FIN DU CONTE DE LYULPH
Arrêtons-nous ici , 6 mes vers ! car trop tôt, ma Lucy, arrive l’heure de midi. Déjà les hptes de ton orgueilleux château commencent à errer çà et là pour abréger les heures de la journée par des promenades oisives; ce sont des gentilshommes et des beaux esprits incapables de faire rien , et embarrassés de n’avoir rien à faire. Cet asile n’est • plus bon pour nous: en effet, Lucy, tu rougirois de nous voir surpris par quelque fantôme décharné, petit-maître avec des fuseaux pour jambes , le menton perdu dans sa cravate , à la bouche béante et au rire moqueur. Pour moi , pauvre roturier, comment supporterois-je le mépris du spectre adonisé? Ma foi! il auroit beaucoup à craindre : un rameau de Ce vieux chêne serait ma baguette magique. ' . ’
Rouans poétiqubs. Tom. iii. - ' * i5
au6 les fiançailles de triermain.
Ou , s’il est encore de trop bonne heure ppur nos petits-maîtres aux larges pantalons , et si les désœuvrés s’éloignent rarement des allées sablées, grâce au Ciel , la mode a créé des cœurs plus aventureux. La mode inspire des artistes qui dédaignent de suivre les règles de la vaste nature, et qui, dans leur art pédantesque, s’arrogeant le droit de la limiter, condamnent toute enceinte qui contient plus de trois pieds carrés. Ce bosquet pourroit bien leur paroître un heureux terrain pour y dessiner leurs perspectives étroites.
La mode encore a ses # poétes , qui ont l’habitude de réciter leurs lais doucereux à la lueur de la bougie , et en s’accompagnant du bruit des, soucoupes , pendant que la liqueur succède au café. Quelques-uns de ces bardes pourroient bien venir s’égarer ici pour y méditer un impromptu. .
Si un chasseur alloit survenir à la suite de son épagneul et en s’annonçant par ses bruyantes clameurs; ou si quelque Juliette, possédée de la m*nie des comédies bourgeoises, s’avisoit de choisir cet ombrage pour y répéter son rôle... Nous devons éviter avec le même soin peintres , comédiennes, poètes et chasseurs ; tous ces insectes qui voltigent dans l’atmosphère de la mode , hanne-
CHANT II
tons , guêpes ou papillons , sont à craindre pour nous; rien n’est dangereux comme leur bourdonnement ou leurs chuchotements.