‹ Œuvres complètes de sir Walter Scott. Tome premier soixantième Romans poétiquesChapitre 82 sur 124 · PAA F. AUTEUR · texte numérisé non relu

PAA F. AUTEUR

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Quid dignnin memorare luis, Ilispauia, terris, rox Jniœana valet ! f'i.'ADbiAMC».

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INTRODUCTION

Est-il une harmonie dotït les sons inspirés puissent se faire entendre distinctement au milieu du tumulte des batailles; ou s’est-elle perdue à jamais avec ce maître de la lyre qui chanta le siège et les malheurs d’Ilioja? De tels accords, ô Wellington, parviendraient à ton oreille au delà de la plaine immense de l’Océan ; ni les acclamations, ni le bruit des armes n’en dénatureraient la pure mélodie : ils s’élèveraient jusqu’aux deux dans les intervalles des bruyantes fanfares qui annoncent la victoire de la Bretagne et la vengeance de la Lusitanie.

ii. • • ' • .

Oui! cette harmonie puissante se marierait à tous les sons confus , k tous les accents de terreur ou de triomphe, de tristesse ou de joie, qui retentissent sur les rives ravagées du Mondego. — -Aux cris des guerriers couronnés par la victoire , à la voix plaintive des femmes, aux gémissements du laboureur ruiné, aux acclamations des captifs, qui voient rompre leurs fers, au murmure farouche de l’oppresseur repoussé, et à l’hymne

278 iKTRomjcTiôflr.

d’une nation qui célèbre la chute de l’usurpation

tyrannique.

Mais nous, foibles ménestrels des âges modernes, qui ne savons qu’imiter les antiques bardes, timides, et ignorant les transports de l’inspiration , pourrons-nous payer le tribut que réclame ta gloire? Tu fournis à nos lyres un sujet digne de ces favoris des muses , qui seuls auraient pu éterniser ton nom , un sujet digne de la lyre d’Homère et du noble génie de Milton... pourrons-nous y prétendre, nous poètes dégénérés!

Montagnes sauvages , dont le sein servit d’asile

aux défenseur^ de la liberté écossaise, et vous,

torrents dont les sombres mugissements les mvitoient au sommeil, quand ils revendent vainqueurs du champ de bataille , dites , avez-vous perdu tous ces accords augustes et majestueux que vous confioient les chœurs des bardes ou des druides; alors que leurs chants de gloire s’élançoient jusqu’aux nues, que le vallon de Cattraeth retentissoit du concert de la harpe mystérieuse de Merlin et de la voix de Llywarch aux ‘cheveàx blaqcs ? - • ** ‘ «'

INTnODliCTIOÏJ.

ir.

Oh! si vos solitudes conservent cette antique mélodie, comme semblent souvent le dire vos brises changeantes, quand tour à tour bruyants précurseurs des tempêtes, et paisibles messagères des beaux jours, elles imitent les éclats sonores de la trompette, et les modulations de la harpe... Si vous pouvez faire répéter à vos ‘échos cette harmonie triomphante , communiquez-la au ménestrel qui vous aima avec tant de constance, qui recueillit pieusement les vieilles traditions éparses dans vos déserts, et tenta de leur donner une voix nouvelle dans ses chants.

Jamais jusqu’ici, quoiqu’il se soit si souvent distrait de plus graves travauk par le charme des vers, jamais il n’a imploré dans une phrase poétique l’inspiration d’une muse ou des divinités " champêtres; il abandonnoit d'ans le vague des airs les accords échappés à sa lyre. S’il fut applaudi, il ne rechercha jamais les suffrages; ce ‘ n’èst pas pour lui qu’il vous adresse encore aujourd’hui cette prière : que ses chants soient dignes de la gloire d’un héros! qu’ils soient immortels !... et que le hom du poète soit oublié.

280 liN TH ODUC1IO w .

Écoutez! leur réponse m’est adressée du haut de ce rocher brumeux :

— Ménestrel, ta lyre romantique, dans sou essor capricieux , a obtenu une renommée passagère; mais elle sera peut-être bientôt perdue comme la légère vapeur du foyer d’une chaumière. Si tu as la présomption de remplir nue telle tâche, ce n’est pas à nous qu’il faut demander des accords dignes d’un héros.

Les siècles ont roulé sur les siècles, des générations se sont écoulées depuis que nos vallons et nos rochers entendirent le tumulte des combats et les joyeuses fanfares des vainqueurs.

