‹ Œuvres completes de SterneChapitre 1 sur 507 · Oeuvres completes de Sterne · texte numérisé non relu

Oeuvres completes de Sterne

Laurent Sterne est do petit nombre de ces auteurs qui ont prèvena les travaui du biographe , et laissé au monde ce qu'ils désiraient faire qpnnaltre de leur famille et de leur vie. Cependant ce n'est qu'une esquisse lé* gère , adressée h sa Qlle , et elle s'arrête tout court , juste tu moment où le lecteur devient plus intéressé à en lire la suite ; en effet elle est très succincte pour tout ce qui regarde rhistotre personnelle de l'auteur.

• Roger Sterne* (dU ce récit) , petit-fils de l’archcvéque Sterne, et lieutenant dans le régiment d'Uondaside, épousa Agnès Herbert, veuve d'un capitaine de bonne maison. Son nom de famille était, je crois , Nutlle : ou plutél, si j'ai bonne mémoire, c'était celui de son beaupère, qui était un notable garde-magasin en Flandre, pendant les guerres de la reine Anne. Ce Ait lè que mon père (.Vofa bene. Il devait deVargent audit garde.) épousa la fille de sa femme, le ^3 septembre 1711, vieux style. Ce Nnllle avait un flb de ma grand’mére . bel homme, mais effronté garnement ; je ne sais pas ce qu’il est devenu. La famille (si Hle subsiste encore) vit maintenant à Gloomel , dans le midi de l'Irlande. Ccsl là ou je naquit , le ^4 novembre 1713, peu de jours après que ma mère fut arrivée do Dunkerque. Le jour de ma naissance fut de mauvais augure pour mon pauvre père , qui , lo jour de notre arrivée, fut Uconcié avec beaucoup d'autres

" Slcrae desecodslt d'aac famille de ce non, daoa U comté dcSalfoIk, doit aa membre l'élablit daua le Nottingkiauhire. L'oo trouve M généalogie dans le Ducatus l^diensis , dcTboreaby, p. » i4,

braves officiers, et jeté, au gré du sort, au milieu du monde , arec une femme et déni eofans. Marie, qui était la plus âgée, était née à Lille, dans la Flandre française, le 10 juillet 1712, nouveau style. Celte enfant ne fut pas heureuse : elle épousa , à Dublin , un certain Weemans qoi ta traita de la manière la pins impitoyable, dissipa sa propre fortune . fil banqueroute , et laissa ma pauvre sœur réduite à ses propres ressources. Elle n’oul à se tirer d'affaire que pendant quelques mois , car elle alla chex un ami à la campagne, et mourut de chagrin. C'était une fort belle femme , d’une jolie figure , et elle méritait un meilleur sort.

• Le régiment dans lequel servait mon père étant licencié , celui-ci quitta l'Irlande avec le reste de sa famille, aussitét que je pus être transporté, et le rendit à la maison patrimoniale , à Elvington , près d’York, où vivait sa mère, loqucUo était fille de Sir Roger /aques, et une héritière. Nous y séjournâmes environ dix mois , à la fin desquels le régiment Ait reconstitué, et notre ménage décampa avec ormes et bagages pour Dublin.

• Un mois après notre arrivée, mon père nous laissa, ayant reçu l'ordre de se rendre à Exeter , où, pendant un hiver rigoureux , ma mère et ses deux enfans le suivirent , voyageant , par terre , de Liverpool â Plymoiith ; voyage dont la triste description n'est ici d'aurune nécessité. En une année, nous revînmes tous à Dublin. Ma mère, avec (rois de nous (car elle accoucha à Piymoulb d'un garçon, nommé Jorarn) s’embarqua àBristol, pour l'Irlande , et faillit périr par suite d’une voie d'eau qui se déclara dans le navire.

Tl

NOTICE

« tinüo , après beaucoup de périls eldo Iribulalioos, nous arrirèmes h Dublin. IJi , mon père loua une grande maison, la meubla, cl dans lespace d'une année el demie dépensa beaucoup d’argenl. L'an 1710, tout cela fui dérangé : le régimen! , ainsi que d'aulrcs , rcçul l’ordre de se rendre dans l'IIc de \Vighl, aün de s'embarquer pour l'Espagne, pour l’expédition duVigo. Nous acrompagn&mes le régiment, et nous fûmes poussés û UUfurd-IIaven; mais nous débarquâmes à Bristol; de là nous revînmes , par terre , à Hymouth ; cl de celte ville nousnousrendlmesdansriledcWight. où, si j'ai bonne mémoire, nous demeurâmes campés quelque temps avant rembarquement des troupes. Dans celle expédition do Bristol au Uampshire , nous perdîmes le pauvre ioram, joli enfant de quatre ans , qui mourut de la petite vérole.

t Ma mère, ma sœur et moi , nous restâmes dans l'IIe de Wight pendant l'expédiliondu Yigo cl tant que le régiment fût revenua Wicklow.en Irlande, d'où mon père nous envoya chercher. Pendant notre séjour dans l'IIe de >Vighl , la perle de Joram fut réparée par l'arrivée dans ce monde, d’Anne qui naquit le ^ septembre 1719. Cette jolie Ocur tomba à l'âge de trois ans, dans la caserne de Dublin. Elle était . je m'en souviens bien , d'une constitution belle, délicate et peu faite pour durer longtemps ainsi qu'était celle de la plupart des enfans de mon père. Nous nous embarquâmes pour Dublin el nous failltmes périr par suite d'une violente tempête ; mais cédant aux instances de ma mère, le capitaine sc décida à retoiimer dans le pays de Gales , où nous restâmes un mois ; de là nous vînmes à Dublin et nous voyageâmes par terre jusqu’à Wicklow, où se trouvait mon père qui depuis quelques semaines nous croyait perdus. Nous vécûmes dans 1a caserne de Wicklow une année (17^) |)endant laquelle naquit Devijeber, ainsi appelédu colonel de ce nom. Nous quittâmes cette ville pour aller demeurer six mois à sept milles de Wicklow, chez un ecclésiastique nommé Fcatherston, qui était un parent de ma mère et qui nous invita a venir à son presbytère à Anamoe*. C'est pendant notre séjour dans celle paroisse que je l'échappai belle en tombant dans la chute d’eau d'un moulin, pendant qu'il était en mouvement ; j’en fus retiré sans mal. Celte histoire est incroyable : elle est cependant reconnue pour vraie dons toute celte partie de l'Irlande, où des milliers de petit peuple aniuèrotit pour nie voir. De là nous suivîmes le régiment à Dublin où nous restâmes caserné» une année, pendant laquelle j’appris àécrirc, etc. C'était en 1721. L'an 1722 le régiment rcçul l’ordre de se rendre à Carrickfergus. dans le nord de l'Irlande. Nous {doyâmes tous armes cl bagages , mais nous n'al-

* Ce TÎlUge , 00 plotôl ce batncao , cal à peu <]e mtllca du lac romanliquc appelé Gtaudriow , lor lequel on peut voir dca aoliquilé» cccléaïailiqoes «iiignlièreinent intéretMinlea, qoe 1*00 appelle Ica Sepl«Égli»ea. I.c moulin où Stciue cuarot le riaque remarquable dont îl ra parler , n'a été détruit que dernièrement t et raveniurc de renfant vil cnrorc dant la Iradtlioa du vllb|e.

