‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 207 sur 294 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

POSTHDMUS.

Prince, je suis de'voué à vos ordres. Noble envoyé de Rome, mandez ici votre devin. Pendant que je dormais, il m'a semblé que le grand Jupiter m'apparaissait sur son aigle , avec d'autres visions de fantômes de ma famille ; en me réveillant , j'ai trouvé sur mon sein cet écrit dont le contenu est d'un sens si obscur que je ne puis en suivre l'explication. Qu'il prouve son habileté en l'éclaircissant.

LUCIUS

Philarmonus !

LE DEVIN

Me voici, seigneur.

LUCIUS

Lis et explique ces paroles.

LE DEVIN , lisant.

« Quand un lionceau à lui-même inconnu , trouvera sans chercher une créature légère comme l'air, et sera reçu dans ses bras; lorsque les rameaux d'un cèdre auguste , coupés et morts pendant plusieurs années, renaîtront pour se réunir au vieux tronc et recouvrer leur fraîcheur, alors Posthumus trouvera la fin de sa misère , et la Bretagne heureuse fleurira dans la paix et dans l'abondance. » Toi , Léonatus , tu es le lionceau ; c'est ce qu'indique l'explication naturelle de ton nom de Leo-naius; la créature légère comme l'air, c'est (au roi) ta vertueuse fille, que nous appellerons mollis aër; et mellis aër nous l'appellerons millier; et cette mulier c'est cette fidèle épouse de Posthumus qui , justifiant la lettre de l'oracle , inconnu à lui-même

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et sans avoir cherche , s'est vu embrasse' par cet air

léser.

CYMBELINE

Son explication n'est pas invraisemblable.

LE DEVIN

Ce cèdre altier, roi Cymbeline , c'est toi ; et tes branches coupées sont l'emblème de tes deux, fils qui, dérobés par Bélarius et crus morts pendant des années, renaissent aujourd'hui réunis au cèdre royal dont les rejetons promettent à la Bretagne paix et abondance.

CYMBELINE

Je veux que la paix commence. Lucius, quoique vainqueurs , nous rendons notre hommage à César et à l'empire romain , promettant de payer notre tribut accoutumé ; ce fut notre coupable reine qui nous en dissuada; mais la justice du ciel n'a que trop appesanti , sur elle et sur les siens , son bras vengeur.

LE DEVIN

Les puissances du ciel accoi'dent elles-mêmes les instrumens pour célébrer l'harmonie de cette paix. Elle vient de s'accomplir en tout la vision prophétique qvie j'ai annoncée à Lucius avant le choc de cette bataille, dont le champ fume encore. L'aigle romaine que j'ai vue prendre son vol dans les cieux de l'orient au couchant , diminuer par degrés à ma vue , et se pei'dre enfin tout-à-fait dans les rayons du soleil, annonçait que notre aigle impérial, notre prince César , renouvellerait son alliance avec l'illustre Cymbeline, qui remplit ici l'Occident de l'éclat de sa gloire.

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