Les leçons de nos traditions antiques s’effa- * cent, excepté dans ces lieux où la naïve laitière • aperçoit encore les fées qui renouvellent leurs danses sous les berceaux de la blanche aubépine ou autour de la source enchantée de Minchmore; il est encore quelques vieux bergers qui chantent leurs légendes, auxquelles tu daignes presque seul prêter une oreille attentive , et qui racontent d’obscures querelles, les ravages de la frontière et les grossiers exploits des excursions noc-

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- INTRODUCTION

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turnes ’faites-Rur le Teviot , le Tweed ou la Tyne.

Non , cherche ces contrées romantiques où le soleil, plus rapproché de la terre, y verse sans cesse la flamme éthérée de ses rayons , et où le villageois , après avoir terminé ses travaux , chante en vers improvisés quelque nom chéri , soit que ce tribut soit réclamé par les charmes d’Olalia aux yeux de diamant et aux cheveux d’ébène; soit qu’inspiré parles exploits de Grœme,il chante sur un air moresque la claymore sanglante de l’antique Albvn et la baïonnette de la verte Innisfaïl.

Cherche ces régions où la crête pierreuse de la sauvage Nevada porte un diadème de neige éternelle; va visiter l’orgueilleux Alhambra, qui dans son sein déchiré offre les pompeux monuments d’un peuple barbare; arrête-toi près de Tolède, dont la tour voit flotter les bannières d’un ennemi plus impitoyable que le Maure farouche. Là, du haut de ses vastes remparts, le citoyen ne cesse de jeter dans la plaine des regards inquiets , pour tâcher de découvrir les armées réunies de l’Angleterre , du Portugal et de l’Espagne.

INTRODUCTION

> xi..

Là une étincelle du feu de Numance brille encore dans les yeux de l’Espagnol basané par le soleil. Son port majestueux, sa démarche grave et son visage sombre indiquent encore un orgueil et une constance inaltérables. Si l’éclat de la chevalerie féodale n’est plus, comme autrefois, le titre de gloire de tes gentilshommes, ô Ibérie, souvent du moins leurs vassaux sans cimiers ont vu fuir l’hidalgo couronné d’un panache, sans cesser de rester immobiles sur le champ de bataille... Ils

ont su résister bravement à la fortune et mourir.

. Ce peuple, toujours le même, chérit encore des récits dignes d’une harpe plus harmonieuse que la tienne ; ses étranges traditions perpétuent le mystérieux souvenir des légendes, des visions, des prophéties et des miracles qui illustrèrent l’Espagne. Yole aux lieux où les bizarres merveilles / de l’architecture arabe se marient aux créations plus sombres des Goths , et forment un modèle qui doit inspirer le ménestrel. C’est là que tu obtiendras ce que tu demandes; pars!

Ainsi parla l’esprit des montagnes : j’écoutai avec un respect lilial , et j’obéis.

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LA YISIQJX

DE

DON RODRIGUE

Elevant leurs sommets au milieu d’un ciel sans nuage, qu’éclaire la blanche clarté de la lune, les tours et les clochers de Tolède semblent s’élancer du sein tremblant d’un lac argenté. Leurs ombres mêlées interceptent la vue (Je la vaste enceinte destinée aux sépultures qui s’étend à leurs pieds ; rien ne trouble le silence de la nuit, tout dort plongé dans les ténèbres ou dans les brillants reflets de la lune. Tout se tait, excepté le murmure éternel des flots rapides du Teïo. •

Parfois on distingue encore dans le lointain 4e hennissement ou les pas d’un coursier lorsque les cavaliers vigilants font leur ronde et relèvent les gardes du roi Rodrigue; car les vapeurs dont la

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nuit couvre le fleuve laissent entrevoir obscurément des pavillons superbes , des tissus de soie et d’argent , des étendards déployés et les armes des soldats sur lesquelles se reflète le flambeau de la lune.

ni.

Mais depuis que l’airain religieux a appelé les fidèles à la prière du soir, les guerriers choisis auxquels est confiée la garde de Rodrigue occupent le même poste sous le porche de la vaste cathédrale ; peu semblables aux Goths leurs ancêtres, ils portent d’élégants javelots et des casques incrustés d’or, au lieu de la lourde massue et du casque de fer. Des baudriers garnis de clous d’argent décorent leurs épaules auxquelles est attaché un carquois d’ivoire au lieu d’un glaive pesant.

Ils murmurent du retard de leur maître avec la légèreté des courtisans frivoles, et le raillent de la longueur de ses prières.

— Quoi! se disent -ils, Rodrigue demeurera donc ici jusqu’au matin, passant la nuit en vaines . oraisons? Est - ce qu’il feroit pénitence*,' 1 pour réparer sa violence envers la belle Florinda ?