Urnes pas plus loin que Drogheda, d uù nous fûmes commandés pour Mullengar, à quarante milles de distance à l’ouest. Là, par un décret de la Providence, nous tombâmes chez un bon parent , descendant collalt^ral de i'arclicvé4)ue Sterne; il nous meua tous dans son cb&lcau, nous hébergea avec bonté , el nous renvoya au rt'gU menl à Carrickfergus, comblés d’attentions, etc. Après un voyage des pitts tristes comme des plus eoimyeux (c'était en mars), nous arrivâmes en six ou sept jours à Carrickfergus. C'est là f{uc mourut le petit I>e\ ijeher, ftgé de trois ans. 11 avait été laissé derrière nous en nourrice dans une ferme près de W icklow; mais mon père alla le chercher , ci nous le ramena l'été suivant. Ln autre enfant, Suzanne. lui arriva pour remplir sa place; el, comme Devijeber, il fut laissé en arrière pendant cet ennuyeux voyage. Durant l'automne de cette année ou le printemps suivant ( je ne me souviens pas duquel) , inui) {KTC obtint de son colonel une permission pour me mettre à l'école : il me plaça a IlaJifax , chez un habile maître. Je restai chez lui pendant quelque temps, jusqu’à ce que, par la grâce de Dieu , mon cousin Sterne , d'Elvinglun , devint un père pour moi , cl m'envoya à l'unirersilé.etc. , etc. Pour ne pas interrompre le Gl de notre histoire, le régiment de mon père reçut l'année suivante l’ordre de se rendre à Londunderry*. c'est làqu'il modunnaunc sœur, Catherine, qui est encore virante, mais qui malheureusement m'est dcvenueétrangèreparla mécliancrlé do mon oncle et par sa propre folie. De celte garnison . le régiment fut envoyé pour défendre Gibraltar, qui était alors assiégé ; mon père y eut un duel , et fut percé d'un Coup d’épée par le capitaine Phillips ( la querelle commença à propos d'une oie f) . Il survécut arec beaucoup de difliculté, mais sa constitution s'afTaiblil de manière à le rendre incapable de résister aux fatigues auxquelles elle fut exposée : car il fut envoyé à la Jamaïque, où il succomba promptement a la lièvre du pays, qui d'abord le fit tomber en enfance. Dans cet étal il sc promena continuellement pendant un mois ou doux , sans se plaindre, jus(|u’au momenloù il s'assit dans un fauteuil , el rendit le dernier soupir: ce qui arriva à Port-Antonio, au nord de nie. Mon |)ère était un petit homme vif, actif justju'au dernier {toinl dans tous les exercices . et supportant avec beaucoup de patience la fatigue et les d*^ppoinlcmena dont il a plu a Dieu de l'abreuver jusqu'à satiété. Il était si innocent dans ses iuteulions qu'il ne soupçonnait personne, et que vous eussiez pu l’altrappcr dix fuis par jour, si neuf n'avaient pas siifli à raccumplUseincnl de vos projets. Mon pauvre père mourut en mars 1731. Je restai à Halifax jusqu a la iiii de celle année, et il m'arriva une petite aventure que je ne dois pas omettre de raconter.

< Mon maître avait fait badigeonner nouvellement h: plafond de l'école, el l'échelle était restée. L'n jour Défoste j'y montai , el j’écrivis avec un pinceau, en grandes lettres capitales : LAli. STEBNE; équipée pour laquelle le usAer* me fouetta cruclicmenl. Mim maître fuUrès frappé

^ * Sout nubrr, nu dttincaliqac d'ècolr .

NOTICE

TU

dac«la, cl dit devant moi que ce nom ne aérait jamaU e/racé, car j'étaia un enfant de géuie, et qu'il était sûr, ajouta>(>iI , que je ferais bien mon chemin. Cette exprea*. sion me fil oublier les étrivièresque j'avais reçues.

• En l'année 1 732 *, mon cousin m'envoyaàruciversité où je restai quelque temps. C'est lè que je commençai à me lier d'amitié avec U. 11..., amitié qui dure encore. Je viiu ensuite à York, et mon onde me fit avoir le bénéfice de Sulton. C'estâ York que Je fis la connaissance de votre mère, et je la courtisai pendant deux ans. Elle avouait qu'elle m’ai niait , mais elle ne se croyait pas assez riche . ou me regardait curmne trop pauvre pour pouvoir nous marier. Elle se rendit chei sa sœur, à S..,, et je lui écrivis souvent. Je crois qu’elle était à moitié résolue de m'avoir, mais quelle ne voulait pas le dire. A son retour, elle tomba malade de la consomption , cl un soir que j'étais assis à cûlé d'elle, le cœur brisé de la voir si malade . elle me dU : • Bien cher Laurey , je ne puis jamais • être à vous, car je crois fermement que je n'ai pas long. « temps à vivre; mais je vous ai laissé ma fortune jusqu'au « dcmiershiUing.»Eu disant cela, elle me montra son leslameul. Cette génerosilé me confondit. Il a plu à Dieu quelle revint en santé . et joréponsaicnran 1741. Mon oncle'* et moi nous étions en de fort bons termes, car il me fil nommer bientût prébendaire d'York ; mais il me chercha dispute ensuite parce que je ne voulus pas écrire des articles dans les joumatK. Celait un homme de parti; mais je ne l'étais pas , et je délestais celle sale besogne , la regardant comme au dessous de moi. Depuis celle époque, il est devenu mon ennemi le plus acharné ***. Je fus nommé recteur de SlUlinglon par le moyen de ma femme , un de ses amis dans le sud lui ayant promis, si elle épousait un ecclésiastique, de lui faire une galanterie de ce bénéfice , dans le cas où il viendrait à vaquer. Je restai près do vingt ans à SuUun. rcmplissantmes fonctions dans les deux endroits. Je jouissais alors d'une très bonne santé, et je m'amusais à lire . à peindre *“*, à jouer du violon et à chasser. Quant à l'éciiyor de la paroisse, je ne puis pas dire que je fusse avec lui sur un pied d'amitié ; mais à StilUoglun, la famille desC. . .s nous

* Il fol admit aa Jetus Colltçf , dant l'noivcrtllé de Cambridge, le 6 jttdict lyJJ, et col M. Caonoo pour totcor»

Il fat immatncolé le 19 mare 1735, admit au degré de bacbelier c*-avlt en janvier 1736, et r<ça maître êa.artt ao commenceaenl de 1740.

** Jaqoet Sterne, doclrarèt.tolacivilea, prébendaire de Dorfaam, cbanoioe rétidcucier, grand^rbanlrc et prébendaire d’York , recteur de Rite, et recteur de Horntey cum Ritlon , toot deoa dant U diruion orientale do comté d’York. Il mourat le 9 jaîn 17&9.

*** Cependant il a été intînoé qui? pendant quclqne temps U rédigea noe feuille pér'iodlqac à York, pour Ict ékctiooa, dans le aeos wbig. — Monthly Rttuxu ^ vol. uii , p. 344.

"** L’oo peut voir ao apeclmen de l'habileté de M. Sterne dsoa l'art du deuio, dans les poèmes de Wodbul, in>8**,

traita avec beaucoup de birnvetlUnec. C'étatl eu vérité bien agréable de demeurer à un mille et demi d'une* aimable famille, dont les membres ont toujours éiéf pour nous des amis de cœur. En l'an I7G0 , je pris une maison h York pour votre mère et pour tous , et je vins à Londres pour publier * les deux premiers volumes de .SAoruiy". Celle année , lord Falconbridge me fît don de la cure tic Coxwould, une douce retraite en comparaison de Sulton. En 1762, je vins en France, avant que la paix fût conclue, et votre mère et vous, vous vîntes avec moi. Je vous laissai toutes deux dans ce pays, et dans les deux années snivantes, je me rendis en Italie pour tAcber do recouvrer ma santé. Quand je vous revis toutes deux , j'essayai d'engager votre mère h revenir en Angleterre avec moi***. Vousvtnies enfin, et j'eus la joie inexprimable de voir ma fille, qui est ce que je désirais de voir le plus au monde. •

« J'ai écrit cti particularités relatives à ma famille st à mof-méma pour ma Lydia , dans lé cas où ensuite elle aurait la curt'oxtf^ ou un plus fe’tdre motif pour les savoir"***. •

A ces notes un autre écrivain a ajouté ce court récit de la mort de Sterne :

c H. Sterne ayant, dans ce qui précède, écrit sa biographie jusqu’à une époque assez rapprochée de celle de sa mort , il reste sculcmenl à mentionner qu'il quitta York ven laûn de l'année 1767, ctvialà Loiulres pour

* La première étliiioD fat imprimée rannéc précédeotc à York.

** Voici l’oitlre dans letpiel parareet tes pablicalioae de U. Steroe 1

1747. The Ceec of F.lijak aorl ibe Widow of Zarrpbath cona'Hiereil. A (Iharlly Sermon, preacbed on Good Friday, April 17, 1747, for the aupport of two ckarily acbuoli in Y ork.

