ACTE V, SCÈNE V
quel lieu? — Et vous, quels motifs vous ont conduits tous trois au combat? et cent autres qviestions à vous faire, dont l'idée ne me vient pas encoi'e, et toute cette suite d incidens l'un après l'autre , nés d'un enchaînement de hasards?... Mais ce n'est pas ici l'heure ni le lieu de ces longs entretiens. — Voyez Posthumus abandonné sur le sein d'Imogène ; et elle, dont l'œil , comme un éclair incapable de nuire , nous parcourt tous , son époux , ses frères , moi , ce Romain son maître , et caresse chacun de nous d'un regard plein de joie, auquel chacun de nous répond par un regard où sont peints ses sentimens. Pas un de nous qui n épi'ouve aujourd'hui dans son sort un changement étrange! Quittons cette tente, et allons remplir les temples de la fumée de nos sacrifices. {A Bélariiis.) — Toi, tu es mon frère , et tu en seras toujours un pour moi.
IMOGÈNE, àBélarius.
Vous êtes aussi mon père ; c'est à vos secours que je dois le bonheur de voir ce jour de félicité.
CYMBELINE
Tous heureux , excepté ces prisonniers chargés de fers ; qu'ils partagent aussi notre joie : je veux qu'ils se ressentent de notre bonheur.
IMOGÎCNE, à Lucius.
Mon bon maître , je veux vous servir encore.
LUCIUS
Vivez heureuse !
CYMBELINE
Et ce soldat disparu , qui a si vaillamment com-
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battu , qu'il figurerait bien ici ! sa pre'sence ferait
éclater la reconnaissance de son roi.
POSTHUMUS
Seigneur, je suis le soldat qui accompagnait ces trois braves , sous les habits de la pauvreté ; ce costume favorisait le projet que je suivais alors. — Ne suis-je pas ce soldat , lachimo ? pai'le ; je t'avais terrassé, et je pouvais t'ôter la vie.
lACHIMO , se prosternant.
Je suis encore terrassé; mais c'est le poids de ma conscience qui force en ce moment mon genou à fléchir, comme l'y forçait naguère votre bras. Prenezla, je vous en conjure, cette vie que je vous dois tant de fois ; mais auparavant reprenez votre bague, et ce bracelet de la princesse la plus fidèle qui ait jamais engagé sa foi.
POSTHUMUS
Ne te prosterne point à mes pieds : l'avantage que je veux obtenir sur toi, c'est d'épargner ta vie; le ressentiment que je conserve contre toi, c'est le plaisir de te pardonner. Vis, et agis mieux avec les autres hommes.
CYMBELINE
Noble arrêt ! notre gendre nous donnera l'exemple de la générosité. Pardon est ici le mot que j'adresse à tous.
AKVIRAGUS, à Postlmmus.
Vous nous avez secourus, comme si vous vous fussiez en effet cru notre frère ; nous sommes ravis que vous le soyez devenu.