‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 10 sur 124 · V • • VII · texte numérisé non relu

V • • VII

Les- chevaliers et les dames se parlèrent à l’oreille , et leurs regards jaloux exprimoient leur mécontentement de voir des étrangers , dont le nom même étoit inconnu , occuper une place si voisine du trône du prince.. Mais Oweu Erraugt s’écria : — Sénéchal depuis quarante ans, j’exerce l’honorable fonction de choisir la place des convives dans les salles et dans les palais; le rang, la naissance de chacun d’eux , me sont révélés par son regard, ses manières et son maintien. Ce n’est ni la richesse des habits, ni la broderie des ceintures, qui décident de mon choix; et je parierois ma baguette d’argent contre un branche de chêne , que ces inconnus ont souvent occupé des places plus honorables encore que celle qu’on leur a donnée. % ,

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— - Et moi aussi, reprit le vieux Ferrand, la science des ménestrels me permet de bien juger des places et des rangs. Remarquez, mes amis, le plus jeune de ces deux étrangers; voyez quelle vivacité dans son regard, que de grâce,, que de fierté! Des éclairs ont jailli de ses yeux quand il s’est avancé au milieu de cette foule de chevaliers,

3a le lord des {{.es.

comme pour chercher les plus nobles, étant accoutumé à ne s’arrêter qu’avec ses pairs. Et cependant je suis encore plus étonné en voyant avec quel front calme et majestueux l’autre a considéré les convives. Il ressemble à un être d’une nature supérieure, qui, dans son âme impartiale, voit du même œil la différence des rangs et l’éclat des grandeurs. Et cette jeune fille anssi , quoique étroitement enveloppée dans un manteau qui cache sa figure et ses yeux , elle ne peut nous dérober sa grâce et la belle proportion de ses formes. < *

Le front du baron de Lorn exprimoit des soupçons et un orgueilleux mépris. Il regarda les étrangers d’un air sombre , et murmura quelques mots qu’Argentine seul entendit. Pois il leur .demanda à hautç. voix et en peu de mots si, dans leurs voyages , ils n’avaient pas ouï parler de ces rebelles Écossais réfugiés dans Rath-Érin avec le chef proscrit de Carrick ; si ces rebelles habiteroient encore après l’hiver le rivage d’Ulster, ou si, remontés dans leurs galères, ils reviendroienl ravager leur patrie.- • . • •

Le plus jeune des étrangers, fier et bouillant,

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jeta les yeux su* le baron de Lorn, et lui répondit avec le même dédain :

— Nous n’avons rien à dire des rebelles. Mais si tu veux parler du roi Bruce , je t’avertis qu'il a juré qu’avant neuf jours les vents de l’Écosse feront flotter sa bannière , en dépit de tous ses ennemis , quels qu’ils soient; malgré les Anglais armés de lances et d’arcs ; malgré Allaster de Lorn ! —

La colère du baron s’enflamma à ces mots. Ronald apaisa sa fureur naissante : — Mon frère , il vaut mieux passer la nuit à écouter les chansons de Ferrand, que de rallumer, au milieu d’un festin, les haines qu’engendra cette malheureuse guerre.

— Je suis satisfait, dit Lorn; etil prità part Ferrand, le chef des ménestrels. Puis il dit tout bas à Argentine :

— Si je ne me trompe , la ballade que j’ai choisie doit blesser le cœur altier de ces vaillants étrangers. 11 se tut, et le silence régna jusqu’à ce que le ménestrel eût commencé en ces termes :

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