■ 7S0. The Aboaeaor Contcicnce. Set fortk in a Sermon preacbed ia the Galhedral Cbiircb of St. Peter, York, al ibc Summrr Aai>itea, beforc ibe lion. Mr Raron Gllve , and Ibe lion. Mr Baron Smjihe,on Sunday . Jnly »<j. I 760.

17S9. I.cavol. t et a de Triilram Sbandy,

i;Co. Yol. 1 et s de» Sermons,

17S1. Vol. 3 et 4 de Trislram Sbandy.

1761. Vol. $ et 6 de Trisiram Sbandy,

1765. Vot. 7 et I tle Trisiram Sbandy,

1766. Vol. 3, 4, B et 6 dra Senaoos,

1767. Vol. 9 de Trisiram Sbandy.

1768. t.e Voyage Seniimcnlal.

Le reste de scs onvragea fat pablîé aprea m BMt.

*** D'après oe passage, il parait qse ce prêtent aacmoire nr ]« vie de Sterne et sur aa famille fol écrit environ «X mois avant sa mort,

**** L’original de ce mémoire, écrit de la propre a%ain de Slcmc , et chargé d'an grand nombre de ratorea, appartient mniotenant à mon ami , M. David l.aiog , bibliotbéeaire dea ff'rilcrs lo hcr JHajcJit/t Signet . à Cdiabargb. F. M.

NOTICE

publier le SenlimenttU qo’il avtU écrit l’été

précédent à ta résidence favorite de Coxwoold. Sa laoté déclioait depuis quelque temps ; mais il continua de rendre visite à ses amis , et conserva sa verve. En février t7B8, il c»mn>ença à sentir les approclies de U mort, et avec le soin d’un homme de bien et la solliei tude d’un tendre père, il porta toute son attention sur le bien-être de sa fille. Ses lettres . à celte époque . font tant d’bonoeur à son caractère , qu’il est à déplorer qu on ait souffert la publication de certaines outres dans le recueil de sa correspondance. Après une courte maladie, sa constitution affaiblie cl usée succomI>a le 18 mars 1768, dans Bond'Strcel, où il demeurait. Il fut enterré, sans éclat , le 33 du même mois , dans le nouveau ciinoliére appartenant à la paruUsc de Saint-George , Hano> ver-Squarc ; cl c’csl à des étrangers qu’il est redevable d'un moaunienltrès peu digne de sa mémoire. On y lit dessus les ligues suivantes :

■ Nbah to TitiS rtACS Lus Tnt soDT or

The RCTcnEND LiURtiice Stcrrc, A. M.

Dico stPTcvnr.a 13, 1768,

ACEO 53 TtARS. •

[ Prn dtf cel endroit Gil le corps dn

Eévérced Laurvot IvterBc , outlre ès-arts ,

Horl le i3 septembre, 17(8*,

Agé de &3 ans.]

A ces notices noos ne pouvons ajouter qu’un petit nombre de circonstances. L'archevêque d’York , dont U est question comme grand-père de l’auteur , était le docteur Bichard Sterne, qui mourut en juin 1083. La famille vint du comté de Suffolk dons celui de Noltingham;eUe est décrite par Cuillim**, comme portant d'or au chevron , accompagné de trois croix fleuries de sable. Le cimier est ce sforfmg au naturel , qui en. courrait la censure d’un télé héraut. C est un caletnbourg SUT esloumeau , traduction de srarfint; , comme se rapprodiant le plus du nom de Sterne. Ceci peut être appelé argot, dans le langage héraldique, mais la plume d’Yorick l’a rendu immortel.

Sterne fut élevé au Jésus College, à Cambridge, et y prit le degré de mallro èa-arU en 1740.

Son protecteur et patron, à l’aurore de sa vie, fut 100 oncle, le docteur Jaques Sterne, qui était prébeadaire de Durham, chanoine résidenliaire, grandefaantre et prébendairo d'York . sans compter d'autres bons bénéfices. Le docteur Sterne était un whig anicnl, et télé partisan do 1a maison d'Hanovre. La |x>liliquo

* Km* b'avonA psi bcaoici de Uifc obAcrvcr qae celte date «al erronée.

•* John GotUim, a ÛUfi/ay of Utratdry , l.endrfa, 10 , io-fniio 1 ibidem, 1 63 1 , in-folio i ibtdcm , i»-lbIio> ibtdea , in-folio. F. N.

de ce temps-là étant excesaivemeDt violente, lise trouva engagé dans nombre de oontrovenes , parüculièreiiienl avec le docteur Richard Burtoo . chirurgien et accoucheur , qu’il arrêta sous l’accusation de haute trahison , pendant raffaire de 1745. Laurent Sterne, dans le mémoire qui précède cette notice, se représente comme brouillé avec son onde , parce qu’il ne roulait pas l’aider de sa plume dans les controverses de cette nature ; cependant il y a quelques motifs de croire qu’il adopta jusqu'à un certain point l’inimitié de son parent , depuis qu'il a dévolu sur lo docteur Burton une pénible immoralité, en le ridiculisant sous le nom du docteur Slop.

Sterne s'est représenté , pendant qu'il demeurait dans le comté d' Y ork . comme passant son temps à lire , à faire de la musique cl a peindre. Les livres appartenaient la plupart à la bibliolbèque du cliàteau de Skeltoo, demeure de son intime ami et parent, John lUU Stevenson , aoleur d’un recueil aussi spirituel qu’indécent , intitulé Craty Taies, où se trouve une description très plaisante de son ancienne résidence , connue sous lo Duoi de Craiy Castle. Cette bibliothèque participait à l’antiquité qui distinguait le château lui-même, et sans doute elle contenait tout ce fumier d'ancienne littérature, dans lequel le travail et le génie de Sterne trouvèrent des perles. Jusqu'à l’an 1759, Sterne n’avait publié que deux sermons ; mais celle année U surprit le monde par la publicalioo des deux premiers volumes de Tristram Shandy. Stcnie so représente , dans une lettre à l’un de ses amis , comme étant • las de se creuser 1a cervelle au bénéfice des autres. C'est ( ajoutait-il ) ua sacrifice que j'ai fait pendant quelques années à une ]>crsonne qui en a été peu reconuaissaDle >. Ce passage est probablement une allusion à sa querelle avec son onde ; et comme Sterne meulionue qu'il a pris une petite maison à York pour l’éducalion de sa tille . i) est probable qu’il comptait sur sa plume |>our l'aider, bien que, dans une lettre à un docteur anonyme , qui l'avait accusé d’écrire pour avoir nummum m loculo, il déclara écrire non pour vivre , mais (K>ur devenir fameux. Quoi qu'il en soit, THstram procura à son auteur à la fois réputation cl profit. Le brillant génie qui se mêlait avec tant d'originalité ri-cUc ou afrectéc , l'élonnemcnt profond des lecteurs , qui ne pouvaient concevoir le but ou l’objet de oette publication , ainsi que l’ingénuité de ceux qui essayaient de découvrir le sens de passages qui , en réalité, n'en avaient aucun, donuèrentà ce livra l’éclal le plus extraordinaire. Mats les ap(>laudisscineos du public ne furent pas sans être mêles de censures

* Il eiiale • York an carimt lableia, qa'on prat app«lcr no païuphlcl «ar toile, dirige contre Sterne. Il eal annoocè cotutnc devant être gravé dana a bibltogrnphical, guarian, and picturesque Totir ta th< counlifs 0/ Lincoln, York, Durham, and Sorlkumberland,umimore parlù'ularty in Srolland: rnibeUiabeJ wîib nonerooa cogravinge. B7 tbe Rev. 'Ibouiaa Frogoall Dibdta , D. b.

