‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 233 sur 294 · ACTE II, SCENE II. 4or · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 4or

VOUS baissiez, la voilà sous vos yeux; sinon, qu'elle soit à celui qui la trouvera.

( Il sorl. ) VIOLA,

Je n'ai point laissé de bague chez elle; quelle est l'intention de cette dame? Que ma destinée ne le permette pas! Ma figure l'aurait-elle charmée? — Elle m'a beaucoup considérée, et si attentivement , qu'il me semblait que ses yeux égaraient sa langue ; car elle ne me parlait que par mots interrompus et d'un air distrait. Elle m'aime sûrement. C'est une ruse de sa passion qui m'invite à la revoir par ce grossier messager. Ce n'est point du tout une bague de mon maître! Non , il ne lui en a point envoyé; c'est à moi-même qu'elle l'adresse, — Si cela est (comme cela est eu efFet), pauvre infortunée , il vaudrait mieux pour elle être amoureuse d'un songe! Déguisement, tu es, je le vois, un artifice funeste , dont l'ennemi du genre humain sait tirer grand parti. Combien il est aisé à ceux qui ont quelques appas pour tromper, de faire impression sur la molle cire du cœur des femmes ! Hélas ! c'est la faute de notre fragilité , et non pas la nôtre. Car si nous sommes telles , c'est que nous avons été créées telles. Comment ceci s'arrangera-t-il ? Mon maître l'aime passionnément; et moi, pauvre fille, sous une métamorphose étrange , je suis aussi passionnément amoureuse de lui. Et elle, dans sa méprise, paraît raffoler de moi. Qu'est-ce que tout ceci deviendra? Tant que je serai homme , il faut que je désespère d'obtenir l'amour de mon maître ; et étant une femme, hélas! que d'inutiles soupirs poussera l'in-

TOM. VII. Shalspmn. . 26

4o3 LA DOUZIÈME NUIT,

fortunée Olivia ! 0 temps ! c'est toi qui dois de'nouer ce nœud complique, et non pas moi : il est ti'op fort pour mon génie.

(EUesort. )

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