SCÈNE III
On voit un autre côté du champ de bataille.
POSTHUMUS entre avec UN SEIGNEUR breton.
\ LE SEIGNEUR
Venez-vous du poste oii l'on a tenu ferme. ^
; POSTHUMUS
Oui, j'en viens ; mais, vous, à ce qu'il me semble, vous arrivez du lieu oii l'on fuyait.
3io CYMBELINE,
LE SEIGNEUR
Il est vrai.
POSTHUMUS
On ne peut vous en blâmer ; car tout était perdu si le ciel n'eût combattu pour nous. Le roi lui-même abandonné de ses deux ailes , l'armée rompue, et ne montrant plus de toutes parts ffue le dos des Bretons, tous fuyant par un étroit défilé ; l'ennemi fier de sa victoire, mêlant l'insulfé au carnage, n'avait pas assez d'armes et de bras pour la moisson sanglante qui s offrait à lui ; il frappait les uns à mort, blessait au hasard les autres ; le reste tombait tei'rassé par la peur , en sorte que ce passage étroit a été bientôt comblé de morts, tous percés par le dos; ou de lâches qui cherchaient encore à prolonger leur honte avec la vie.
LE SEIGNEUR
Où était ce défilé?
POSTHUMUS
Tout près du champ de bataille , creux et profond, avec des bords escarpés couverts degazon ; avantages dont a profité un vieux soldat , un brave soldat, j'en réponds, et qui, en rendant pareil serviceà son pays, a bien mérité les longues années dont sa barbe est blanchie. Suivi de deux jeunes gens, nus et plus faits en apparence pour des danses rustiques, que pour un pareil carnage, avec des visages et un teint qu'on eût dit conservés sous le mascpie, bien plus frais c[ue ceux que la pudeur ou la crainte du hâle tient voilés ; il enjambe le défilé et garde le passage, en criant aux fuyards : u Les cerfs de notre Bretagne