ACTE V, SCÈNE II. i
femme. — Je vous prie, daignez appeler Béatrice, je vous rends les armes, et jette mon bouclier à vos pieds ('").
MARGUERITE
C'est votre e'pe'e qu'il faut nous rendre : nous avons , nous , les boucliers de notre côte'.
BÉNÉDICK.
Si vous vous en servez , Marguerite , il vous faut mettre la pointe dans l'ëtau ; les épées sont des armes dangereuses pour les filles. •
MARGUERITE
.Allons, je vais vous appeler Béatrice, qui, je crois, a des jambes.
BÉNÉDICK.
Si elle en a, elle viendra.
(Marguerilesort.) (Ilchanle )
Le dieu d'amour
Qui est assis là-haut , Me connaît , me connaît; Il sait combien je mérite
Comme chanteur, veux -je dire; mais comme amant?... Léandre, le bon nageur; Troïlus, qui employa le premier Pandare ; et un volume entier de ces marchands de tapis dont les noms coulent encore avec tant de douceur sur la ligne unie d'un vers blanc, non, jamais aucun d'eux ne fut si complètement bouleversé par l'amour, que l'est aujourd'hui mon pauvre individu. Diantre! je ne saurais le prouver en rimes : j'ai essayé; mais je ne peux trouver d'autre rime à tendron , que poupon : rime
i44 BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN, innocente ! A mariage , cocuage ; rime sinistre, école , folle , rime bavai'de : toutes ces rimes sont d'un mauvais pre'sage : non, je ne suis point né sous une étoile poétique; car je ne puis faire ma cour en termes pompeux.
( Entre Béatrice. )
BÉNÉDICK.
Chère Béatrice , vous voulez donc bien venir quand je vous appelle?
BÉATRICE
Oui , seigneur , et vous quitter dès que vous me l'ordonnerez.
BÉNÉDICK.
Oh ! bien, restez avec moi jusqu'alors.
Alors est dit : adieu donc. — Et pourtant, avant mon départ, renvoyez-moi satisfaite sur l'objet qui m'a fait venir , c'est de savoir ce qui s'est pass'é entre vous et Claudio.
BÉNÉDICK.
Des mots fort aigres; et là-dessus je veux vous donner un baiser.
BÉATRICE
Mots aigres, ce n'est qu'un souffle aigre, et un souffle aigre n'est qu'une haleine aigre , une haleine aigre est dégoûtante; je m'en irai sans votre baiser.
BÉNÉDICK.
Vous avez détourné mes paroles de leur sens naturel ; tant votre esprit est effrayant ! Mais , pour vous dire les choses sans détour , Claudio est chargé