‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 9 sur 124 · CHA1MI J · texte numérisé non relu

CHA1MI J

jj. » t

Édithl’dbservoit... mais elle évitoit ses regards. Ronald de son côté évitoit ceux de sa fiancée. Enfin leurs yeux se rencontrèrent, et Ronald auroit moins souffert du coup d’une lance ennemie. Il frémit d’abord, puis il fit un effort sut son cœur pour reprendre le rôle pénible auqiiel il étoifr obligé. Il se leva de table.

— Qu’on emplisse cettelarge coupe qui appartint jadis au royal Somerled. Que la liqueur pétille sur ses bords ciselés; que les perles dont elle est enrichie se réfléchissent dan§ des flots de pourpre; à vous, brave chevalier, mon frère, c’est à vous qpe je porte cette santé : à l’union glorieuse de nos deux races par les nœuds de cet heureux hymen !

— - Faites passer Ja coupe à la ronde, répondit le seigneur 4^e Lorn; cette santé vient à propos. Lë cor nous annonce l’abbé ; ce moine est enfin arrivé, après s’être si long-temps fait attendre. - ' Lord Ronald entendit les sons du cor; et la coupe, qu’il n’a voit pas encore approchée de ses lèvres, échappa de ses mains et roula à ses pieds. TVTais lorsque le gouverneur lui eut dit à l’oreille

3o ’ LE LOfitt OES ÎLES.

ce .qu'avoit annoncé le cor, sa gaîté reparut comme le soleil dé mai quand il perce à travers i un épais nuage, Le prince de deux cenffe îles bénit un moment de délai , comme un crimitiel qui attend l’heure de son supplice. \

— JLorn, mon frère, s’écria-t-il à mots précipités, et vous, nobles seigneurs, réjouissez-vous. Pour augmenter le nombre.de nos convives, le

* Hasard nous envoie des chevaliers errants.: qui reviennent des pays lointains, et^qui , disent-ils,

. ’ ont fait preu\^ de courage sur terre et sur mer. Qu’on leur donne à notre table une place digne . de leur rang; dites-ieur qu’ils sont les bienvenus.

Alors le sénéchal, portant sa baguette d’argent,

• se rendit d’un pas grave auprès des étrangers. Il devina facilement quelle place il convenoit de

. leur donner. Bien quq, la riche fourrure de leur manteau fut déchirée, que leur habit fût usé, et. l’or de leurs éperons terni, il y avqjt dans leur maintien et sur leur visage une grandeur qui

* commandoit tellement le respect , qu’ils paroissoient dignes de la place d’un prince ou du trône * d’un roi. Ce fut la place d’honneur que le sénéchal leur assigna.

CHÀHT II.' ' '• 3 t

Page 1