F.n voici le tajri > — Ijiareocc Sterne and Dr. Br}Jgcot cAcb paiulcd b; ibc olbcr • tbc former in tbe cbaraeier

NOTICE

Slene n'éUil pu en Irèt bonne odeur auprès des eedèsiasliques , set confrères : il avait trop d'esprit , el il s'en serrait arec trop peu de démence; il avait trop de viradlé el trop peu de respect pour son babil et son caractère, pour garder les formes , sinon la décence, commandées par sa profession de prêtre ; et , bien plus , il arait, dans le plus beau de son Aumour, donné à quelques uns de ses confrères des épithètes et des rdics qui les fichaient d'autant plus vivement qu'ils étaient spirituels et probablement bien assignés. En vérité, inviter une personne à pardonner une insulte en considération de l'esprit qui accompagne la botte portée, c'csl ( quoique les plaisans semblent souvent s’attendre à cela ) aussi raisonnable que de vouloir qu'un homme blessé admire les |)lumcs peintes qui ornent le dard dont ü est percé. Le tumulte fut bruyant de tous les cétés; mais parmi les acclamations d'applaudissemcns el les cris de censure , la notoriété de Trisiratn s'é** tendit de plus en plus , el la réputation de Slenie s'accrut en proportion. En cuiiséquence, l'auteur triompha et porta un dcü aux critiques : • L'on m'attaquera , et l'on me tirera dessus ( dit-il dans une doses lettres), soit de la tare, soit du grenier: écrive qui voudra; en outre, je dois m’attendre à avoir contre moi un parti composé de plusieurs centaines d'hommes qui ou lie rient pas, ou ne veulent pas rire : c'est assez que je divise le monde ; au moins je me tiendrai en repos , coDleol de cela. • Dans une autre occasion il dît : « St mes ennemis savaient que, par cette rage d'insulte cl de malveillance, ils servent enioacement tout a la fois mes propres iotér U et ceux de mes ouvrages , ils se Ucodraient plus tranquilles ; mais tel a été le sort de gens meilleurs que moi , qui ont trouvé que la route de la réputation est , comme le chemin du ciel , semée de beaucoup de tribulations ; et , jasqu'à ce que j'aie l'honneur d’èlre aussi maltraité que le furent Rabelais ei Swift, je dois continuer à être bumble , car je n’al pas rempli la mesurode la moitié de leurs persécutions. • L’auteur de Tristrem vint à Londres pour jouir de sa réputation; il J fui aoeueilli avec toute ratlention quelo poblic accorde aux gens qui ont quelque célébrité. Il se vaoled'avoiréléinvitéiquatorze dîners successivemeotel de recevoir cette hospitalité comme un tribut; cependant ses contemporains voyaient tout celad’un ail bien différenl: • Tout homme qui a un nom ou jetaient déplaire, dit Johnson, aura généralement des InviUtlons à Londres. L'homme Sterne*, me dit-on, a des invitations pour trois mois. > Les sentimens do riKjralité de Johnson et son respect pour la prêtrise l’amenaient à parler de Sterne avec mépris ; mais quand Goldsmith ajouta :

af a Uerrj Asdrrw, lb« UUcr îb Uial of • Qvack Doclor, ■kOBotrd oo B Kaflold, at fairümc. Thu verj cnrioB* aad origiaat piclorr ia îb ihe pOMcaaioa of Jaaiet S ikintoo, E»q.

* Calembourg anglaU iBiradaiûbte. SUrn nan slgaifie un homme sévère, rigide. F. M.

• C'est un IHsle personnage », U répliqua arec son emphase habituelle : « Pourquoi T... Non, monsieur.»

Les deux premiers volumes de Triitnan serrlrenl d'introducteurs (singuliers introdurteurs , en vérité!) à deux volumes de sermons que le simple nom du Révérend Laurent Sterne (avant qu’il fût connu comme l’auteur de ce fruit bizarre et capricieux d’imagioaticn' n’aurajt pas recommandés à rattentioo publique , niait qui furent recherchés et avidement lus sous le nom d’Yorirk. Ils conservèrent à leur auteur si réputation d'esprit , de génie et d’excentricité.

Les troisième et quatrième volumes de rriifrom parurent en I7GI , el le cinquième el le sixième en 1162. Ges deux publications furent toutes les deux aussi populaires que les deux premiers volumes. Le septième cl le builicme qui parurent en 17G5, n’attirèrenl pas autant raltcnlian publique. nouveauté était en grande partie passée; el bien qu'ils renferment quelques uns des plus beaux passages qui tombèrent jamais de la plume de l’anteur, cependant ni l'oncle Tobie, ni son lidèle serviteur ne suflirent pour attirer la faveur publique autant qu'auparavant. Ainsi la popularité de ce singulier ouvrage fut, pour un certain temps altérée parce stylo particulier et alTcrlé qui avait d'abord alUn' par sa nouveauté , mais qui cessa de plaire quand H cessa d'étre nouveau. Quatre nouveaux voluntes de sermons parurent en 1766; cl en 1707, le neuvième et dernier volume de rrùfrom Sharsdy. «Je n'en publierai , ditil , qu'un seul celle année, el l’an prochain , je commencerai un nouvel ouvrage do quatre volumes. Quand U sera achevé , je reprendrai 7rij/rnm avec une nouvelle vigueur. •

Le nouvel ouvrage était sans aucun dooteson Voyage Sen/imcfi/ot , pour lequel, suivant le témoignage de Lafleur , Sterne avait fait de plus largos collections qu’il ne devait en paraître au jour. La santé de l'auteur était alors devenue extrêmement faible; et son voyage d'Italie avait pour but de guérir sa consomption , si cela se pouvait. Le remède ne fut pas efSetee ; cependant Sterne vécut assez pour revenir en Angleterre, et pour préparer pour l'impression la première partie du Voyage Seniimmfnl, qui fut publiée en I7G8. Peut-être est ce id le lieu d'insérer convenablement les notes suivantes sur Sterne el son valet Lafleur qu'on trouve dans le choit intéressaot d'anecdotes de H. Davis, qu’il a intitulé : iln Olio.

t Lafleur était né en Bourgogne. Il n'éiait encore qu'un enfant qu'il sentit un désir irrésistible do voir le monde, et à l'ège de huit ans il abamlunna la maison paternelle. Sa prévenance lui servait toujours de passeport , et ses besoins étaient aisément satisfaits. Du pain , du lait , el un Ut de |iail]e parmi les paysans . voilà tout ce dont il avait besoin pour la nuit, et le lendemain il ne demandait qu'à se remettre en roule. Il mena cette vie errante jusqu'à l'àge de dix ans. Alors , un jour qu'il était sur le Puni- Neuf, à Paris, examinant d'un air émerveillé les objets qui rentouraieiit . il fut accosté par un tambour, qui l'enrôla fadlcmcnl. Pendant six

NOTICE

nris L;i(1ciir Ia dans l'arni^^* françaisr:

tlrui ans df plus lui auraient donn^ droit d'obtenir son congé . mais il préféra le prendre par anticipation , et , changeant d'babit avec un paysan , il s'échappa faeile< ment. A l'aide de ses anciens eipédiens, U gagna Mon* treoil-sur-mer, oà il fut présenté à Varencie*, qui heureusement se prit de fantaisie pour lui. Toutes les petites choses dont il avait besoin lui furent données de tout coeur : et comme nous désirons voir fleurir ce que nous semons , ce digne aubergiste promit de lui procurer un maître : |>cnsant que le nieillciir ne valait pas mieux qtie LaOeiir ne le méritait, il promit de le recommander à tm mt/ord anglais. Il fut assez heureux pour pouvoir exécuter ce qu'il avait promis , et il le nréseiila à Sterne . pelé comme an âne , mais plein de «anté, et de joyeuse humeur. Le petit tableau que Sterne a fait des amours de Ladeur est vrai jtisqu'à ce p(>int ; il était épris d une très jolie petite lUIc de Montreuil, l’nlnéededcux scrurs qui, dil>il, si elles eussent vécu, a ira ent ressemblé à Marie de Moulins , Il l'épousa ensuite, et quelle que soit la preuve qu'il ait donnée par là de son amour . ce n'en fut pas une de sa prudence , car ce mariage ne le rendit ni plus riche . ni pins heureux qu'il n'«tait auparavant. Elle était couturière, et sa journée ne lui valait que six sous. Trouvant que son Irarail contribuait bien peu à les soulenir tous les deux , ils se séparèrent , apK*s avoir eu une tille , et il prit du service. Enfin, avec l'argent qu'il avait gagné n ce métier . il revint à sa femme . et ils prirent un rabarel dans la rue Royale , à Calais. Là il eut uo* mauvaise chance : la guerre éclata , et la perle des matelots anglais appartenant aux paquebots, qui étaient ses principaux habitués . lit un tel tort à ses petites affaires qu'il fut de nouveau obligé de quitter sa femme et de confier à sa direction le petit commercé qui était InsufTisanl iwur les soutenir tous les deux. Il revint en mars 17H5; mais sn femme s'était enfuie, t'ne troupe de convédiens errans, qui passailpar la ville, l'avait engagée à quitter la maison, et depuis il n'en reçut jamais de nouvelles. A partir de l'époque a laquelle il perdit sa femme, dit l'auteur à qui nous empruntons ces détails, il a fait de fréquentes visites à l'Angleterre (dontil aime excessiventenl les natifs ] , quelques fois en qualité de ser^eon/, d'autres comme un exprès. Lorsqu'on demandait du zèle et de la diligence, Laflenr n’était jamais en défaut.

