‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 256 sur 294 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

du comte ; bats-toi avec lui : blesse-le en onze endroits : ma nièce en tiendra note, et sois bien sur qu'il n'y a point dans le monde d'entremetteur d'amours qui puisse rendre un homme recommandable aux yeux d'une femme, comme la réputation de valeur.

FABÎAN.

Il n'y a pas d'autre parti que celui-là , sir André.

SIR AWDRK.

Voulez-vous, l'un de vous deux, lui porter mon défi?

SIR TOBIE

Allons, écris-le en caractères guerriers : sois tranchant et court. Peu importe qu'il y ait de l'esprit, pourvu qu'il soit éloquent, et plein d'invention. Insulte-le avec toute la licence de la plume. Si tu le tutoies deux ou trois fois, cela ne fera pas mal ; et accumule autant de démentis qu'il en pourra tenir dans ta feuille de papier, fùt-elle assez grande pour servir de lit à la Ware ^^^\ en Angleterre. Allons, à l'ouvrage! que ton encre soit noircie de fiel; peu importe que tu écrives avec une plume d'oison ; allons, la main à l'oeuvre.

SIR ANDRÉ

Oii VOUS retrouverai-je?

SIR TOBIE

Nous irons te demander au Ctibiculo ^"^ ; va.

( Sir André sort. ) FABIAN.

Voilà un bout d'homme qui vous est bien cher, sir Tobie.

^4/i LA DOUZIÈME NUIT,

SIR TOBIE

Je lui ai été deux mille fois plus cher, mon garçon !

FABIiVN.

Nous aurons une excellente lettre de lui : mais vous ne la remettrez pas à son adresse?

SIR TOBIE

Si fait , ou ne te fie jamais à ma parole; je veux par toutes sortes de moyens exciter le jeune homme à y répondre. Je crois que ni bœufs , ni câbles ne pourront jamais venir à bout de les joindre. Car, pour sir André , si on l'ouvrait et qu'on y trouvât seulement autant de sang qu'il en faut pour entraver le pied d'une mouche, je consens à manger le reste de la dissection.

FABIAN

Et son adversaire, le jeune page, ne porte pas sur sa figure de grands symptômes de férocité.

( Entre Marie. )

Vois, voici le plus jeune roitelet de la couvée , qui vient à nous.

MARIE

Si vous aimez la bonne humeur, et que vous soyez curieux de rire à vous tenir les côtés , vous n'avez' qu'à me suivre. Là-bas , ce stupide Malvolio est changé en païen , en vrai renégat : car il n'est point de chrétien, pour peu qu'il veuille être sauvé par une croyance orthodoxe, qui puisse jamais donner sa foi à de pareilles extravagances, et à des soins aussi grossiers : il est en bas jaunes.

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