ACTE V, SCÈNE III. 3ii
meurent en fuyant, et non pas les hommes; tombez dans la nuit des enfers , lâches qui reculez — Arrêtez, ou nous serons pour vous des Romains, cpii vous donneront le trépas des vils animaux , que vous fuyez comme eux : vous êtes sauvés si vous voulez seulement vous retourner et nous regarder en face. Arrêtez, arrêtez. » Ces trois braves, aussi fermes que trois mille; — (ils les valaient en action , car trois combattans de front valent une armée , dans un défdé qui empêche les autres d'agir), avec ce seul mot : Arrêtez, arrêtez; secondés par l'avantage du lieu , plus encore par le charme puissant de leur noble courage, qui en effet était capable de changer les fuseaux en lances, ils ont coloré tous ces pâles visages. Les Bretons ranimés , l'un par la honte, l'autre par le courage , et ceux que l'exemple seul avait changés en lâches, (oh! l'exemple est à la guerre le crime irrémissible dans les premiers qui le donnent) tous commencent à mesurer des yeux l'espace que la peur leur a fait paixourir , et à rugir comme des lions sous les piques des chasseurs. De ce moment le vainqueur cesse de poursuivre, et s'arrête : bientôt 11 recule ; bientôt après il est en déroute , et soudain vm vaste désoi'dre. Alors les Romains fuient comme des poulets , par le même chemin où ils fondaient d'abord comme des aigles sur leur proie. Ils repassent en esclaves aux lieux qu'ils avaient parcourus en vainqueurs. En ce moment nos lâches même nous servent, comme servent au voyageur les rebuts de ses provisions à la fin d'un long voyage. Trouvant jour à percer des cœurs que. leur fuite laissait sans défense , ciel ! comme ils bies-
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sent encore des hommes déjà morts , ou achèvent les mourans ! Quelques-uns même tuent leurs amis entraînes dans le premier flot des fugitifs; de dix hommes qu'auparavant un seul Romain faisait fuir, chacun maintenant immole vingt Romains; et ces poltrons, qu'on aurait vus le moment d'auparavant mourir sans résistance , sont devenus tout à coup la terreur du champ de bataille.
LE SEIGNEUR
Il s'est fait là une étrange révolution. Un étroit défilé ! Un vieillard et deux enfans !
POSTIIUMUS.
Allons, ne marquez pas tant d'étonnement — mais vous êtes fait pour vous étonner des belles actions , bien plus que pour en faire ; voulez-vous rimer là-dessus et en faire un jeu d'esprit, voilà des rimes :
Un étroit défilé , deux enfans , un vieillard , Pour se sauver il n'est jamais trop tard.
LE SEIGNEUR
Oh! ne vous fâchez pas, l'ami.
POSTHUMUS
Que voulez-vous dire ?
Vous n'osez pas braver votre ennemi , Et vous voulez de moi faire un ami ?
Allons, je sais bien que si vous suivez votre penchant , vous fuirez bientôt aussi mon amitié. Vous m'avez mis en train de rimer.