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son visage l’expression vulgaire de la surprise; mais quand le vieil Allan s’est rais à nous expliquer le nom celtique de Béal-Napaish r , son salut respectueux adressé à ma fiancée disoit assez que c’étoit pour elle qu’il récitoit sa légende, pendant que ma Lucy rougissoit de son regard courtois, réservé et malin.. *
Mais c’est assez parler de lui maintenant : avant de nous . plonger dans la vallée et de perdre la perspective qui s’offre à nous, tourne-toi, mon amie; regarde encore une fois ce lac bleuâtre dont le rivage semble nous fuir. Sur son cristal poli les ombres ressemblent à ces objets aperçus dans un songe du matin, alors que nous sentons que nous sommes endormis et que ce n’est qu’une vision qui nous abuse. Telles sont, sur le sein humide de ce lac, les images des montagnes boiséef dont les roches- se distinguent de l’azur des deux : on y pourroit compter tous les nuages qui flottent dans les airs; nous admirons ce tableau enchanté, et nous savons cependant qu’il n’est produit que par de vaines ombres. Tels étoient les rêves charmants d’Arthur quand il
eut aperçu sa Lucy pour la première fois, et
’ ' » Béal-Napaish, vallée des fiançailles.
AU CHANT TROISIÈME. ai3
qu’il soupirait avec tristesse, désespérant de les voir jamais réalisés.
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Mais à présent, Lucy, contemple le joli vallon où noos dirigeons nos pas ; le sentier magique que nous suivons n’est distingué que par une nuance de verdure plus vive, et serpente autour de la fougère pourprée , au milieu des fleurs de mille couleurs qui la bordent. Remarque comme ees petits filets d’onde argentée descendent en bondissant pour aller unir leur voix au murmure plaintif du ruisseau. On croit entendre gémir la naïade solitaire des montagnes, couronnée de Son diadème fantastique, formé du feuillage du boifleau, du genévrier et du sureau.
Ce n’est plus ici une illusion ; ces fleurs , ce ruisseau qui soupire , ces jolis berceaux nous appartiennent, ô ma Lucy! Depuis que ton Arthur peut t’appeler du nom d’épouse, telle est pour nous la perspective de la vie : un délicieux sentier qui serpente au milieu des ruisseaux mélodieux et des collines à la douce pente. Il est vrai que les mortels ne peuvent dire ce qui les attend dans la vallée où se dirigent leurs pas incertains; mais que ce soit bonheur ou malheur, ah! du moins, nous parcourrons le sentier en entrelaçant
nos bras.
INTRODUCTION
Veux-tu enfin savoir, ma Lucy, pourquoi je t’ai refusé deux fois de continuer la légende du vaillant chevalier de Triermain? Un peu piquée, tu fis le serment de ne plus me la demander jusqu’à ce que l’accès poétique me reprît, et me rendît moi-même jaloux d’être écouté. Mais, mon aimable amie , la première fois que tu me prias de continuer ce récit romantique, n’étoit-ce pas çe jour fortuné qui fut témoin du don de ta main ? ' Ebloui de mon bonheur, pouvois-je-me rappeler, voir , entendre d’autre objet que ma Lucy, dans le passé, le présent ou l’avenir; mon ravissement avoit opéré sur moi l’effet d’un philtre magique.
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Je te refusai une seconde fois dans la belle capitale de la Clyde : ma harpe, ou pour revenir à la vieille expression classique, car la harpe est un mot répété à satiété par nos bardes modernes , ma muse, dis-je, ne se réveille qu’auprès du lac silencieux, ou sous l’ombrage épais des forêts. C'est une nymphe sauvage et rustique dont le pied nu aime à fouler la pelouse fleurie, la mousse et le thym. De peur que la simple couronne de