« J'ajouterai (continue M. Davis) au récit que Lafleur Tût de ses aventures, que l’écrivain des lignes précédonles obtint de lui la connaissance de plusieurs petites ci: constances relatives à son maître, aussi bien que des personnages dépeints par lui. Comme son récit perdrait en étant abrégé . je le donnerai mot pour mol :

« il y avait des momens, dit Lalleur . pendant lesquels mon maître paraissait plongé dans rabattement le plus profond. Alors il réclamail si rarement mes services que dans mon appréhension je forçais sa solitude pour lui suggérer ce que je croyais propre à faire diversion â sa mélancolie. H avait coutume de sourire»

mon zèle bien entendu, et je voyais qu'il était beareoz d'étre soulagé. D'autres fois il semblait avoir reçu une nouvelle ame : il cnlrail dans la légèreté naturelle à mon pays, disait Lafleur , cl il s'écriait assez gatmeol:

• Tit'c la bagatelle ! » C'est dans un de ces momens qu'il entra en liaison avec la grisettê du magasin de gants; elle le visita ensuite dans son logement, sur quoi I^adcur ne faisait pas une seule remarque; mais au nom de la fille de râamhre. son aulre visiteuse, il s'écriait : • C’éUil certainement dommage quelle fdi si jolie et si petite!*

• La dame désignée par l’initiale L..., était la marquise Lambert! : c'est à l'mtèrét que lui portait cette dame . qu'il dut son passe-port : chose qui commençait déjà à devenir peu aisée. Le comte de B... ( Dreleuil), malgré le Shakespeare, à ce que croit Lafleur, se serait peu embarrassé de lai. Le duc de Cboiseul était ministre à cette époque.

« LA PALYRE MARIE.

• Elle n'était pas, hélas ! une fiction. Lorsque nous c arrivâmes à elle, elle rampait sur la roule comme un

• enfant , et jetait de la poussière sur sa télé ; et ce-

• pendant il y en avait pea de plus belles. Lorsque i Sterne l'accosta avec tendresse et la releva entre ses

• bras , elle se ressouvint d'elle-mémc , et reprit quoi-

• que mainlieD ; elle lui fit son récit de misère, et ■ pleura sur son sein ; mon maître sanglotait iMcn fort.

• Je la vis se dégager do'^ccment de ses bras , puis elle

• se mit à chanter le scn'ice de la Vierge ; mon pauvre « maître se couvrit la face de ses mains, et l'accompa- « gna jusqu'à la chaumière où elle habitait. Là il paria « avec chaleur à la vieille femme.

c Chaque jour, dit Lafleur, tant que nous filmes € là , je leur portais de l'bôtcl à boire et à manger;

< et lorsque nous partîmes de Moulins, mon maître « laissa à la mère scs bénédictions et de l'argent : je

< ne sais pas combien, ajoutait-il; il donnait toujours 4 plus que ses moyens ne le lui permettaient. •

4 Sterne était souvent en perte dans son voyage sous ic rapport d'argent comptant. Les remises étaient interrompues par la guctre. et il avait mal calculé ses dépenses; il avait supputé ce qui lui était nécessaire sur les roules de poste, sans songer a la misère qui devait l'implorer sur son chemin.

4 A plusieurs relais, mon maître s'est tourné vers moi. les larmes aux yeux : 4 Ces pauvres gens me « font mal , Lafleur, me disait-il : comment les serour- 4 rai- je T» Il écrivait beaucoup et jusqu’à une heure avancée. • Quand j'appris à Lafleur le petit nombre de publications de Sterne, il manifesta une extrême surprise : « Je sais, dit-il, qu'à notre retour de ce « voyage, Ü y avait une grande malle remplie de pa- 4 piers.t — 4 Savez-vous quelque peu, Lafleur, a quoi 4 ils étaient relatifs î • — « Oui , c'était des remarques 4 diverses sur les mcpurs des difTérenles nations qu'il 4 visitait ; et , en Italie, il était profondément occupé à

• faire les recberebes les plus actives sur les différeqs

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NOTICE

• gou>fmemci)j( des villes el les |virtirulariles caracté-

• rtsliques des lUliens de divers ^Uts.*

« Pour elTecluer ce travail, H lisait beaucoup; car les cullectiuDs des patrons de la litUrature lui l'taient ouvertes; il observait davantage. Quelque singulier que cela puisse paraître , Sterne essaya vainement de parier l’ilalien. Son valet y r<^ussit pendant ce voyage; mais son maître, quoiqu’il s’y appliquât de temps en temps, abandonna à la fin l'élthlc de cette langue , comme n étant pas atteignable. « Je m’t^tonnai d'autant plus de

• cela, dit I,aOeur , qu’il devait savoir le latin. »

« L’assertion, sanctionnée par Johnson, que Sterne était licenricux et dissolu en conversation, est ainsi contredite par le témoignage de Lafleur t • Sa conver» « sation avec les remmes , dit-il , était de l’cspéee la plus « intéressante : il les laissait ordinairement sérieuses ,

• quand Ü ne les trouvait pas ainsi. •

• L'âne mort

D’était pas une ioveution. Celui qui en portait le deuil était aussi simple et aussi louchant que Sterne l’a rapporté. LaReur se rappelait parfaitemeDt cette circon> stance

• Les moines.

« Sterne ne leur lénvoigna jamais particuliérement de las}*ropathie. Lafleur dit l'avuir vu obsédé par plusieurs, et répondre de même à tous : • .Von père, je suis oc~

• cupe'. Je suis pauvre cotnmevous.»

Kn février 17GR, I^urent Sterne expira dans son logement , en Bond Street . à Londres, après une longue maladie adynamique qui avait épuisé sa constitution. Il y eut dans la manière dont il mourut , quelque chose de singulièrement resscniLlant aux circonstances qui, suivant que les rapiKirte niislress Quickly, accompagnant la mort de FalslalT, le pendant d’Yorick pour l’infînité des platsanlcriet, quoique peu semblable à lui sous d'autres rapports. Gisant sur son lit, lotalemeol épuisé, il se plaignit d'avoir froid aux pieds, et pria sa garde-malade de les lut chauffer. Elle le lit , el cela sembla le soulager. Il so plaignit que le froid montait |>lus haut; et pendant que sa garde était occtipéc à lui chaulTer les cbcvillcs cl les jambes, il expira sans un soupir. Il est aussi à remarquer que sa mort rut lieu en grande partie comme il l’avait désiré, el que les derniers devoirs lui furent rendus , non dans sa propre maison el par la main afTeclueuse de parens , mais dans une maison garnie, et par des soins étrangers.

Nous sommes bien familiarisés avec la tournure et les traits de Sterne, auxquels il fait de fréquentes allusions. Il était grand el mince, avec l’air d’étre en proie à l'éUtie et à la consomption. Ses traits, quoique capables d'exprimer, avec un effet particulier, les émotions desenlimenl, dont il était souvent aflecté, avaient onc expression de finesse, d'Aumour cl de sarcasme qui indiquait l’bommc d'esprit el le satiriste. Sa conver- Mtion était animée al spirituelle ; mais Johnson se plaignait qu'efle était entachée de licence, et plus en rapport

arec le maître du château de Crazy, qu'avec le grand moraliste. L’on a dit, et c’est probable ment avec vérité, que son caractère était variable el inégal, suite naturelle de son tempérament irritable el de sa mauvaise santé continuelle. Hais nous sommes loin de croire que le père de l’oncle Tobie pfli être un homme dur ou babitiiollcment de mauvaise humeur. Les lettres de Sterne à ses amis , et spécialement celles qu’il adressa à sa fille . respirent la plus vive afTeclion; cl ses ressources, telles qu’elles sc trouvaient, semblent avoir toujours été au service de ceux qu’il aimait.

