‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 164 sur 294 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

de sa main il nous saisii'ait tous et ferait sauter nos têtes de la place où , grâces aux dieux , elles sont encore, pour les planter sur les murs de la cité de Lud.

BÉLARIUS.

Nous sommes tous perdus !

GUIDÉRIUS.

He' mais, mon père , qu'avons-nous donc à perdre que ce qu'il jurait de nous ôter, la vie? La loi ne nous protège pas ; pourquoi donc aurions-nous la faiblesse de souffrir qu'un insolent bloc de chair nous menace d'être à la fois juge et bourreau , et d'exécuter lui seul tout ce que nous pourrions craindre des lois ? — Mais qu'avez-vous découvert dans les bois ? Quelle suite

BÉLARIUS.

Pas une âme ; mais par toutes sortes de raisons , il est impossible qu'il n'ait pas quelque escorte. Quoique son caractère ne fût que changement continuel , et toujours du mauvais au pire, la folie même la plus aveugle n'aurait pu l'amener seul dans cette forêt. Il se pourrait qu'on eût dit à la cour que les hommes qui habitaient ici dans une caverne, et vivaient de leur chasse dans cette forêt, étaient des proscrits , qui pourraient un jour former un parti redoutable ; lui , à ce récit , aura pu éclater , car c'est là son caractère , et jurer qu'il viendrait nous surprendre. Mais pourtant il n'est pas probable qu il y soit venu seul , qu il ait seul osé fentreprendre, et qu'à la cour on l'ait souffert; notre crainte est donc

fondée , lorsque nous appréhendons que ce corps

ait une queue plus dangereuse que sa tête.

ARVIRAGDS.

Que l'événement arrive tel que le prévoient les dieux ; quel qu'il soit , mon frère a bien fait.

BÉLARIUS.

Moi , je n'avais pas dans l'idée de chasser aujourd'hui ; la maladie du jeune Fidèle m'a fait trouver le chemin bien long.

GUIDÉRIDS.

Avec sa propre épée , qu'il brandissait autour de ma gorge , je lui ai enlevé la tête ; je vais la jeter dans l'anse qui est derrière notre rocher; qu'elle roule à la mer , et qu'elle aille dire aux poissons qu'elle appartient à Cloten, le fils de la reine. C'est là tout le souci que j'en veux prendre.

(II sort.) BELARIUS.

J'appréhende bien que sa mort ne soit vengée. Polydore , je voudrais que tu n'eusses pas fait ce coup , quoique la valeur t'aille à merveille.

ARVIRAGUS.

Moi, je voudrais l'avoir fait , dût la vengeance tomber sur moi seul ! — Polydore, je t'aime en frère ; mais je suis jaloux de cet exploit : tu me l'as volé. Je voudrais que toute la vengeance dont la force humaine est capable fondit sur nous et nous mît à l'épreuve.

BÉLARIUS.

Allons , c'est une chose faite. — Nous ne chasserons plus d'aujourd'hui : ne cherchons point des

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