ACTE IV, SCÈNE II
où tu l'auras trouvé. Je voudrais que nous fussions tous bien quittes de ce me'chant tour que nous lui avons joue. Si on peut lui rendre sa liberté sans inconvénient, je voudrais que cela fût déjà fait. Car je suis déjà si mal dans l'espint de ma nièce , que je ne peux , sans m'exposer, conduire cette farce jusqu'où elle pourrait aller. Viens au plus tôt me trouver dans ma chambre.
(Il sort avec Marie. ) LE BOUFFON chantant.
Allons , Robin , joyeux Robin , Dis-moi comment va ta maîtresse.
Fou!
Fou!
MALVOLIO
LE BOUFFON chantant.
Ma maîtresse est par ma foi une cruelle.
MALVOLIO
LE BOUFFON
Hélas , pourquoi l'est-elle ?
MALVOLIO
Fou , réponds-moi donc.
LE BOUFFON
C'est qu'elle en aime un autre.
Qui ni appelle ici ?
MALVOLIO
Bon fou , si jamais tu fus jaloux de bien mériter de moi , procure-moi de la lumière , une plume, de l'encre et du papier : comme je suis gentilhomme, j'en seraireconnaissant toute ma vie.
48o LA DOUZIÈME NUIT,
LE BOUFFON
Quoi , monsieur Malvolio !
Oui, mon cher fou.
LE BOUFFON
Hélas, monsieur, comment avez-vous perdu l'usage de vos cinq sens ?
MALVOLIO
Fou , il n'y eut jamais d'homme insulte' d'une manière aussi indigne : je jouis de tout mon bon sens aussi bien que toi, fou.
LE BOUFFON
Aussi bien que moi? En ce cas vous êtes donc fou, si vous n'êtes pas plus dans votre bon sens qu'un fou.
MALVOLIO
Ils m'ont enfermé ici comme un homme en démence ; ils me tiennent dans les ténèbres , ils m'envoient des ministres, des ânes, et font tout ce qu'ils peuvent pour me faire perdre en effet la raison.
LE BOUFFON
Faites bien attention à ce que vous dites : le ministre est ici présent. {Le Bouffon aussitôt varie sa voix et contrefait dans V obscurité celle du ministre.) — Malvolio , Malvolio , que le ciel veuille te rendre l'usage de ta raison! Tâche de doi^mir, et laisse là ton vain babil.
MALVOLIO
Sir Topas !