ACTE V, SCÈNE IV. Sai
renaîtront pour se réunir au vieux tronc, et recouvrer leur fraîcheur, alors Posthumus trouvera la fin de sa misère , et la Bretagne heureuse fleurira dans la paix et l'abondance. »
C'est encore un rêve, ou de ces paroles vaines que prononce la langue de la folie , sans que le cerveau y ait part : c'est l'un ou l'autre, ou ce n'est rien. Des mots vides de sens, et que la raison ne peut deviner. — C'est à quoi ressemble le mouvement de ma vie ; conservons ce livre , ne fût-ce que par sympathie.
(Le geôlier eulre.)
LE GEOLIEE.
Allons, prisonnier, ètes-vous prêt à la moi^t?
POSTHUMUS
Prêt ! le rôti est plutôt brûlé que non cuit. Il y a long-temps qu'il est prêt.
LE GEOLIER
Un gibet est le mot , mon cher : si vous êtes prêt pour cela, vous êtes au point qu'il faut.
POSTHUMDS.
Si je puis être un bon repas pour les spectateurs, le plat aura paye' le coup.
LE GEOLIER
C'est là un compte qui vous coûte cher, l'ami ; mais il y a une consolation , c'est que vous n'aui-ez plus de dettes à payer, plus d'écots de taverne , et ces lieux , s'ils servent d'abord à vous mettre en joie , vous attristent souvent au dépai't : vous y entrez faible de besoin, vous en sortez chancelant; vous
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êtes fâche d'avoir trop payé , et vous l'êtes encore d'avoir trop reçu ; la bourse et le cerveau sont tous deux vides ; le cerveau trop pesant à force d'être léger, et la bourse trop légère parce qu'on l'a soulagée de son poids. Oh ! vous allez être délivré de toutes ces contradictions. La charité d'une corde de deux sous vous acquitte mille dettes en un tour de main. Vous n'aurez plus d'autre compte : c'est une décharge et du passé et de l'avenir. Votre tête ser\ira de plume , de registre et de comptoir, et votre quittance est au bout.
POSTHUMOS.
Je suis plus joyeux de mourir que tu ne l'es de vivre.
LE GEOLIER
En effet, celvii qui dort ne sent pas le mal de dents; mais un homme f[ui doit dormir de votre sommeil, changerait volontiers, j'imagine, de place avec le bourreau chargé de l'aider à se mettre au lit. Car voyez, mon cher, vous ne savez pas le chemin que vous allez prendre.
POSTHOMOS.
Je le sais, oui , je le sais, l'ami.
LE GEOLIER
Votre mort a donc des yeux ? je n'en ai jamais vu dans son portrait. Ou quelqu'un vous a promis de se charger de "vous conduire, ou vous vous vantez de connaître une route que, j'en suis sûr, vous ignorez; ou bien , vous vous jetterez à l'aventui'e, à tous périls et risques ; et ce que vous aurez mis de temps à arriver au terme de votre voyage , je pense bien que vous ne reviendrez pas me le dire.