ACTE III, SCÈNE II
du comte ; bats-toi avec lui : blesse-le en onze endroits : ma nièce en tiendra note, et sois bien sur qu'il n'y a point dans le monde d'entremetteur d'amours qui puisse rendre un homme recommandable aux yeux d'une femme, comme la réputation de valeur.
FABÎAN.
Il n'y a pas d'autre parti que celui-là , sir André.
SIR AWDRK.
Voulez-vous, l'un de vous deux, lui porter mon défi?
SIR TOBIE
Allons, écris-le en caractères guerriers : sois tranchant et court. Peu importe qu'il y ait de l'esprit, pourvu qu'il soit éloquent, et plein d'invention. Insulte-le avec toute la licence de la plume. Si tu le tutoies deux ou trois fois, cela ne fera pas mal ; et accumule autant de démentis qu'il en pourra tenir dans ta feuille de papier, fùt-elle assez grande pour servir de lit à la Ware ^^^\ en Angleterre. Allons, à l'ouvrage! que ton encre soit noircie de fiel; peu importe que tu écrives avec une plume d'oison ; allons, la main à l'oeuvre.
SIR ANDRÉ
Oii VOUS retrouverai-je?
SIR TOBIE
Nous irons te demander au Ctibiculo ^"^ ; va.
( Sir André sort. ) FABIAN.
Voilà un bout d'homme qui vous est bien cher, sir Tobie.
^4/i LA DOUZIÈME NUIT,
SIR TOBIE
Je lui ai été deux mille fois plus cher, mon garçon !
FABIiVN.
Nous aurons une excellente lettre de lui : mais vous ne la remettrez pas à son adresse?
SIR TOBIE
Si fait , ou ne te fie jamais à ma parole; je veux par toutes sortes de moyens exciter le jeune homme à y répondre. Je crois que ni bœufs , ni câbles ne pourront jamais venir à bout de les joindre. Car, pour sir André , si on l'ouvrait et qu'on y trouvât seulement autant de sang qu'il en faut pour entraver le pied d'une mouche, je consens à manger le reste de la dissection.
FABIAN
Et son adversaire, le jeune page, ne porte pas sur sa figure de grands symptômes de férocité.
( Entre Marie. )
Vois, voici le plus jeune roitelet de la couvée , qui vient à nous.
MARIE
Si vous aimez la bonne humeur, et que vous soyez curieux de rire à vous tenir les côtés , vous n'avez' qu'à me suivre. Là-bas , ce stupide Malvolio est changé en païen , en vrai renégat : car il n'est point de chrétien, pour peu qu'il veuille être sauvé par une croyance orthodoxe, qui puisse jamais donner sa foi à de pareilles extravagances, et à des soins aussi grossiers : il est en bas jaunes.