ACTE V, SCÈNE IV. i5i
pour ma volonté , — ma volonté est que la vôtre daigne s'accorder avec la nôtre, — c'est d'être aujourd'hui même uni à votre nièce par les nœuds d'un honorable mariage. . . Voilà pourquoi , bon religieux, je demande votre ministère.
LÉONATO.
Mon coeur est d'accord avec votre désir.
LE MOINE
Et mon ministère est prêt à l'accomplir. — Voici le prince et Claudio.
( Entrent don Pèdre et Claudio avec leur suite. ) DON PÈDRE.
Salut à cette belle assemblée !
LEONATO.
Salut, prince; et à vous, Claudio. Nous vous attendons ici. {A Claudio. ) Etes-vous toujours déterminé à épouser aujovird hui la fille de mon frère?
CLAUDIO
Je persévère dans mon engagement, fût-elle noire comme une Éthiopienne.
LÉONATO, à son frère.
Allez , mon frère j allez la chercher : voici le religieux tout prêt à les unir.
( Antonio sort. ) DON PÈDRE.
Ah ! bonjour , Bénédick. Quoi ! qu'avez-vous donc pour offrir ce front de février si glacé, si nébuleux, si sombre ?
Je crois qu'il rêve au buffle sauvage. Allons, ras-
i5?, BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN, surez-vous, ami , nous dorerons vos cornes , et toute l'Europe sera enchantée de vous voir , comme jadis Europe fut enchantée du puissant Jupiter , quand il voulut faire en amour le rôle du noble taureau.
BÉNÉDICK.
Le taureau Jupiter, comte, eut une aimable génisse ; apparemment que quelque étrange animal de cette espèce fit sa cour à la compagne de votre père , et que de cette belle union il sortit un jeune veau qui avait assez votre physionomie : au moins vous avez sa voix mugissante.
( Antonio rentre avec les dames masque'es, ) CLAUDIO.
Je suis votre débiteur. — Mais voici d'autres comptes à régler. — Quelle est la dame dont je dois prendre possession ?
ANTONIO
La voici , et je vous la donne.
CLAUDIO
Hé bien , elle est à moi. — Ma belle, laissez-moi voir votre visage.
LÉONATO.
Non , vous ne la verrez point que vous n'ayez accepté sa main en présence de ce religieux , et juré de l'épouser.
CLAUDIO
Donnez-moi votre main devant ce saint ministre. Je suis votre époux, si vous voulez m'accepter.
HÉRO, ôlant sonmasque.
Lorsque je vivais, je fus votre auti'e épouse; et lorsque vous m'aimiez , vous fûtes mon autre époux.