ACTE IV, SCÈNE II. /,8i
Ne perdez point de paroles avec lui , cher monsieur. — Qui, moi monsieur? Non pas moi, monsieur. Dieu soit avec vous, bon monsieur Topas. — Ainsi soit-il, ainsi soit-il! — Je le fei'ai, monsieur, je le ferai.
MALVOLIO
Fou, fou, fou, réponds-moi donc.
LE BOUFFON
Hélas, moiîsieur, tâchez d'être tranquille. Que dites-vous, monsieur? On me maltraite, paixe que je vous parle.
MALVOLIO
Cher fou, oblige-moi de m'apporter de la lumière et un peu de papier. Je te dis que je jouis de toute ma raison , autant qu'homme qui soit dans toute riUyrie.
LE BOUFFON
Hélas ! plût au ciel que cela fût vrai , monsieur !
MALVOLIO
Par cette main, cela est. Cher fou, un peu d'encre, de papier et de lumière , et ensuite porte à madame ce que j'aurai écrit. Ce message te sera plus fructueux qu'aucune lettre que tu aies jamais portée.
LE BOUFFON
Je veux bien vous obliger en cela. — Mais ditesmoi la vérité : n'êtes-vous pas fou réellement comme vous paraissez l'être ; ou si vous ne faites que le contrefaire ?
MALVOLIO
Ci'ois-moi , je ne suis point fou : je te dis la vérité.
TOM. VIT, Shalspearc 3l
LE BOUFFON
Allons , je ne croirai plus jamais qu'un homme soit fou , à moins que je n'aie vu sa cervelle. Je vais vous chercher de la lumière , du papier et de l'encre.
MALVOLIO
Fou , je ne mettrai point de bornes à la récompense. Je t'en prie , va.
LE BOUFFOK sort en chantant.
Je suis parti , monsieur ;
Et dans un moment, monsieur,
Je vous rejoins
Dans un clin d'œil ,
Pour pourvoir à vos besoins :
Comme l'antique fou du théâtre ,
Qui, avec une dague de bois ,
Dans sa colère et sa rage
Crie Ah ! ah ! au diable ;
Comme un enfant insensé :
Rogne tes ongles , papa I
Adieu , écume d'un honnête homme.