‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 54 sur 124 · XXV I · texte numérisé non relu

XXV I

L’enchanteur jette un regard d’horreur sur la lice ensanglantée par le carnage * et, levant la

main avec nn air sévère, il s’écrie : •

— Insensés ! suspendez votre combat ; çt toi ,

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beauté cause de tous ces malheurs, écoute l’arrêt du destin : 'v > *

— Le sommeil fermera long-temps tes yeux , qüi ont tefusé leurs larmes à la pitié; une léthargie profonde pèsera sur ton cœur ■, qui a dédaigné tl’ètre ému : cependant, puisque les leçons de ta, mère ont surpris ce cœur sans expérience, et èn faveur de la race d’Arthur, la grâce sera mêlée au châtiment; tu subiras ton arrêt dans le vallon de Saint-Jean : c’est là que tu dormiras jusqu’à ce que tu sois réveillée par un chevalier dont les exploits égalent ceux de la table ronde. 'La durée de ton sommeil apprendra à l’univers tous les maux qùe lui a causés l’orgueil de Gy nettes le jour dans lequel ont péri les compagnons d’Arthur.

Pendant que Merlin parle, le sommeil commence déjà à s’appesantir sur les yeux de Gyneth: la crainte et la colère cherchent en vain i y entretenir la clarté qui les anime; deux fois elle passe péniblement sa main sur son front, deux fois 1 elle essaie de s’élancer du siège- fatal où elle est assise. Merlin a prononcé la sentence magique; la mort de Vanoc doit être vengée ; le rideau dés longues paupières de Gyneth s’abaisse " lentement sur ses prunelles d’azur; comme on

aa4 les fiançailles d* thiermain.

voit, un Soir d'été, les violettes fermer leurs corolles odorantes. Lé sceptre pesant fait fléchir sa main; sa tête se penche* sur ses épaules; les réseaux de soie, (For et de perles qui enchaînoiént ses cheveux- en laissent échapper les boucles d’ébène sur ses bras et son sein de neige.

' Immobile sur son siège d’ivoire, Gyneth étoit si belle que son père courroucé supplia le sévère Merlin d’adoucir son arrêt; et les chevaliers anroient volontiers pour elle renouvelé leur com- ^.bat. Mais bientôt, au milieu d’un nuage enchanté, Gyneth disparut à leurs yeux.

- Gyneth subit sa sentence dans la vallée de Saint-Jean, et parfois son image vient se mêler aux rêves d’un chevalier, afin de lui révéler son sort et implorer le secours de Son bras pour briser sa chaîne. Dans les premières années qui suivirent cet événement merveilleux, maint guerrier accourut pour la délivrer, du nord, de l’est, de l’ouest et du midi, du Liffy, de la Tamise et dü Fortli ; plusieurs cherchèrent vainement dans le vallon sans apercevoir ni tour ni château. On ne peut en effet le découvrir dans tous les temps, et il faut jeûner et veiller plusieurs nuits pour Voir ses remparts magiques. Du petit nombre de

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ceux qui persévérèrent dans leur entrsprise, quelques-uns se retirèrent après avoir lu l’inscription menaçante gravée sur la porte; et les autres, qui osèrent la franchir, ne sont jamais revenus. Au- *• jourd’hui, presque oubliée, Gyneth risque de dormir d’un sommeil aussi profond que celui de la tombe, jusqu’au jour où la trompette de l’archange nous réveillera.

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