Si nous cotisidèruns la réputation de Sterne comme principalement fondée sur 3’n’jfrom S/tnndy, ccl auteur a à répondre à deux sérieuses accusations : nomménicnl à celles d’indécence et d’alTcctation. Sterne lui -même était (^>arliculièremenl sensible à la première, el avait coutume de justifier la licence de son esprit en la représentant comme une simple violation du décorum, qui n’eiitralnait aucune conséquence périlleuse à la murale. Nous tenons d’une source sûre l’anecdolc suivante : Peu de temps après l'apparition do rrtsfram , Sterne demanda à une dame de fortune et de qualité de rVorksIitre , si elle avait lu son livre. «Non, monsieur Sterne, répondit-elle, et pour être sincère avec vous, l’on m’a dit que ce n’est pas une lecture qui convienne à une femme.» — « 9fa chère et bonne dame , répliqua l'auteur , ne vous laissez pas attraper par de telles histoires. Mon livre est comme votre jeune héritier ici ( et il montrait uu enfant Agé de trois ans , qui , revêtu d'une robe blanche , se roulait sur le tapis) : il montre parfois une bonne partie de ce qui d'habitude est caché; mais tout cela a lieu dans une innorenre paifaitc.* Celle spirituelle excuse peut être admise jusqu'à ce point ; car on ne peut pas dire que l'bumeur licencieuse de Tristram Sttandy soit de la sorte de celle qui s’altarhc aux passions , ou qu'elle suit calculée pour corrompre la société. Mais si on la regarde comme sans danger pour la morale, elle n’en est pas moins un péché contre le goût. Une poignée de boue n'est pas un brandon de feu ni une pierre ; mais la lancer en jouant dénote une grossièreté de goût cl un manque des manières les plus communes.

Sterne , quoi qu’ii en soit , commença et finit en bravant la censure du monde sous ce rapport. L'o passage remarquable de I une de ses lettres montre combien peu d'attention il était disposé à accorder à cette accusation ; et, ce qu'il y a d’assez singulier, c’est que son plan pour la tourner en ridicule , parait avoir été sérieux : « Crébillon ( le fils ) a fait avec moi une convention , qui , s'il n'est pas trop paresseux, ne sera pas un mauvais ;>ersi/)f7nf7e. Il est convenu qu’aussilût que j’arriverai à Toulouse , il m'écrira une lettre de récriminalions au sujet des indécences de Tristram S/tondy, el que j'y répondrai par des plaintes sur les libertés qu’il s’est permises dans ses propres ouvrages. Ces lettres sont destinées à être imprin>éos ensemble , el l’argent sera également partagé. Cela est une bonne politique suisse • De même les plus grands admirateurs de Sterne sont

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WOTICE.

for<^« d’aToofr que son style est éminemment alfccté , et à un tel degré que même son esprit et u chaleur ne suffisent pas uour le faire supporter. Le style de Rabelais, qu'ü a pris pour son modèle, est jusqu au dernier eicès ragabond , digressif et entremêlé des plus grandes absurdités. Mais Rabelais était jusqu'à un certain point forcé d'endosser son habit d'Arloquin, afin de Douftilr , comme les bouffons en titre d'office, sous le courert de sa folie, aroir la permission de lancer sa satire contre l'église et l'état. Sterne prit la manière de son maître, uniquement comme un moyen pour attirer l'attention et pour surprendre le public: en conséquence, ses extravagances, comme celles d'un fou par feinte , sont froides et forcées, même au milieu «Je tes échappées les plus irrégulières. Un homme a la liberté d'ètre de nos jours , avec une parfaite impunité, aussi sage et aussi spirituel qu'il le peut, sans prendre comme une excuse le bonnet et les clochettes de l'ancien bouffon; et le choix volontaire que fit Sterne d'un pareil déguisement , doit être consigné comme une affectation toute pure , et rangé parmi les tours des pages noires ou marbrées, comme étant seulement employé ad captandum vuîgus. Toute popularité élevée sur do pareilles bases porte en elle-même les germes do sa destruction ; car l'excentricité dans la composition , comme les modes fantastiques' dans les manières de se vêtir , quelques attraits quelle présente dans le premier moment . est sûre d'étre caricaturée par de stupides imitateurs , de devenir bientôt hors de mode , et d'étre en conséquence n^ltgée.

Si nous nous avançons pour regarder de plus près dans le genre de composition que Sterne jugea à propos d'adopter , nous trouvons un guide sûr dans l'ingénieux docteur Ferriar * , de Manchester , qui , avec la plus merveilleuse patience , a suivi notre auteur à travers les sources cachées où U a puisé la plus grande partie de son savoir et plusieurs de ses expressions remarquables et particulières. Rabelais , dont on parle beaucoup plus qu'on ne le lit, le gai mais licencieux recueil intitulé le Moÿtn de parvenir , le Baron de Fœneate do d'Aubigné, et plusieurs autres auteurs oubliés du seizième siècle, furent successivement mis à conlribotion. Le célèbre ouvrage de Burtou sur la Mélancolie , que l’Essai du docteur Ferriar fit vendre à riostant le double chez les libraires, fournit à Sterne une masse de citations, dont celui-ci garnit ses pages sans scrupule , comme s'il les eût recueillies dans le cours étendu de ses propres lectures. Le style du méiiie écrivain, avec celui de l'évêque Hall , prêtèrent à l'auteur de TWirram plusieurs de ces expressions bizarres , de ces comparaisons et lUustrationi, qui furent longtemps regardées

• /Ilujirationt of Sterne t wUh otker essaye and vertes. By Joba Fermr, M. D. Kcoad eiiiûoa. l.ofidoa : ^nirte«l for Cadcll aod Daries; bj J. «ad J. tUddock, Hortc- Nsrkcl , WarrtDglon. i8m , dcox volumea in-S".

comme les fruits originaux de son propre esprit excentrique. Pour les preuves de celte accusation de vol , nous devons renvoyer le lecteur aux Euai et itlusirations { cat c'est ainsi que l'auteur les appelle avec délicatesse) des écrits de Sterne par le docteur Ferriar : il y est clairement démontré que celui dont la manière et le stylo furetit si longtemps réputés originaux , était de fait le plus intrépide plagiaire qui volèt ses prédécesseurs pour garnir ses propres pages. Il faut avouer en même temps que Sterne choisit avec tant d'art les matériaux de son ouvrage de mosaïque , les place si bien, et les polit si parfailenient , que dans le plus grand nombre de cas nous sommes disposi^ à lui pardonner son manque d'originalité, en considératiuii du talent exquis a\cc lc(|uel les matériaux d'emprunt sont mis en cruvre sous la nouvelle forme.

