ACTE m, SCÈNE II
BÉNÉDICK.
Qu'elle aille se pendre *^'°^.
CLAUDIO
Oui, pendez-la d'abord, et arrachez-la ensuite.
DON PÉDRE.
Quoi ! soupirer ainsi pour un mal de dents?
LÉONATO.
Qui n'est qu'une humeur ou un ver.
BÉNÉDICK.
Soit ; chacun à son gré maîtrise un mal, excepté celui qui en souffre.
CLAUDIO
Allons , je dis qu'il est amoureux.
DON PÈDRE
Il n'y a en lui aucune apparence de caprice ('"', à moins que ce soit le caprice qu'il a pour les costumes étrangers; comme d'être aujourd'hui un Hollandais, et un Français demain , ou de se montrer à la fois de deux pays, Allemand depuis la ceinture jusqu'en bas par de grands pantalons , et Espagnol depuis la hanche jusqu'aux épaules par le pourpoint; à part son caprice pour cette folie , et il a ce caprice-là , certainement il n'a ni le caprice ni la folie que "VOUS voudriez lui attribuer.
S'il n'est pas épris de quelque belle, on ne doit plus aucune foi aux anciens signes. Il brosse son chapeau tous les matins; quelsisne est-ce?
DON PÉDRE.
Quelqu'un l'aurait-il vu se glissant chez le barbier?
CLAUDIO
Non , mais on a vu le garçon du barbier dans sa chambre , et l'ancien ornement de son menton sert déjà à entier des balles de paume.
LÉONATO.
En effet , il semble plus jeune qu'il n'était avant la chute de ses moustaches.
DON PÈDRE
Comment ! il se parfume à la civette. Pourriezvous deviner son secret par fodorat ?
CLAUDIO
Autant vaut-il prononcer net que le pauvre jeune homme est amoureux.
DON PÈDRE
La preuve qui me frappe davantage, c'est sa mélancolie.
CLAUDIO
A-t-il jamais eu fhabitude de se laver le visage ?
Oui; et le vit-on jamais se farder? Raison qui me fait comprendre ce que vous dites de lui.
CLAUDIO
Et son esprit plaisant ! ce n'est plus aujourd'hui qu'une corde de luth qui ne résonne plus que sous les touches.