‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 83 sur 124 · XXII · texte numérisé non relu

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Ces voûtes étoient élevées, vastes et profondes ; les arceaux , le pavé, les murailles en étoient d’un marbre poli, noir comme celui des tombeaux, et tout sculpté d’emblèmes et de caractères étrangers. Une pâle lumière, comme celle de l’aybe matinale, brilloit dans cette enceinte, sans qu’on pût en découvrir la source; il n’y avoit aucune ouverture : cependant don Rodrigue put observer des merveilles inconnues jusqu’à ce jour aux yeux des mortels.

xiv. -• -

Sentinelles farouches, deux statues de bronze étoient placées contre le mur ; leurs formes étoient massives, leur stature gigantesque; des» couronnes d’or ceignoient leurs fronts menaçants. On eût dit deux images de ces rois géants qui vécurent et péchèrent avant les flots vengeurs du déluge. L’une tenoit une faux; l’autre s’appuyoit sur une massue : la première avoit des ailes déployées, comme pour prendre l’essor; la seconde sembloit réver. L’une et l’autre paroissoient sévères, inflexibles et inexorables.

Romaks poÉTiyUBs. Tom. ni.

LA VISION

Le géant placé à main droite avoit le regard fixé sur un cristal rempli de sable fugitif que tenoit son frère; celui-ci sembloit en mesurer les mouvements rapides par un énorme livre de fer, sur lequel étoit écrite l’histoire des nations déchues, des empires détruits et des rois exilés. Au-dessus de la tête de ces deux géants se dérouloit un écriteau sur lequel on lisoit leurs noms ainsi qu’il suit : — Voici le Destin et le Temps , à qui le Ciel a livré pendant quelques siècles le gou- * vernement de la terre.

Cependant le sable s’écoule ; et au moment où les derniers grains fuient plus lentement , le géant de la droite commence à lever sa massue comme un homme qui se réveille d’un profond sommeil. La massue frappe soudain avec la force du tonnerre la partie la plus élevée de la voûte, qui s’écroule aussitôt en monceaux de ruines , et offre à Rodrigue étonné de nouvelles scènes de terreur.

DE DON RODRIGUE

Il aperçoit par cette large brèche , cdmme dans les visions d’un songe, les royaumes de l’Espagne, châteaux et cités , qui sembloient réunis dans un tableau par un artiste habile. Ici les ombres d’une sauvage sierra 1 s’abaissent sur des plaines immenses dont l’œil du voyageur ne peut mesurer l’étenduê ; là le pampre et l’olivier toujours vert couronnent des coteaux ; plus loin s’étend une noire forêt, et de puissants fleuves murmurent et se déroulent lentement.

Comme sur les théâtres antiques, on voyoit passer tour à tour des cortèges de personnages différents de forme et de costume, pendant qu^une nlusique choisie préparoît la mémoire des spectateurs ; de même les yeux attristés de Rodrigue, voient défiler en rangs successifs sur cette scène mystérieuse des groupes divers, qui lui représentent d’avancé les batailles qui doivent se livrer, et les événements à venir; de temps à autre d’étranges sons frappent son oreilje.

1 Montagne. - - . * ' . ' , - « \

LA VISIO

Ce fut d’abord le cri isolé d’une femme plaintive. Rodrigue sembla reconnoître cette voix, car il pâlit involontairement. Bientôt les échos du souterrain retentirent du son des tymbales , de tous les instruments moresques et des cris guerriers du Lélies et du Tecbir. Rodrigue n’a nul besoin qu’on lui explique ce tumulte de terreur : — Les Maures! s’écrie -t- il , les Maures! qu’on sonne le tocsin.

' Us arrivent, les voici ! La plage blanchit sous les turbans de ces hordes de l’Afabie.

Le sombre Zaarah rassemble ses tribus d’infidèles : Allah et Mahomet! tel est leur signal; ijvfaut oéder au Coran ou au cimeterre... Mais les chrétiens courent aux armes... Ces clameurs annoncent -elles une bataille? Ces armées de fantômes en viennent aux mains ; maintenait que Dieu et saint Jacques Combattent pour l’Espagne î

xxi. ’

O Ciel ! les Maures sont vainqueurs, le$' chrétiens sont repoussés!. .. Leur lâche chef dopne

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DE DON RODRIGUE. 293

le siguajl de 4a fuite. JL’indigne monarque tourne bride N’est-ce pas Qrélia?* Oui,, c’est toi, noble coursier; jamais%rélia n’avoit fui le combat .* Jmais voyez le lâche qui là presse de l'éperon! Qüe la malédiction et la colère du Ciel poursuivent ce vil esclave, que Iefc torrents l’eû- ^lout^sent sous leurs vagues. — Arrête , dit le prélat d’un© voix tremblante , arrête , téméraire,

ce fantôme c’est toi-même!

’. • ■ nu, - •

Dans ce moment un torrent arrête la course du roi fugitif; il veut tenter ce dangereux pâs- .sage, mais les flots engloutissent le cheval et lé cavalier, qui disparoît comme le villageois qu’nn fleuve débordé surprend dans la nuit. Les orgueilleux Musulmans couvrent toute l’Espagne : ils sont innombrables comme ces sauterelles qu’apportent les vents de l’Afrique. Les fils de Berber et d’Ismaël se partagent les dépouilles, mesurent le sol avec la lame de leurs cimeterres, et avilissent les peuples conquis par le joug de l’esclavage. . •

Alors s’élèvent les portes grillées des harems

.pour renfermer les vierges chrétiennes que leur

Dig

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