‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 4 sur 124 · XI V · texte numérisé non relu

XI V

La jeune fiancée avoit élit vrai. Cette barque

qu’elle voyoit sur la mer luttoit contre les flots, et le flanc,penché sur l’onde, erroitde rivage en rivage. Un .ménestrel auroit pu comparer l’étendue du chefnin qu’elle avoit parcouru à l’espace

CHANT PREMIER

que sillonne en un jour le pauvre laboureur.

Tels étoient les dangers qu’afïrontoit le pilote,' qu’avant d’avôir viré de bord, le mât de beaupré touchoit souvent les vagues soulevées que la mer poussoit avec violence sur les grèves; mais l’équipage ipfatigable manœwvroit sans relâche pour suivre la route qu’il s’étoit tracée , au lieu de se diriger vers le<fhâteau d’Artornish, ou de gagner la baie d’Arros. • t • v -• ■<

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Cependant la flotte de lord Ronald s’avançoit , secondée par un vent favorable. Des banderolles de soie tissues d’or flottoient sur tous les mâts. Elle portoit les plus nobles et les plus vaillants chevaliers des îles. La mer gronde et bouillonne, autour de leur galère, et s’indigne des coups répétés de la rame. Ainsi frémit l’orgueilleux coursier, lorsqu’au jour du combat il bondit sous un vaillant chevalier et mord le frein blanchi de son écume; mais, dompté dans son courroux, il obéit à la main qui le guide. '

On voyoit sur tous les tillacs étinceler l’acier des lances, les casques d’or, les cottes démaillé et les écharpes brodées. La flotte entra dans le port au # milieu du frémissement des vehts , et fit entendre une harmonie plus sauvage encore.

Les chapts de triomphe s’élevèrent au-dessus des

ifi LE LOHD DES ÎLES.

épais brouillards qui couvrent les rivages de Saline et de Scallâstle. L’écho de Morven s’émut à ces accents, et Duart entendit la vague lointaine gériiir dans le sombre détroit de Mull.

. Ainsi s’avançoient les joyei^ matelots. Si quelquefois leurs yeux tomboient sur la barque, jouet des courants , leurs regards exprimoient cette indifférence dédaigneuse dont le richç orgueilleux accable le serf obscur qu’il rencontre sur ses pas poursuivant le cours de ses rudes travaux. S’ils avoient su quel étoit celui que porte cette barque fragile, ces vaisseaux triomphants ne l’eussent pas laissé passer sans défi. On auroit plutôt vu le loup, que la faim attire dans la plaine, respecter la bergerie sans défense. Et toi, Ronald, qui t’éloignes au milieu des chants des

• ménestrels, si elle t’étoit connue celle qui passe

' auprès de toi , on verroit ton regard étinceler et

ton front se couvrir d’une rougeur subite, au lieu de feindre avec tant d’efforts la tendre allégresse d’un époux qui s’approche de sa fiancée.

* XVII

Qu’ils poursuivent leur route... Je ne quitterai

•’ * CHAUT PltilMlEH. 1 17

point le malhefireux qui garnit, poursuivre ceux

qui triomphent. Que la joie accompagne cette flotte brillante; que les bardes embellissent la fête par leurs romances, leurs hymnes et leurs glorieux récits ; que les transports bruyants de la gaîté étourdissent le cœur s’ils 11e peuvent dissiper les^ soucis. Le ménestrel va suivre ce léger esquif menacé par. les rochers et l’abîme, ses rameurs fatigués qui bravent les périls, et c.dtte jeune fille qui répand des larmes.

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XVII »

L équipage fit tout le jour des efforts inutiles .’ 4 '

Sur le soir, la proximité du lac rendit les courants qu’il avoit à remonter plus rapides; entré dans le détroit, l’esquif fut exposé aux vagues qui se croisoient en mugissant. Elles s’élevoient dans les • airs, semblables aux débris de lances qui volent en éclats dans un champ de bataille. Les derniers rayons du soir avoiept disparu. Le vent du sud gémissoit avec plus de force entre les rochers , d’Inniumore. La voile étoit déchirée, le mât chancelant, 1 onde entroit par dè’ larges ouvertures.

Le pilote tremblant tenoit les yeux fixés sur le gouvernail, qu’il abandonnoit aux flots. ' . j

Romuis poétiques. Tom. ni.

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Ce fut alors qu’un guerrier dont la terreur ni la fatigue ne pouvoient abattre le regard calme et altier, s’adressant au pilote, lui dit : — Mon frère, espères-tu pouvoir résister jusqu’à la pointe du jour à la fureur des vagues, et éviter'les rochers qui nous entourent ; ne sens-tu pas notre barque trembler sous nos pieds? Ses flancs ont gémLâu ; dernier choc de la vague, et cependant quel autre parti prendre? Tu vois près de moi la malheureuse Isabelle à demi morte de frayeur et de besoin. La mer, les rochers, le ciel qui se couvre d’épais nuages, tout nous présente le désespoir et la mort. C’est Isabelle seule qui m’inquiète; car, pour moi, les dangers qui me poursuivent sur la terre et sur la mer ne peuvent m’émouvoir. - .

Je te suivrai partout, soit qu’il faille braver la tempête, nous diriger vers cette tour ennemie, ou, en nous jetant au milieu de cette flotte, •.

interrompre sa joie par des cris de guerre, et mourir les armes à la main.

