fougueux que le plus impétueux des vents, qui saisit par la cime le pin de la montagne et le courbe jusqu'au fond du vallon. C'est un pi'odige qu'vm instinct secret les forme ainsi à la royauté dont ils n'ont point d'idée; à l'honneur, dont ils n'ont point eu de leçons ; à la politesse , dont ils n'ont point vu d'exemple; à la valeur, qui croit en eux comme une plante sauvage, et qui a déjà pi'oduit une aussi riche moisson que si l'art l'avait cultivée. Cependant je vois toujours quelque événement funeste dans la rencontre de Cloten en cette forêt , et dans les suites que nous amènera sa mort.
288 GYMBELINE,
( Guidérius reatre. )
GUipÉRIUS.
Où est mon frère ? Je viens de plonger dans le torrent cette lourde tête de Cloten , et de l'envoyer en ambassade à sa mère : elle lui servira de gage en attendant le retour de son corps.
( Musique solennelle. ) BÉLARIUS.
Qu'entends-je! mon instrument! Écoutons, Polydore! ce sont les mêmes sons... Mais à quelle occasion Cadwal... Ecoutoiîs.
GDIDÉRIUS.
Mon frère est-il à notre caverne ?
BÉLARIUS.
Il vient de s'y rendre.
GUIDÉRIUS.
Quelle est son idée? Depuis la mort de ma tendre mère, cet instrument a garde' le silence... Pour ces sons graves et solennels il faudrait un événement sérieux... De quoi s'agit-il? Des airs de triomphes pour des futilités , et des lamentations pour des caprices ! C'est la joie des singes et le chagrin des enfans. Cadwal est-il fou?