ACTE III, SCÈNE IV
serviteur qui cadre bien avec ma position , ma fortune. — Où est Malvolio?
MARIE
Il vient, madame : mais dans un étrange accoutrement : il est sûrement possède, madame.
OLIVIA
Quoi, que veux-tu dire ? Est-ce qu'il extravague?
MARIE
Non , madame ; il ne fait que sourire continuellement. — Il serait bon, madame, que vous fussiez sur vos gardes, s'il vient : car il est certain que cet homme a la tête timbrée.
OLIVIA
Va le chercher. — Je suis aussi insensée qu'il peut l'être, si la folie gaie et la folie triste sont égales. {Entre Malvolio.) Eh bien, Malvolio?
MALVOLIO
Chère madame, ho, ho, ho.
OLIVIA
Tu ris ? Je t'ai envoyé chercher pour un sujet sérieux et triste.
MALVOLIO
Triste , madame ? Je pourrais devenir triste ; aussi ces jarretières croisées causent toujours quelque obstruction dans la circulation du sang : mais qu'est-ce que cela fait ? Si elles plaisent à l'oeil d'une seule personne , je suis dans le cas du sonnet qui dit : Si je plais à une seule , je plais à tout le monde.
ToH. VII. Shakspeare. 2Q
45o LA DOUZIÈME NUIT,
OLIVIA
Quoi! que prétends-tu ? De quoi s'agit-il avec toi?
MALVOLIO
Il n'y a point de noir dans mon âme , quoiqu'il y ait du jaune à mes jambes. — Elle est tombe'e dans ses mains, et les ordres seront exécutes. Je m'imagine que nous savons reconnaître sa belle main romaine.
OLIVIA
Veux -tu aller te mettre au lit , Malvolio?
MALVOLIO
Au lit? Oui, ma chère âme, et je veux bien y aller avec toi !
OLIVIA
Dieu te bénisse ! Pourquoi ris-tu ainsi et baises-tu ta main si souvent?
Que faites-vous , Malvolio ?
MALVOLIO
Répondre à vos questions? Oui, comme les rossignols répondent aux corneilles.
MARIE
Pourquoi paraissez-vous avec cette ridicule hardiesse devant ma maîtresse ?
MALVOLIO
Ne £ effraye point de la grandeur. — Cela y est bien écrit.
OLIVIA
Que veux-tu dire pax^-là , Malvolio ?