Son frère lui répondit d’une voix ferme : — C’estsouvent dans l’extrême danger que le Ciel vient au secours de l’homme. Edward, charge-toi de

CHAMT WPMIKIi.

plier la voile déchirée ; moi, je prendrai le gouver- . nail , et nous pourrons continuer notre route sous lèvent; nous éviterons ainsi la baie de l’ouest, la flotte ennemie et un combat trop inégal. Je dirigerai notre barque vers les murs du château ; car, s’il reste encore quelque espoir de salut, nous devons le trouver à titre de malheureux battus par la tempête , qui vont , hôtes inviolables , demander un asile. Et si l’hospitalité n’est point respectée,... il convient à notre rang, â notre honneur, à notre courage, de ne mourir que d’une

noble main.

Alors le gouvernail , dirigé par son robuste bras, fit prendre vent à la voile déployée, et, dans' sa nouvelle direction , la galère fendit l’onde en bondissant comme le lévrier qui, libre du lien • qüi le retenoit , s’élance sur sa proie. Les flots sillonnés par la proue rapide brillent des feux* factices de l’Océan , éclairs de l’onde amère. Des

étincelles jaillissent des vagues divisées, et les ■ flancs du navire sont éclairés d’un reflet magique.

'Cette pâle lumière jette un éclat effrayant dans ‘ 4es ombres de la nuit. On eût dit que le vieil Océan secouoit de son front ces feux bleuâtres , jaloux de ces météores qui traversent l’horizon dç la iiqit autour du mont Héçla. » ' *:»■?

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LE LORD »ES ILES

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Des clartés plus sûres guidèrent i’çsqui/ dans les ténèbres. Artornish , qui, du haut: de son rocher, sourcilleux , paroît suspendu entre les nuages et l’Océan , bfilloit de mille feux , dont la flamme se répandoit au loin sur la terre et sur la mer. La barque se dirigea vers cette lumière propice, mêlée aux pâles rayons de la lune qui commençoit à élever son disque au-dessus des colliües de l’orient. - .

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Ils furent bientôt en vue du rivage. Des cris de ■> joie souvent répétés se confondoient avec le sombre murmure des vents, avec le bruit des vagues et le sifflement des oiseaux de nuit, qui sembloieut le disputer aux concerts de la fête , comme ces chants funéraires qui interrompent’ soudain ceux de la débauche , ou comme les cris . de la bataille entendus par le paysan du haut de ses montagnes, quand la victoire, le désespoir et * la mort planent sur la campagne ensanglantée.

En approchant du rivage ils aperçurent, à travers les brouillards et la tempête, la sombre tour s’élever devant eux , et son ombre se projeter au loin sur l’Océan qui vient battre son rocher. La

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lueur vacillante de mille torches qui se réfléchissoient dans la mer, sembloient se jouer sur soir sein ; et ces éclairs rapides qui brilloient sur les vagues, rappeloient les vains plaisirs qui , bilans cette vallée de larmes, éblouissent un moment et disparoissent aussitôt. h ' p

Ils vinrent mouiller sous les murs du château , dans une baie paisible. Un passage taillé dans le roc conduisoit à la forteresse par un escalier si étroit pt si élevé, qu’il auroit suffi d’un seul • homme armé d’un simple rameau de chêne pour le défendre contre les lances; et les glaives d’un millier de soldats, et pour les renverser dans l’abime des flots.

Le pilote sonna de son cor : les échos de la tour, des rochers et de la mer lui répondirent.

La poterne gémit et roula sur ses gonds, et bien- * v lot le fanal du gouverneur brilla sur les marches glissantes de l’escalier. ‘ .*■ ° (> <

— Soyez trois fois le bienvenu , saint père , s’écria-t-il ; depuis long-temps la pompe nuptiale * est prête. Votre retard nous inquiétoit, nous ■ . craignions que la bise du soir n’eût égaré votre barque.

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y . .LF. LORD -DES IWiS.

— Gouverneur, répondit le jeune étranger, ton erreur pourroit égayer dans un jour de fête, mais par une nuit obscure comme celle-ci, quand le vent irrité soulève les mers, il sied mal de se permettre de telles plaisanteries; ce sont des secours que nous demandons, et un lieu de repos pour cette jeune fille. Pour nous, les planches * d’un tillac nous paroissent aussi douces que les lits de mousse que caressent les zéphirs du mois de mai. Nous '.cherchons pour notre navire quelque abri contre les flots; et quand le premier rayon du jour éclairera l’orient, nous reprendrons notre route.

Le gouverneur répondit : — A quel titre demandez-vous l’hospitalité? D’où venez-vous? où vous dirigez-vous ? Érin a - t - il vu sortir de ses ports vos voiles déployées ? Sont-ce les vents de la Norwège qui vous amènent ? cherchez-vous les plaines fertiles de l’Angleterre , ou les montagnes de l’Écosse ?

Nous sommes des guerriers ; enchaînés par

un vœu, tel est le seul nom que nous puissions ■" prendre pehdant quelque temps. La gloire nous ;

r.u-A'ryr piikaïiek..' * 2 3 ••

a souri quelquefois dans les tempêtes et dans les combats. Ce peu de mots suffit à une âme généreuse pour nous mériter un asile et un accueil fraternel. Voilà sur quel titre notre demande se fonde. Accordez-nous ce léger bienfait, et notre è reconnaissance proclamera votre courtoisie dans les royaumes étrangers. Si vous nous refusez, votre avare demeure sera pour toujours méprisée des âmes nobles, et fières; le pèlerin l’évitera quand il visitera ces parages.

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