‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 46 sur 294 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

rencontrez le prince dans la nuit , vous pouvez l'arrêter.

VERGES

Non , par Notre-Dame ; quant à cela je ne crois pas qu'il le puisse.

Je gage dix shellings contre un , avec tout homme qui connaît les statues , qu'il le peut. Non pas, à la vëritë, sans que le prince y consente; car le guet ne doit offenser pei'sonne , et c'est faire offense à un homme , que de l'arrêter contre sa volonté.

VERGES

Par Notre-Dame , je crois que vous avez raison.

DOGBERRY.

Ha! ha! ha! Or ça, bonne nuit, messieurs; s'il survient quelque affaire un peu grave, appelez-moi. Prenez chacun l'avis de votre camarade et de votre propre tête; bonne nuit. — Venez, voisin.

SECOND WATCHMAN, à ses camarades.

Ainsi , compagnons, nous venons d'entendre notre devoir. Asseyons-nous ici sur ce banc près de l'église jusqu'à deux heures, et de là allons nous coucher.

DOGBERRY.

Encore un mot , honnête voisin. Je vous en prie , veillez à la porte du seigneur Léonato , car le mariage étant fixé à demain sans faute, il y a dans cette maison grand tumulte cette nuit. Adieu, soyez vigilans, je vous en conjure.

(Dogberry et Verges sortent.;

( Entrent Borachio et Conrade. )

BOKâCHIO.

Conrade , où es-tu ?

PREMIER WATCHMàN, Las à ses compagnons

Paix, ne bougez pas.

Conrade ! dis-je?

CONRADE, en lepoussant.

Ici. — Nous voici coude à coude.

BORACHIO.

Diantre, le coude me démangeait; je pensais bien qu'il s'ensuivrait quelque croûte.

CONRADE.

Je veux bien te devoir une réponse pour cç propos. Poursuis maintenant ton récit.

BORACHIO.

Mettons-nous à couvert sous ce toit ; il tombe une bruine froide : et là , en buveur plein de franchise , je te dirai tout.

SECOND W.ATCHMAN, à part.

Quelque trahison ! Restons coi, mes amis.

BORACHIO.

Tu sauras que don Juan m'a promis mille ducats.

CONRADE.

Est-il possible qu'aucune scélératesse soit si chère?

BORACHIO.

Demande plutôt comment il est possible qu'aucun scélérat soit si riche ! car lorsque le scélérat riche a

Page 1