‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 3 sur 294 · ACTE I, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. i

BÉATRICE

Je vous suppliei'ai de m'apprendre si le signor Montanto '•''> i^evient de la guerre ici ou non.

LE MESSAGER

Je ne connais point ce nom , madame. JNous n'avions à l'armée aucun officier de marque connu sous ce nom.

LÉONATO.

De qui vous informez-vous , ma nièce ?

nÉRO.

Ma cousine veut parler du seigneur Bënëdick de Padoue.

Oh ! madame , il est revenu ; et tout aussi plaisant qu'il ait jamais été.

BÉATRICE

Il fit un jour courir des billets '--^ dans Messine , et défia Cupidon dans l'art de tirer des ilèches ; le fou de mon oncle qvii lut ce défi répondit sous le nMn emprunté de Cupidon , et le défia à la ilèche ronde. — Ah ! de grâce , combien a-t-il exterminé, dévoré d'ennemis dans cette guerre? Dites-moi simplement combien il en a tué , car j'ai promis de manger tous les morts de sa façon.

LÉONATO.

En vérité , ma nièce , vous provoquez trop le seigneur Bénédick ; mais il saura bien se défendre ; n'en doutez pas, il est bon pour vous.

LE MESSAGER

Il a servi, madanie , avec beaucoup d'éclat dans cette campagne.

i4 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,

BÉATRICE

Oui , vous aviez des vivres gâte's , et il vous a aidé à les consommer. C'est à table un brave héros ; il a un vaillant estomac.

LE MESSAGER

Il est aussi bon soldat, madame.

BÉATRICE

Bon soldat près d'une dame; mais en face d'un homme, qu'est-il?

C'est un brave devant un brave , un homme en face d'un homme. Il y a en lui l'étoffe de toutes les vertus de l'honneur.

BÉATRICE

C'est cela en effet ; Bénédick n'est rien moins qu'un homme étoffé '•^' : mais quant à l'étoife ; — fort bien , nous sommes tous mortels.

LÉONATO

Monsieur, je vous conjure de ne pas juger mal de ma nièce. Il règne une espèce de guerre enjouée entr'elle et le seigneur Bénédick. Jamais ils ne se rencontrent sans qu'il y ait entr'eux quelque escarmouche d'esprit.

BÉATRICE

Hélas! il ne gagne rien à cela. Dans notre dernier combat, quatre sens des cinq dont se compose son esprit, s'en allèrent tout éclopés , et le brave homme n'en a plus qu'Ain pour se gouverner. Or, s'il lui donne encore assez d'instinct pour se tenir chaudement , laissons-le-lui comme l'unique différence qui le distingue de son

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