LE PREMIER GENTILHOMME
Vous ne rencontrez ici personne qui ne fronce le sourcil. Nos visages n'obéissent pas plus que nos courtisans aux lois du ciel. Tous retracent la tristesse peinte sur le visage du roi.
LE SECOND
Mais quel est le sujet?...
LE PREMIER
L'héritière de son royaume , sa fille , qu'il destinait au fils unique de la nouvelle reine, de cette veuve qu'il vient d'ëpouser , s'est donnée à un gentilhomme pauvre de fortune, mais riche en meVite : la voilà mariée; — aussitôt son époux est banni, elle emprisonnée. Tout présente les dehors de la tristesse; pour le roi, je le crois, il est affligé du fond du cœur.
1,4 CYMBELINE
LE SECOND
N'y a-t-il que le roi ?
LE PREMIER
Et le prince , à qui ce mariage enlève la princesse ; la reine aussi , qui souhaitait le plus cette alliance ; mais il n'est pas un des courtisans , quoiqu'ils portent des visages composés sur celui du roi , pas un qui n'ait le coeur joyeux de l'hymen dont ils afFectent de paraître mécontens.
LE SECOND
Et pourquoi cela ?
LE PREMIER
L'homme à qui la princesse échappe est un être qui ne mérite même pas une mauvaise réputation ; mais celui qui la possède , je veux dire celui qui l'a épousée, ah ! l'hounête homme ! et qu'on bannit pour cela ; c est une créature si accomplie qu'on aurait beau chercher son pareil dans toutes les régions du monde , il manquerait toujours quelque trait à l'objet qu'on voudrait lui comparer. Je ne pense pas qu'un extérieur aussi beau et une âme aussi belle soient réunis dans un autre homme que lui.
LE SECOND
Vous le vantez beaucoup.
LE PREMIER
Tous les éloges que je lui donne appartiennent à son mérite ; je lui fais tort plutôt que de l'exalter outre mesure.
LE SECOND
Quel est son nom , sa naissance ?