L'un des plus singuliers larcins de Sterne , si l'on considère la teneur du passage volé, est sa déclamation contre les pirates littéraires de sa propre espèce : • Ferons-nous toujours, dit Sterne , de nouveaux livres, comme les apothicaires font de nouvelles médecines, en les transvasant seulement d'un vase dans un aulreT Sommes-nous destinés à touji>urs tordre cl détordre la même cordc, à toujours être dans la même ornière, toujours au même pas? • Les paroles de Burton sont ainsi : « SentbUbles à des apothicaires , nous faisons de nouvelles mixtures; chaque jour nous versons d'un vase dans un autre ; et de même que les Romains volaient toutes les autres cités du monde pour embellir leur Rome mal située : ainsi nous enlevons la crème de l'esprit des autres , nous cueillons les fleurs de choix de leurs jardins cultivés, pour en orner nos plans stériles. Nous tissons la même toile, et nous tordons et détordons toujours la même corde*. • Nous ne pou-

* Qaoique ccci »oît zénéralrmirol reconoo , ooos ne pon* voof Doui empeeber d« reproduire ici une note d'uiic édillon des OCurre» de Babetai», que noua avons eucorc en porlefeoillc. Elle porte aur on conte de Pantagmel, liv. III, chap. sxtvi (édition de Le Ihicbal , in-^ , tom. 1 , pa^. 484). Cette anecdote que Babelaia a tirée de PJulanpie *, a été reproduite dans les ouvragea aniraM t

Clemenlis Alesandrini slromatum tih. IV. (KXtr ]j.tvT6; AXl^av^pivCU rà l*jp'.oxcp.cvx. I.a^daol BataTorum etcudll loannet Paiini, 16 (6, in-folio , p. 379, t. • 9. Judicium Boceboridia. )

Bahar-Danush, or Gardm oj Knoxeled^e^ an orien-^ toi Romance franslaled from Ihr persir of Einaiul (Jolhth, bv Jonatbati Scott. In three volnmet. Sbrcwtburv, Prinlcd by J. and W. Eddowra , for T. CaJcil, jna. and W. Davica, in lhe Strind , l.ondoo. 179g, in-S*. 1. 1!| , p. an.

Taies of the Easl by Henry Weber, F^q. lu ibrec rtlninca. Filioburgb : printed by James BalUatync and cooa. piny. I 81», grand in-8^, tome 1, p. liU, liv.

* t"it. Dtmtlni, rap. iti.

NDTICB.

XUl

VMM o(Ku empécber de nous étoimer do sang-froid ivee lequel Sterne pourait transporter dans son propre ouvrage uno tirade aussi éloquente contre les mêmes pratiques qu'U employait.

Il a été dit beaucoup de dioses au sujet du droit d'un auteur à proflter des travaux de ses prédécesseurs ;

7^ Pgrfian Moons/ue, Bj Fraocb GUdwIn, CalcslU, priated « re.prÎBted ia t.oDdon , tt the OrienUl Pr«M, hj >Vil*oa and co. i lo i, ia-4*, p. 1 9, aiory XI.Vll.

1.C Volcar el le Caxy, masoacril peraao. Cet oovrage eal loUlcncnt difTérent d'ao morceau iotttolé 1 Le Cadi et te Voleur^ conte aralcy qu'a pobllé le Journal asiatique^ caliicr d'aTril 1816, p. 193 ettoir.

Convivalivm Sermonvm Uhrr « vtilibvs ae iierndij kirtorijs et sententiis, omni ftrt de re, qua in sermonemapad amtcoj dulci în conuiuioto, tnctdere potest, refertuSt ex oplimis et probatistimis autoribus magno labore et (vllectusi et jnm tertio rrcognilus et mutas ( a loanoc Gaailo BiitaccDai). Batilec ( 1 &43), in>6*, vrrbo De Uospilc Sigaalorc • 3. Edition de Bile , u.o.txTi.

Gastiuj de rirginitatis Castodia, p» a 4 1 .

Democrüus rident. Sive campus reereationum hc~ nestarum. Cum exoreitmo MelanehoLUe. Amaulodami , apnd Jodoena Janaaooivm , Anno ■ pc lt, petit in*!», pa^^. 143, 144. — Gedani, apud Æsidhim Janaaoninm à Waea* berge. i 701, petit in*i a, p. < 43, 1 44.

L. Domitii Conturtim Lueani^ uiri clariss. Facetiarum Exemplorumq ; Liùri Fil. Ed. Conrado Lycoa* Ikeiiia Rfbcaqreaaia. Baiileae, ex officina Nieolai Brylingeri (•359), in-40, pag. I 8b, i 87- Lagdtui, apnd loauAcm Frcllooiam. tS6«, in-8”, p. 190.

Sylva Sermonvm ivrvndistimorvm. Baailc», apvd Sa- MTcUiB Apiarioat. 1S68, in-l", p. ega.

Lr otlo Giomate del Fvggileuo di Tomaso Casio. laVcnetia uncix, in-8*, pag. a$4.

Le ciento Sovelle antike (dt Carlo Gualieruxzi}. ImpreuoinBologna nellc caae diGiroUmo Dciied«iii ocU'aDoo aaxs*. del neae iLAgoato, in-t*, norclla IX, rolio 6 verio.

LaGrillaiaevriosita ervdite. Dt Scipio Glareano... lo Napoli. Per Mooello de Booii. o.bc.uteiii, iu't s , pagea 444, 44&-

Balth. Bonifacii Rhodigiiti Uitloria tudicra.,.., Braiellc, TypU et Ærc Joanaia Uomitiarll. loc. cia. ixi, ia*4*, p. 1 8, col. I.

La Dispvtede Frtre dntelme Turmeda auec le Boy des ^Inimaux^ tousefumt ta nohtesse et nature dierux^ etc. Imprimé auyaaot la copie de l.yon, par lanmc laqui, aaoa date, petit lo«i >, fcoillc lignée O iij: L'asne parte du péché d’avarice t et recite ta confession d vn marinier àwn ittoyne.—k Pampelrne, parGYillatme Bviatoo. 160G, petit i»>i9, pagea, ta S- 19 7.

Joci ac Sales mire festiviy ab Ottomaro Luscinio ArgeskliiM partim scUeli ex bonorum uîriaspie tùf

et cerUinement celui qui revive l'esprit et lesavoird'un Age écoulé, et le remet sous une forme propre à esptiver son époque , rend un service à ses oootetnporatns. Hais s’approprier le langage et les phrases méoMs des écrivains passés , et faire passer leur esprit et leur savoir pour le sien, étaient d'autant plus indignos de Sterne, qu’il avait assez de talent original , s’il eût voulu le mettre en cruvre, pour te dispenser de pareils larcins littéraires.

THafrom SAondy n’est pas un récit, mais un recueil de scènes , de dialogues et de portraits jojeni ou toochaos, entremêlés de beaucoup d'esprit et d’une grande somme de savoir, soit originiü, soit d’emprunt. Cet ouvrage ressemble aux irrégularités d’une salle gothique , élevée par quelque amateur bizarre , pour contenir les restes divers d’antiquité que ses peines ont accumulés , et dont les parties sont aussi peu en rapport que les morceaux d'armure rouillés dont elle est uméc. Sous ce point de vue, ta principale figure est celle (le H. Shaody l'alné , dont le personnage est calqué, à beaucoup d'égards, sur celai de Harlinus Scri*

authorum mundo, partim tongis peregrinationibus visiet auditif ac in centurias duos di^sti. Augiulc Vindclicorom, lypis Symperli RofT, a. o. xxim, io-8'', sum. iXTi.

Les Dames galantes par le seigneur de Brantôsne. tom« I. A l.oadrc», ebexT. Woodet S. Palmer, a. dcc.xxxiz, ui-19, p. t6i.~ Abel Ledooi , Paria , a accc. xuiv , deux Tolomcf io-8*, lit. Il, art. I, pag. a83, 9S6.

Les ConletdusUur d OuviUe. Souvclle édition ougmentée. A Aoialcrdao, ebex Henry Dcabordea, n. acc. xzxii, io-8^, f. 1, p. iSi-iSg 1 Jugement subUtdu duedOttonne contre deux marchands. — Nouveaux Contes à rire, ou Bécréations françaises. A Am»ler«Jxm, ebex Henri Dctbordc», a.aec. sxvii, deux volomea la-8«, t. 1, p.iii-ii7.

L'Histoire véritable » ov le Foyage des Princes for~ tvnet, divisée en un entreprises. Par BeroalJc <lc VtrtIIIc. A Paru, ebex Pierre Cberalicr, cia, 1». c, x, io-8^, p. 4>8-4«o.

The holy State. By Tbomxa Fnllcr, B, D. and Prebendarie of Samm. Cambridge 1 Printed by Roger Damtelfor Jobu Williima, 1649, in-folio, p. >89.

The IFonders of Ote Little IForld : or^ a General liitlory of Man... by Nalb. Waaley. I.ondon, prinled for T. Baaael. 1678, io-folio, livre ui, p. 1 80, col. 9.

VniversalJestcr,\')byy p. io6.

