ACTE V, SCÈNE IV
POSTHDMUS.
Je te dis, geôliei', que pour se guider dans la route que je vais faire, personne ne manque d'yeux que ceux qui les ferment et refusent de s en servir.
LE GEOLIER
Quel conte, qu'un homme ait l'usage de ses yeux pour voir un chemin qui les aveugle ! car je suis sûr que l'ëchafaud mène droit à l'aveuglement.
( Entre un messager. )
LE MESSAGER, au geôlier.
Ote ces fers : conduis ton prisonnier devant le roi.
POSTHUMUS
Tu m'appoi'tes d'heureuses nouvelles : tu m'appelles à là liberté.
LE GEOLIER
Je serai donc pendu, moi?
POSTHUMUS
Tu seras plus libre que ne l'est un geôlier : il n'est point de fers pour les morts.
( PostUumus et le messager sortent ; LE GEOLIER.
A moins de trouver un homme qui veuille épouser une potence et engendrer des petits gibets,je n'ai jamais vu un prisonnier avoir plus de penchant pour elle. Cependant, sur mon honneur, j'en ai vu deplvis scélérats qui tenaient fortàla vie, tout Romain qu'il est; mais il y en a bien aussi quelques-uns d'eux qui meurent malgré eux ; j'en ferais bien de même , si j'étais Romain. Je voudrais que nous n eussions tous
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qu'une même âme, et une bonne âme. Oh ! ce serait la de'solation des geôliers et des gibets : je parle là contre mon intérêt pre'sent : mais mon souhait y trouverait aussi son avantage.