ACTE I, SCÈNE
êtes ma captive ; mais votre gardienne vous confiei'a les clefs qui ferment votre prison. Pour vous, Posthumus, aussitôt que je pourrai ilecliir le courroux du roi , on me verra plaider votre cause ; mais , je vous l'avoue, le feu de la colère est encore dans son sang; et il serait à propos de vous soumettre à son arrêt, avec toute la patience que votre prudence pouri'a vous inspirer.
POSTHUMUS
Si votre majesté le trouve bon, je m'éloignerai de ces lieux dès aujourd'hui.
LA REIKE.
Vous voyez le danger. — Je vais faire un tour dans les jardins, compatissant aux angoisses de deux cœurs qu'on arrache l'un à l'autre, quoique le roi ait ordonné de ne pas vous laisser ensemble.
(Elle sort.) IMOGÈNE.
0 feinte complaisance! Comme ce tyran sait caresser au moment oii elle assassine ! Mon cher époux, le courroux de moii père m'inspire bien quelquefois la crainte; mais, soit dit sans blesser mes devoirs sacrés envers lui , je ne redoute rien des effets de sa colère sur moi. Il vous faut partir; et moi j'aurai ici à soutenir à toute heure le trait de ses regards irrités, n'ayant rien qui me console de vivre, que la pensée qu'il existe toujours dans le monde un trésor que je puis revoir encore.
POSTHUMUS
Ma souvei-aine ! mon amante! Ah! madame, ne
TOM. 'Vil, Shaksfeare. ' 7 2
iy8 CYMBELINE,
pleurez plus ; si vous ne voulez in'exposer à me faire soupçonner de plus de tendresse qu'il ne sied à un homme d'en montrer. Je veux être l'ëpoux le plus fidèle , qui jamais ait engagé sa foi. Ma re'sidence sera à Rome, chez un nomme' Philario , qui fut l'ami de mon père; moi , je ne le connais que par lettres. Adressez-moi là les vôtres , ô ma reine ! mes yeux en dévoreront chaque ligne dût l'encre être de fiel.
( La reine rentre. )
LA REINE
Abrégez, je vous prie. Si le roi survenait, je ne sais pas oii s'arrêterait sa colère contre moi. (^ part.) Cependant je saurai diriger ici sa promenade ; je ne l'offense jamais qu'il ne paie mes offenses pour les apaiser; il achète chèrement tous mes torts.
(Elle sort.) POSTHUMUS.
Quand nous passerions à nous dire adieu tout le temps qui nous reste encore à vivre, la douleur de nous séparer ne ferait qu augmenter de plus en plus Adieu.
IMOGÈNE
Alî ! demeure un moment. Quand tu monterais à cheval uniquement pour aller respirer l'air des environs, cet adieu serait encore trop court. — Vois, mon ami, ce diamant appartient à ma mère ; prendsle, mon bien-aimé , mais garde-le jusqu'à ce que tu épouses une autre femme quand Imogène sera morte.
POSTHUMUS
Quoi ! quoi ! une autre femme? Dieux bienfaisans,