‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 215 sur 294 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Appartement de la maison d'Olivia.

SIR TOBIE et MARIE.

SIR TOBIE

Que diable prétend ma nièce en prenant à coeur la mort de son frère ? Je suis sur , moi , que le chagrin est ennemi des jours de l'homme.

Sur ma parole , il faut que vous veniez de meilleure heure le soir. Madame votre nièce fait de grandes objections ^^^ contre vos heures indues.

SIR TOBIE

Eh bien ! qu'elle excipe avant d'être excipée '•^^.

M.IRIE.

Fort bien; mais vous êtes absolutnent obligé de vous confiner dans les modestes limites de l'ordre.

SIR TOBIE

Confiner ^^'> ! je ne me tiendrai pas plus finement que je ne fais; ces habits sont assez bons pour boire et ces bottes aussi , ou sinon qu'elles se pendent à leurs propres tirans.

MARIE

Ces grandes rasades vous tueront : j'entendais madame en parler encore hier , ainsi que de cet imbécile que vous avez amené un soir ici pour lui faire la cour.

TOM. YII. Sha-speare. 24

SIR TOBIE

Qui? sir André Ague-Cheek ?

MARIE

Oui , lui-même.

SIR TOBIE

C'est un homme des plus braves qu'il y ait en lUyrie.

MARIE

Et qu'importe à la chose ?

SIR TOBIE

Comment ! il a trois mille ducats de rente par année.

MARIE

Oui ! mais il ne fera qu'une année de tous ses ducats : c'est un vrai fou , un prodigue.

SIR TOBIE

Fi ! n'avez-vous pas honte de dire cela ? Il joue de la viole de Gambo ^''^ , il parle trois ou quatre langues, mot à mot, sans livre, et il possède les meilleurs dons de nature.

MARIE

Oh ! oui , certes , il les possède au naturel ; car, outre que c'est un sot , c'est un grand querelleur ; et si ce n'est qu'il a le don d'un lâche pour apaiser la fougue qui l'emporte dans une querelle, c'est l'opinion des gens sensés qu'on lui ferait bientôt le don d'un tombeau.

SIR TOBIE

Par cette main , ce sont des bélîtres , des détracteurs , que ceux qui tiennent de lui ces propos. — Qui sont-ils ?

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