VI
La voici ! la voix chérie du ruisseau solitaire a frappé son oreille ; la clairière a séduit ses yeux; elle désire mêler ses chants au murmure du ruisseau qui jaillit de la montagne ; elle va tenter de charmer le voyage de Lucy en disant aux échos de Ben-Cruach comment se termina le conte que ma bien -aimée prit jadis plaisir à écouter; elle est inspirée! Écoute comment Roland se rendit à la vallée de Saint-Jean.
a36 LES FIANÇAILLES DE TRIERMAIN.
CHANT III
** Vif '•
Que Bewcastle garde son château ; que les coursiers de Speir-Adam demeurent dans leur étable, et que les hardis archers de Hartley-Bura se contentent de lancer leurs traits du haut de leurs remparts. Les guerriers de Liddesdale peuvent armer leurs talons de l’éperon , ceux de Teviüt ceindre le glaive, Tarras et Ewes faire leurs excursions nocturnes , et l’Eskdale ravager le Cumberland. Les habitants des frontières exposées au pillage n’ont plus de représailles à exercer, car il leur manque l’épée du brave De Vaux; ils ne reçoivent aucun secours de Triermain : ce seigneur, cherchant une périlleuse aventure, est parti seul, et nuit et jour il veille dans la vallée de Saint -Jean.
Quand il commença la première veille, la lune avoit •déjà marqué douze nuits de l’été ; elle brilloit dans son plein ; suspendue à la voûte azurée du ciel , elle laissoit tomber ses molles clartés sur
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les ruisseaux, la montagne et le vallon. Étendu sur la bruyère qui revêt les flancs de la colline, sir Roland contemploit la vallée , mais surtout ce groupe de rochers sur le sommet desquels, selon le récit du vieux Lyulpb , étoit la demeure de la beauté délaissée.
Les rayons de l’astre des nuits se brisoient contre son armure étincelante, et leurs tremblants reflets se jouoient sur l’acier arrondi de son bouclier , déposé à côté de lui , comme sur le cristal d’une onde paisible.
Il continuoit de veiller, et plusieurs fois, quand la lune éclairoit l’éminence enchantée, il lui sembloit la voir changer tout à coup d’aspect, comme si les rochers alloient se transformer en murailles surmontées de tourelles. Mais à peine son cœur p^lpitoit-il d’espoir, que s’évanouissoit l’illusion vaine qu’avoit conçue son imagination inquiète., et impatiente d’être abusée. Tout ce qu’il eroyoit voir n’étoit qu’une création trompeuse , semblable à celles qui , dans un châtéau solitaire , abusent les yeux, quand, contemplant d’un air .rêveur les tisons à demi éteints du foyer, nous découvrons dans la flamme rougeâtre, des clochers, des tours et des créneaux. ^ ,