Et puis ils tournent vers l’orient leurs yeux

• Digitl2ecTBy GûOgte

DE DO» RODRIGUE

fatigués, hâtant par leurs désirs impatients, l'aurore paresseuse. »

Cependant, dans'le chœur du temple, le prélat de Tolède écoutoit avec une surprise mêlée de terreur les aveux du monarque. Une lampe d’argent, seul témoin de cette confession douloureuse, leur prêtoit sa mélancolique clarté. Rodrigue dévoiloit ces secrets qu’il est si pénible de confier, quand les craintes, les remords et la honte déchirent le cœur, accablé de l’invisible fardeau du crime, et que la conscience cherche dans ses aveux un refuge contre le désespoir.

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Les rayons vacillants de la lampe éclairoient pleinement le visage du prélat et sa blanche chevelure, mais les traits de Rodrigue étoient cachés par sa main et les plis de son manteau , quoique sa tête fût découverte. Pendant qu’il déclaroit les péchés secrets de son âme, le fier descendant d’Alaric n’auroit pu souffrir qu’aucun mortel observât son aspect, ou pût se vanter, d’avoir vu la crainte sur le front d’un monarque, et le remords troubler les regards d’un guerrier.

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Les joues flétries du vieillard pâlissoient à chaque secret révélé par le roi, qui exprinioit par ses gestes et ses regards tout ce que ses lèvres tremblantes n’osoieut articuler.

— C’est ainsi, dit-il, que périt le roi Witiza 1 ; cependant, saint père, ne crois pas que je sois l’auteur de ce meurtre. — L’ambition cherche toujours à voiler ses crimes. — Crois plutôt, ajouta-t-il, que ce fut la nécessité sévère: le soin de ma conservation m’en fit une loi; il me fallut l’immoler ou mourir. , .

• . VIII

— Et si Florinda fit entendre des cris d’alarmes,

si elle invoqua vainement son père absent, et implora ma pitié en se jetant à mes genoux, crains néanmoins, vénérable pasteur , de prononcer sur moi une sentence téméraire!... Il est des apparences trompeuses : les femmes sont connues par leur adresse à déguiser leurs vrais sentiments.

Mais ici sa conscience, dédaignant cette coupable arrogance , colora ses joues d’un sang brù-

* Prédécesseur de Rodrigue, et qui fut assassiné par ce

prince, suivant Rodriguez de Tolède.

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■ Ote DOW RODRIGUE. ' 1$J

J ant; il s'interrompit à ces mots, et le prélat se leva. . -,r.*

ix. i • .*

— Digne descendant d’une race de fer! que dirai-je de tes crimes? ô don Rodrigue! quelles aumônes, quelles prières, quelle pénitence peuvent effacer la noire souillure du meurtre et celle de la trahison! Comment intercéder pour le farouche ravisseur qui hésite dans son repentir, et sè fait une gloire de son forfait? *

— Comment espérer que l’Éternel daigne retarder la vengeance , à moins que, dans sa miséricorde pour cette armée chrétienne , il n’épargne le pasteur de peur de perdre avec lui le troupeau.

-. Le tyran sentit s’allumer sa prompte colère, et son front reprit toute sa sombre audace. ■ . *•'

"" — Eh bien, dit-il, j’accepte l’avenir qui nous menace; que le sang appelle le sang; que la trahison soit punie par des traîtres et la violence par de justes malheurs! Mais je veux savoir d’otl nous viendront ces malheurs ; je veux connoître ceux -qui seront nos ennemis; tu peux exaucer ce désir, auguste prélat.... Donne-moi la clef fatale, et guide-moi dans ce souterrain mystérieux-, où*

■i88 . vision

si la tradition n’est point un mensonge, un roi espagnol doit voir un jour les destinées futures de sa patrie.

» xi.

— Malheureux prince! révoque cette demande désespérée, ou tarde encore d’accomplir l’antique prédiction. Songe que ces portes magiques refusèrent de s’ouvrir aux monarques qui t’ont précédé sur le trône, et qu’elles ne s’ouvriront, dits l’oracle, qu’au dernier roi de leur race, sous lequel l’empire touchera à sa ruine, miné sourdement par la trahison et menacé par l’orage de la divine vengeance.

— Prélat , la volonté d’un monarque ne souffre pas de délai... Conduis-moi! — Le prélat prend laclef pesante et la lampe à la flamme incertaine; il guide le roi dans les détours d’un escalier, sous de sombres voûtes , et par un passage ignoré au bout duquel il montre de l’œil un antique portail. Pendant que Rodrigue, n’écoutant que son désespoir , essaie la clef, les sourds mugissements de la foudre ébranlent la cathédrale : il s’arrête deux fois, et deux fois fait de nouveaux efforts; enfin les énormes verrous cèdent, et les gonds bruyants gémissent tout à coup.

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DE DON RODRIGUE

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