Engtands U'itly and ingenious Jester fisxa date, p. 87.

Triumph 0/ IFit, 1767, 94*, p. 74.

Ici je m’arrêlc, mxû je pnia dire , comme Victor liu;;** : J*«n paiw, et dreaMilUart

NOTICE

blerus.L'Ilisloirc de Martin avait <^t«^ desUitëe. par le célèbre club de benui-eiipril» qui la commença, à saliri^cr Im études ordinaires du savoir et de la science. Sterne, au contraire, n' avait aucun objet de ridicule en particulier ; il s'agissait seulement pour lui de créer un personnage auquel il pût atlacber la grande quantité^ de lecture ettraordinaire ci de connaissances en vieilleries qu'il avait ramassées. En con-séquencc il supposa dansM. Shandj un homme d’une tournure d’esprit active et métaphysique, en même temps que singulière, que des connaissances multipliées et dis|>arates avaient conduit a dcui doigts de ta folie , et qui agit , dans les alTaires ordinaires de la vie , d’après les théories absurdes des savons d'autrefois. Il produit un admirable contra.s(e avec sa femme , ptirraitemcnl décrite comme une dame do la véritable école />oro-rurflnle, laquelle ne s'op* posait janiais à la marche du califourchon de son mari , fwur nous servir d’une phrase que Siemc a rendue clas* sique , ni ne pouvait sc laisser dt'Ctder à lui accorder la moindre admiration pour la grèce cl la deitéritèavec lesquelles il le gouvernait.

Yorirk,r(M!clésiaslique vif, spirituel, sensible et insouciant est la persoimilicalion bien connue de Sterne luimême; et, sans aucun doute, peint de main de maître, comme chacun de ses portraits, celui-ci ressemble d'une manière frappante à l’original. Cependant il y a des ombres de simplicité jetées sur le cararlère d’Yorirk, qui n'existaient pas dans celui de Sterne. Nous ne pouvons croire que les plaisanteries de celui-ci fussent aussi exemptes de malice préméditée, ou que la satire découlât entièrement de niunnéteté de son esprit , ou purement de sa gaîté d'bumcur. Bien plus , il faut avouer que Sterne aurait plus vraisemblablement volé un passage à Stevinus, s’il en avait trouvé un à sa convenance, qu’il n’eût laissé un de ses manuscrits dans le volume avec rindifTércnccinsoucianled’Yorick. Cependant c’est avec joie que nous reconnaissons la ressemblanec générale qui existe entre l'auteur cl l'enihnt do son imagination ; et nous pardonnons volontiers au peintre qui , dans la tâche délicate de sa propre reproduction par le pinceau, a adouci quelques traits et en a perfectionné d'autres.

L’onde Tobie, avec son fidèle écuyer, les deux personnages les plus délicieux de ce livre , ou peut-être de tout autre, sont tracés de manière à inspirer tant d'intérêt, et avec tant de talent, qu'ils sont plus que sufüsans pour mériter à l'auteur un entier pardon pour ses pirateries littéraires, son indécence et son aiïcctation, et même pour le faire renvoyer du tribunal de la critique , non seulement absous , mais encore applaudi et récompensé, comme un homme qui a élevé et honoré rhuinanité , et présenté à ses lecteurs un tableau si frappant de bonté et de bienveillance, de courage , de bravoure et de simplicité , que leurs ccpurs doivent être échauffés toutes les fois qu'ils le rappelleront à leur mémoire. En vérité, Sterne pourrait hautement alléguer en sa faveur que les passages qu'il einprunUit des autres étaient de peu de valeur, en com-

paraison de ceux qui lui appartiennent exclusivement, et qne reux-la pouvaient avoir été écrits par plusieurs personnes, tandis que dans sa propre ligne, il est seul et inimitable. Peut-être a-t-on te droit de traiter d’extravagances les amuseineiis favorits de l’oncle Tobie; cependant en Angleterre, où les hommes pensent et agissent sans s'inquiéter beaucoup du ridinilc ou de la censure de leurs voisins , il n’y a rien d'impossible, peut-être rien de très improbable , a supposer qu'un humoriste pouvait employer un aide mécanique, comme le boulingrin de mon oncle Tobie, pour encourager cl seconder son imagination, dans l’occupation agréable, mais illusoire, d'élever des châteaux. Les hommes out été appelés de grands enfaiis, cl parmi les antiques hochets et inventions qui lc.s amusent, l'invention de mon Oncle , avec les plaisirs duquel nous sommes très disprtsés à sympathiser, ne semble |>as, si l'on y réfléchil, aussi peu naturelle qu'un premier coup d'œil la ferait juger.

On sait très bien (|var le travail du docteur Fcrriar) que le docteur Slop, avec tous scs outils d’aecouclieur, doit être idcnliHé avec le docteur Burton d’York , qui publia un traité d’arcouchement en 1751. Cette personne, comme nous l’avons déjà dit, n’élail pas en bons termes avec l’oncle de Sterne ; et quoiqu’il fût survenu des dissenlions cl de l'inimitié entre l'oncle cl le neveu , cependant celui-ci parait avoir gardé de l’avcrsiun contre l'ennemi du premier. Mais Sterne ne s'occupant pas de politique, avait pardonné au Jacobile ; il poursuit le docteur de scs railleries, seulement comme un charlatan et un catholique.

Il est inutile de nous étendre plus longtemps sur un ouvrage aussi généralement connu. Le style employé par Sterne est bizarrement orné , mais en mêriw temps vigoureux et mâle, cl plein de celte animation et de celle force qui ne peut découler que d’une connaissance intime des anciens prosateurs anglais. Sous le rapport de la puissance à approcher et à lourhcr les fibres les plus délicates du cœur, Slcrnen’a jamais été surpassé, si même il a été égalé ; et il peut à la fois être cité comme l’un des plus grands plagiaires , et comme l'un des génies les plus originaux que l'Angleterre ait produits. Le docteur Fcrriar , qui semblait né pour suivre et découvrir les différens labyrinthes au milieu desquels Sterne commettait scs pirateries sur de vieuv et de poudreux auteurs , s'excuse sur la rigueur de son enquête, en rendant justice aux qualités qui étaient le propre de notre auteur. Nous ne pouvons mieux terminer ccl article que par le sonnet dans lequel l'ingénieux inquisiteur fait amende honorable à l’ombre d'Yorick.

Sterne, for «Loïc aake t pJod tbfon;;li miry wavi or aiiliqac wit aoJ qaibbliit^ mazes drear, l.el nol thy ibade inalignanl Cfutorr fear, l'boutib au;ikl otborronetl reirtb my ararch beiraya. 1.0ns «Icpl tbat nirlb in du»t of lueirut dayti (Krewhile lo Go'ue or «anton Valoit dcar)

Till wakcd byr thec, tn Skellon’B joyou pila.

NOTICE

Ske fttOft OD Tmlnst ber eapriciome raya i

Bot thc qoick tear lhal cbeeka onr wooderiof amilc,

le aoddeo paotc, or oneipccled atory,

Owoa tby inie leaalery — and l.eferre'a woea»

Maria'a waederiiif#, aed the priaoner ’a tkroea.

Fis ibee conapicooea on Ibe Ibroee of glory.

TaaaucTioa liTraiâLi.

Sterne, poor l’amoDr dnqocl je me traîne i Iravcra dea roica tangcoaca d'e^rit antique et dea labyriolbca d’une

enooyeaae chieaoe, que ton ombre ne craigne paa aee eenaore oulreniante, quoique non Irarall Irabiaae chei toi une gatté d’cmpniDl. Cette gaîté dormit long.lempa dana la poodre des tempa paaWa, cbére autrefuia à Geiae ou au li* bertin Taloit, jnaqu'à ce que, réveillée par toi, elle répan. dit aei capriricot rayona sur Trialram dana le jojeui édi* fice de Skcitoo. Uaîa la larme apontanée qui arrête notre ■ourire d'étonaeoirnt par un ailence aondaio on une biatoirc ioatlcndoe fait foi de U main de naître i et lea donlcura de Lefèvre, lea révcriea de Maria et lea palpitationa du priaoDoier le placeat bien haut aor le trdne de U gloire.

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