‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 227 sur 294 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

VIOLA

Non, joli mousse, je dois rester à flot ici un peu plus long-temps. — ( ^ Olivia. ) Quelque douceur qui apaise votre géant, ma chère dame, je vous en prie

OLIVIA

Déclai'ez-moi vos intentions.

VIOLA

Je suis chargé d'un message.

OLIVIA

Sûrement , vous avez quelque chose de bien affreux à m'appi'cndre , puisque le début de votre politesse est si craintif; expliquez l'objet de votre message.

Il n'est fait que pour votre oreille; je ne vous apporte ni déclaration de guerre, ni imposition d'hommage; je porte l'olive dans ma main : mes paroles sont, comme le sujet, des paroles de paix.

OLIVIA

Et cependant votre début a été des plus brusques. Qu'êtes-vous ? Que voulez-vous ?

VIOLA

Si j'ai montré quelque grossièreté , c'est de mon rôle que je l'ai empruntée. Ce que je suis , et ce que je veux , sont des choses aussi secrètes que l'honneur d'une vierge ; c'est du sacré pour votre oreille seule, du profane pour toute autre.

OLIVIA, à Marie.

Laissez-nous seuls. Nous désirons connaître ces

choses sacrées. ( Marie sort. ) Maintenant, monsieur, votre texte ?

VIOLA

Très-chère dame...

OLIVIA

Une doctrine vraiment consolante, et sur laquelle on peut dire beaucoup de choses ! — Où est votre texte ?

VIOLA

Dans le sein d'Orsino.

Dans son sein ? Dans quel chapitre de son sein ?

VIOLA

Pour vous re'pondre avec méthode , dans le premier chapitie de son coeur.

OLIVIA

Oh ! je l'ai lu; c'est de l'he'résie toute pure. N'avezvous rien de plus à dire ?

VIOLA

Chère madame , laissez-moi voir votre visage.

OLIVIA

Avez-vous quelque commission de votre maître à négocier avec mon visage? Vous voilà maintenant hors de votre texte ; mais nous allons tirer le rideau et vous montrer le portrait. Regardez, monsieur : voilà ce que vous direz que j'étais quand vous m'avez vue; n'est-il pas bien fait?

( EUe ôte son voile. ) VIOLA.

Admirablement bien fait, si Dieu a tout fait.

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